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EIC 50 : L'Ensemble intercontemporain, une histoire qui a de l’avenir

Publié le 16 September 2026 — par Pierre Bleuse et Patrick Hahn Lecture 3 min

— Patrick Hahn et Pierre Bleuse

Entretien avec Pierre Bleuse, directeur musical, et Patrick Hahn, directeur de l’Ensemble intercontemporain.

Le 50e anniversaire arrive au moment où l’Ensemble intercontemporain intègre la Philharmonie de Paris. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Pierre Bleuse. On ne pouvait rêver meilleur signal. C’est l’aboutissement du projet de Pierre Boulez, qui avait rêvé non seulement de l’Ensemble intercontemporain et de l’Ircam, mais aussi d’une Philharmonie de Paris qui serait une Cité de la Musique au sens propre comme au figuré, et une institution au rayonnement international.

Patrick Hahn. Cette intégration intervient alors que l’Ensemble connaît une très forte dynamique. J’en veux pour preuve l’implication phénoménale de notre public, qui a choisi le programme du concert d’ouverture de cette saison anniversaire à partir d’une liste de cinquante œuvres phares proposées par les solistes de l’EIC. La moitié des participants a même souhaité prendre part à la discussion pour finaliser la sélection. Ce comité a été pour nous une révélation, en nous montrant la diversité de notre public.

PB. Cette musique se vit comme une passion capable de nous transformer, et chacun peut y trouver sa place.

Ce 50e anniversaire cache cinquante ans de créations. Et on entend dans cette formule comme un oxymore, d’ancrer la création dans l’histoire…

PH. Le sens de la création, c’est de mettre en perspective ce qu’on connaît déjà. Dans les documents fondateurs de l’Ensemble, on découvre la vision panoptique de Boulez : un ensemble d’excellence au service de la musique d’aujourd’hui, de l’exploration, de la diffusion et de la transmission. Le titre des premières séries de concerts m’a sauté aux yeux : « Passage du XXe siècle ». Le passage suppose une trajectoire. Nous voulons utiliser cet anniversaire pour nous souvenir d’où nous venons, afin de mieux nous projeter vers ce que nous voulons devenir.

PB. L’identité de l’Ensemble est nécessairement multiple et réside dans le chemin qui nous a menés à cette modernité. La question est de trouver un équilibre entre relation à l’histoire et poursuite de l’exploration. C’est là qu’intervient l’invitation à la platiniste Mariam Rezaei pour notre week-end d’ouverture : elle vient questionner cette histoire de 50 ans, notamment en s’emparant de nos enregistrements d’archive, et interroger le rapport entre musique contemporaine et musique populaire. C’est un message d’acceptation des voix divergentes – ces voix multiples qui doivent pouvoir coexister.

— Pierre Boulez : ...explosante-fixe..., par l'Ensemble Intercontemporain, dir. Matthias Pintscher. Cité de la musique, 2015

Le 13 janvier 2027, cinquante ans jour pour jour après le premier concert parisien de l’Ensemble, la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie sera d’ailleurs le lieu d’une utopie de création devenue réalité. En miroir d’…explosante-fixe…, l’Ensemble créera une œuvre commandée et écrite par cinquante compositeurs.

PH. Nous avons voulu réunir des créatrices et créateurs qui font partie à la fois de notre passé et de notre avenir, en leur demandant d’écrire une minute de musique chacun. Certains, qui avaient toujours refusé ce genre d’exercice, l’ont accepté pour nous. Ils ont tous le sentiment qu’il y a là quelque chose qui les dépasse.

PB. Nous sommes très heureux que Philippe Manoury ait accepté d’en être le dramaturge et de guider, collecter et donner forme à ce puzzle. Le fait que ce soit Philippe est symbolique : il est le seul des compositeurs au programme du premier concert de l’Ensemble à être encore parmi nous. Il a conçu un plan qui commence avec une flûte seule, à laquelle se joignent progressivement piano, percussions et hautbois – comme une Symphonie des adieux de Haydn inversée – jusqu’à réunir la totalité des trente-et-un solistes. Un projet ambitieux, comme tous ceux qui jalonnent ce 50e anniversaire.

Propos recueillis par Jérémie Szpirglas

 

Pierre Bleuse

Directeur musical de l’Ensemble intercontemporain.

Patrick Hahn

Directeur de l’Ensemble intercontemporain.