Populaire, cosmopolite, foisonnante, Marseille est une ville-port où se croisent depuis des siècles identités et géographies diverses, un creuset de métissage avec la mer pour perspective. Lieu de passage ou d’exil, la Méditerranée ouvre la ville sur d’autres cultures, qu’elles viennent directement de son pourtour (Italie, Corse, Maghreb) ou y fassent étape depuis des horizons plus lointains, notamment africains – l’oreille en trouve aussi la trace dans les musiques influencées par ces diasporas diverses.
En ouverture de cette fin de semaine consacrée à la cité phocéenne, le concert du 19 février en donne un exemple parlant. Le groupe De la Crau défolklorise le provençal pour jouer des hybridations entre local et global dans une transe post-rock, tandis que Spartenza comme Benzine tracent des ponts maritimes : le premier mélange chants siciliens et maghrébins, le second réinvente le raï dans un style contemporain, proposant « un synth-raï fissile qui sent les pots d’échappements des rues de Sidi Bel Abbes ».
C’est carrément par-dessus l’Atlantique que le deuxième concert de ce temps fort lance son propre pont : le musicien de jazz Raphaël Imbert, familier des métissages et fermement implanté à Marseille où il est notamment directeur du conservatoire, invite Kebbi Williams. Multi-instrumentiste, compositeur, producteur et arrangeur, Williams conjugue sans hésitation jazz d’avant-garde, hip-hop, afro beat, gospel et électronique. Les deux musiciens s’entourent aussi de Marion Rampal, dont le récent album Oizel a conquis public et critique, et Manu Théron, passionné de musiques populaires, pour un Bal Canto qui promet un beau moment de communion collective et de fête pour clore le week-end.
Ce brassage si typiquement marseillais confère à l’oralité une place importante dans le paysage musical de la ville, qui fait notamment la part belle au rap depuis les années 1990. Le spectacle en famille Jazz & Rap, qui réunit le conteur et musicien Lamine Diagne, le rappeur Ilan Couartou et le beatboxer Joos, raconte la Plaine, territoire foisonnant d’artistes et de marginaux, et porte un message fort sur la construction personnelle d’un véritable rapport au monde. Un atelier au Musée destiné aux enfants et à leurs parents, Les Minots de la Canebière, complète le programme.