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L’Épopée du Capitaine Scott, une fiction radiophonique de La Balise

Publié le 17 April 2026 Lecture 1 min

— Expédition du capitaine Scott, 1911

En novembre 2025, une fiction radiophonique, déployée sur scène avec l’orchestre du CRR de Paris et de jeunes élèves de la Prépa’ Théâtre 93, retraçait la mythique expédition en Antarctique de l’officier anglais Robert Falcon Scott. Retour en images sur cette foisonnante Épopée du Capitaine Scott.
— L’Épopée du capitaine Scott – Philharmonie de Paris – 30 novembre 2025

Moi, j'ai un rêve : voir le drapeau britannique flotter sur les neiges étincelantes du pôle.

Et ce rêve, j'ai besoin de vous pour qu'il devienne réalité !

Au sein du département Éducation de la Philharmonie, il y a un service des concerts éducatifs et participatifs qui élabore une programmation chaque saison d'un ensemble de concerts. L'Épopée du capitaine Scott fait partie de la série « Nouveaux récits ». C'est d'abord une série de concerts et de spectacles pluridisciplinaires où la musique dialogue avec d'autres arts comme par exemple le dessin, le théâtre d'ombres ou, dans le cas présent, le théâtre. La série « Nouveaux récits » permet de raconter au public des grandes histoires, des grands récits de l'histoire humaine.

On raconte l'épopée du capitaine Scott et de tous ses compagnons explorateurs qui partent à la conquête du pôle Sud. C'est inspiré du film du même nom qui s'appelle L'Épopée du capitaine Scott et qui date des années 1940. Le texte de Claire Richard, la création sonore et de Joan Cambon. L'orchestre est dirigé par Pierre-Michel Duran. C'est une adaptation dans le sens où on a un petit peu revisité ce récit pour le raconter différemment. Donc on met en onde et en scène un spectacle qui mélange à la fois de la narration, des scènes, des séquences musicales et tout ça crée une espèce de partition commune. Et l'idée, c'est de faire des tableaux qui soient à la fois sonores et narratifs.

Je jouais à cache-cache avec des baleines quand un énorme fracas nous a arrêtés net. J'ai plongé sous la glace pour voir ce qu'il se passait et là, j'ai vu un énorme bateau faire son entrée dans la banquise. 

On a introduit des personnages, notamment celui d'une déesse, la déesse de l'Antarctique, qui surplombe un petit peu le plateau et l'histoire et qui est une sorte de narratrice. On cherchait un personnage ou un dispositif qui nous permettrait de pouvoir avoir un peu de recul par rapport à cette histoire, de pouvoir être non pas dans un commentaire mais apporter du point de vue sur, encore une fois, ce que c'est de vouloir conquérir un continent qui ne nous appartient pas, ce que c'est de vouloir être le premier à planter un drapeau. Est-ce que ce n'est pas un peu ridicule ? Est-ce que ce n'est pas touchant ? Et elle, effectivement, elle observe d'ailleurs ces petits hommes qui, dans un élan un peu de colonisateur, allaient comme ça essayer de s'emparer de terres inexplorées qu'il voulaient s'approprier. 

Un petit groupe partira en traîneau avec les poneys et les chiens pour amener des stocks de nourriture et de vêtements tout au long de la route du pôle. 

Pour la pièce, les rôles de femmes ont été un peu créés, plus que dans le film. Du coup, c'est toujours un travail différent de se dire : comment je me réapproprie ce personnage féminin dans un contexte de pièce quand même très masculine ? 

C'est vrai que le personnage, on se le réapproprie parce que je ne joue pas du tout le capitaine Scott de la manière dont il était réellement. Et c'est ça qui est très intéressant, c'est comment on en fait une lecture contemporaine et comment on essaie d'amener d'autres questionnements avec ces histoires de patrie, etc., comment nous, on peut en tant qu'artiste apporter une autre vision. 

La première fois que j'ai vu le capitaine Scott, je l'ai trouvé charmant mais extrêmement sérieux. C'était un de ces dîners mondains affreusement ennuyeux. Moi, je rentrais d'un voyage de 6 mois en Grèce et je repartais le soir même. Quand il m'a vue traîner ma grosse valise dans la rue, il m'a trouvée bien trop bohème pour une lady et il est rentré chez lui. 

Il y a le personnage de Kathleen, qui est la femme du capitaine Scott, que j'aime beaucoup et qui, dans le film, n'est pas du tout une femme de marin qui attend sagement son mari. Elle est sculptrice et l'encourage à partir à tout prix, chose assez tragique qui n'apparaît pas dans le film mais qu'on a intégrée dans le spectacle, à la fin de l'histoire, elle n'en peut plus de l'attendre et donc elle part toute seule. Elle qui a voyagé, qui a fait beaucoup le tour du monde, elle part toute seule l'attendre en Nouvelle-Zélande. 

Je vais passer par New York puis le Nouveau-Mexique et quand l'expédition vous ramènera en Nouvelle-Zélande, vous me trouverez là sur le quai avec vos gâteaux préférés. 

Et c'est une figure qui a été assez facile à actualiser parce qu'elle porte en elle un esprit d'aventure qui est très intéressant dans un personnage féminin pour un film de cette époque. 

L'interprétation, elle vient déjà du texte qui change radicalement du script du film parce que c'est écrit pour un jeune public. Donc forcément, on l'approche d'une manière assez différente, peut-être un peu plus à la manière d'un conte comme si on venait raconter une histoire. 

Je leur raconterai l'histoire des capitaines changés en pétrels, des chiens sur la banquise, de l'illusion des drapeaux, de l'idée saugrenue de vouloir arriver les premiers sur une terre qui a déjà des millions d'années. 

C'est un spectacle famille donc qui s'adresse aussi à des enfants à partir de 8 ans. Et c'est vrai que quand on a découvert cette histoire, Claire et moi, on s'attendait à ce que ça finisse bien, comme dans un film un peu hollywoodien, où à la fin tout le monde gagne et tout le monde est content. Mais pas du tout puisqu'à la fin, ils meurent. Se pose la question par rapport aux jeunes publics de comment représenter ces choses-là. C'est un spectacle qui parle d'un échec en réalité. Et qu'est-ce qui reste de cette histoire derrière l'échec ? Il reste un compagnonnage, il reste peut-être une bonne leçon : est-ce que ça valait vraiment la peine ? Et en même temps une envie de grandeur qui s'exprime différemment à différentes époques. 

Je veux que vous sachiez que nous n'avons pas eu de chance, que la météo nous avait été fatale et que si nous avons manqué la première place au pôle, nous n'avons pas raté notre mort. Nous sommes morts en gentlemen. C'est une chose magnifique que de périr avec des compagnons comme les miens. 

Ce projet est en partenariat avec deux autres structures culturelles : la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis, la MC93, et le conservatoire à rayonnement régional de Paris Ida Rubinstein. Et sont réunis sur scène les comédiens de la classe prépa théâtre de la MC93 et les musiciens de l'orchestre du CRR. 

La MC93, c'est la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis qui est une scène nationale qui est située à Bobigny. Au sein de du théâtre, on a un projet qu'on a monté en partenariat avec des conservatoires de la Seine-Saint-Denis pour monter une classe préparatoire égalité des chances pour accompagner des jeunes de 18 à 25 ans qui veulent devenir comédiens, comédiennes et les aider à préparer les concours des écoles nationales de théâtre. 

C'est important pour la Philharmonie, pour le département Éducation en particulier, de travailler avec des artistes amateurs ou pré-professionnels parce que ça leur permet de participer à un projet dans des conditions similaires à celles des artistes professionnels. Et donc ça signifie que toutes les équipes de la Philharmonie sont impliquées comme elles le sont pour les concerts avec uniquement des artistes professionnels.

Je m'appelle Pierre-Michel Durand. Je suis chef d'orchestre et je travaille au conservatoire de Paris, au CRR. On a développé depuis des années un pôle d'orchestre où on amène nos étudiants très avancés à découvrir le fait de jouer en équipe, de travailler, d'avoir une exigence collective et surtout de réaliser des choses incroyables tous ensemble qu'on ne pourrait pas faire seul. Évidemment, c'est un partenariat exceptionnel parce que la Philharmonie, c'est quand même absolument incroyable. On a commencé en faisant des sortes de ciné-concerts qui se sont très bien passés et puis, de fil en aiguille, on est revenus sur des projets et actuellement on est sur des projets qui sont très originaux : ces fictions un peu radiophoniques, entre le spectacle, la radio, le concert. Donc c'est très original et c'est absolument passionnant.

Pour le choix des musiques, c'était assez facile si je puis dire parce que le compositeur Vaughan Williams, compositeur anglais très important, avait écrit les musiques du film L'Épopée du capitaine Scott. Donc on est partis de ces musiques puisque, après avoir écrit la musique du film, il a trouvé que c'était intéressant, ça lui plaisait beaucoup, il en a fait une symphonie qui s'appelle la Symphonie n° 7 et qui a un sous-titre, justement, «Antarctica ». Donc on a pris beaucoup d'extraits de cette symphonie et j'ai pensé que le Concerto pour violon de Sibélius, qui illustre au début les grandes étendues un peu glacées, pouvait justement résonner favorablement avec la thématique. 

Outre la musique dans le spectacle, on a aussi beaucoup d'effets sonores. Je dirais presque une autre musique. 

Le gouvernement nous envoie un télégramme urgent ! Envoyons vingt mille livres. Stop. Ramenez-nous le pôle. Stop. 

Il a fallu imaginer avec Joan Cambon, qui fait la création sonore, ce qu'on pouvait rapporter nous aussi comme matière sonore pour mettre à jour la musicalité de l'œuvre et apporter une forme d'adaptation et créer du lien entre le texte et la musique. 

Cette barrière de glace est infinie. Ça fait quoi, un mois qu'on est partis ? 5e dépôt. Chaque jour ressemble au précédent. On marche en file indienne toute la journée. On ne parle à personne. Heureusement qu'on bavarde un peu le soir dans les tentes. 6e dépôt ! On arrive enfin sur le plateau. 

La deuxième partie de préparation du spectacle, ce sont les répétitions. Donc les comédiens répètent de leur côté le texte en ayant de la musique enregistrée. Nous, on va travailler les différentes séquences de musique avec l'orchestre et puis ensuite on met tout le monde ensemble. 

Les répétitions se sont passées à peu près comme toutes les sessions de d'habitude, avec une répétition avec les comédiens un peu plus originale.

Elle nous a fait sortir un peu de notre cadre habituel de répétition, avec que des instrumentistes où on reprend. Il y avait du du nouveau, on avait les enceintes avec les bruitages, des comédiens et donc c'est une opportunité de faire quelque chose dont on n'a pas l'habitude.

Arrêtez ! Il y a du charbon là-bas. Du charbon ? Je crains que non. Par contre, il y a de grandes découvertes à faire. Je pars d'ailleurs avec de nombreux scientifiques. Mais et les Norvégiens avec – comment il s'appelle l'autre ? – Amundsen. Amundsen, il va pas au pôle lui aussi ? Si, mais au pôle Nord. 

Quand on a rencontré les musiciens de l'orchestre, ça a donné quand même une autre dimension parce que ça nous permet de plonger un petit peu plus dedans. 

La réécriture de la pièce est très fragmentée. Vu que c'est une pièce qui est musicale, l'orchestre a énormément d'espace. Le texte résonnait plus. Quand on entendait les musiciens, ça faisait moins petit bout de texte par petit bout de texte. La musique, elle est belle, elle est classique, ça joue fort, c'est assez virtuose et nous on s'amuse, on rigole et du coup ça a fait un contraste, ce qui est assez chouette, je pense.

Une fois qu'ils ont rencontré l'orchestre, ils m'ont toutes et tous dit : « Mais c'est génial en fait, on n'est pas tout seul, on est énormément. Nous, on est hyper impressionnés par le fait de voir cette orchestre jouer et eux ont l'air d'être très impressionnés par le travail qu'on fait. » 

La relation entre nos jeunes musiciens, les jeunes comédiens qui sont formidables, ça fait des rencontres incroyables et je peux vous dire sans me tromper, je pense, qu'ils sont absolument ravis et emballés et très très heureux de faire cette expérience. 

Je trouve que c'est magnifique ce genre de rencontre de deux mondes artistiques qui sont très proches, en plus des jeunes qui ont envie de devenir des artistes professionnels mais dans des disciplines différentes. Dans le cadre d'une production, c'est surtout très important de savoir qu'on ne porte pas tout seul un projet et que c'est ça le spectacle vivant. C'est vraiment que des gens qui sont là, qui sont présents sur scène et qui vont pouvoir créer quelque chose ensemble et le partager avec le public.