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Terrenoire et l’Orchestre du Nouveau Monde 

Publié le 12 October 2026 Lecture 6 min

— Entretien : Terrenoire et l’Orchestre du Nouveau Monde

protégé.e c’est l’album que nous avons sorti en janvier 2025, avec lequel nous avons tourné ces deux dernières années. Il y a beaucoup de titres qui parlent du climat politique en train d’arriver, de la fascisation de la société, et de comment on se positionne par rapport à ça, comment on essaie de trouver une boussole.

Et on a eu la chance de rencontrer Étienne à la toute fin de la création de cet album, pour pouvoir imaginer ensemble un concert orchestral qu’on a déjà pu faire le jour du lancement de ce disque, le 24 janvier à la Maison de la Radio. Et on a la chance de pouvoir clore la tournée de la même manière, avec l’Orchestre du Nouveau Monde et Étienne Jarrier à la baguette.

L’Orchestre du Nouveau Monde est un orchestre qui s’engage pour la justice climatique et sociale. Concrètement il essaie de faire en sorte que la musique classique se connecte à ce qui se passe aujourd'hui et pas seulement à des questions historiques du passé. On trouvait ça intéressant et nécessaire que ces arts traditionnels fassent partie de la bataille culturelle, aient un mot à dire sur la nécessité de faire front face à ce qui se passe aujourd’hui – la montée de l’extrême droite, la fascisation.

On a eu vent de l’Orchestre du Nouveau Monde pendant l’écriture de l’album protégé·e. Je voyais ce qui se passait, j’ai vu ce qu’ils jouaient, où ils jouaient surtout : j’ai vu un orchestre dans la rue, j’ai vu un orchestre en manifestation. On s’est rencontrés à l’Académie du Climat à Paris. On a proposé ce pari un peu dingue pour le jour de la sortie de l’album, comme l’a dit Théo, le 24 janvier 2025, au Studio  104 de la Maison de la Radio, de se dire : « venez ». Venez avec cette part orchestrale qu’il y avait sur le disque, mais qu’on savait ne pas pouvoir faire juste à quatre musiciens. Ça a été le lancement, le tout premier concert.

On fait rarement ça de travailler avec de la chanson. Il y a peu de texte quand on fait du répertoire orchestral. On est souvent limité au verbe : alors on s’emploie à utiliser du scénique, on s’emploie à utiliser autre chose. Et là, c’est quelque chose de très libérateur car ce sont des mots qui nous touchent et donc on est là en caisse de résonance de ces mots.

On ressent aussi la possibilité pour nous de faire sortir les violons et l’orchestre du logiciel, de se dire que la musique qu’on imagine prend vie. La musique est quand même des battements d’air : le fait de mettre énormément de personnes qui vibrent la même musique et la transportent, ça reste une expérience très rare.

La tournée protégé·e qui se termine le 17 octobre a été traversée de plein de rencontres qui ressemblent à ce qui va se passer avec la chorale amateur ce soir-là. On a proposé quasiment dans toutes les villes où on est passés que des chorales – la plupart amateurs, mais qu’importe, des gens qui avaient envie de chanter – nous rejoignent. On a souvent proposé « Jusqu’à mon dernier souffle ». Elle parle de notre quartier, Terrenoire, qui est aussi le nom de notre groupe. On trouvait beau qu’une chanson très territorialisée, qui est notre intimité, soit l’interface, le champ de rencontre avec d’autres gens à d’autres endroits qu’on ne connaissait pas encore.

On se retrouve finalement à faire de la chorale avec des amateurs, des gens qui font ça en associatifs, avec des 6e, c’est déjà une première possibilité de faire rentrer des non-professionnels sur la scène et de profiter de ces moments d’émotion totale. Et que le public va vivre. Ce n'est pas que le choriste qui chante dans son coin, qui se dit : « C'est formidable ». Non, on l'a vu au fur et à mesure, lors de la tournée, les gens sont touchés de voir ces personnes qui se rencontrent, eux-mêmes, quand ils sont sur la scène.

C’est la première fois que l’Orchestre du Nouveau Monde vient jouer dans une institution comme la Philharmonie, qui est une institution de musique classique. Et là, Terrenoire nous permet, avec des mots qui nous portent et qui nous touchent, de faire vivre l’orchestre dans cet endroit.

Ça dit quelque chose aussi de ce que permet la musique : elle est au-delà de considérations d’acoustique, de son, de beauté. Ce sont aussi des humains qui vont dans la même direction. Et dans un moment de déboussolement, comme ce qu’on a essayé de raconter sur l’album protégé·e, je trouve que de rencontrer des compagnons de route qui ne viennent pas des mêmes espaces mais qui partagent quelque chose, c’est une sensation extraordinaire. Ça va être le spectacle de ça je pense le 17.

Terrenoire et l’Orchestre du Nouveau Monde conçoivent la musique comme un espace d’engagement et de résistance, où l’intime répond aux tensions du monde contemporain. Rencontre autour de leur dernier album, protégé.e.

Né à Saint-Étienne, Terrenoire incarne aujourd’hui l’une des aventures les plus audacieuses de la pop française. Entre chanson, textures électroniques et souffle orchestral, le duo tisse une musique hybride, expérimentale, viscéralement ancrée dans son époque. Pour cette création avec l’Orchestre du Nouveau Monde, c’est une dimension centrale de leur dernier album protégé.e qui s’épanouit : une écriture cinématographique faite de tensions, de silences et de déploiements collectifs. Avec l’Orchestre du Nouveau Monde, qui porte un engagement fort sur les questions de justice sociale et climatique, la musique se fait acte de pensée, mise en récit du monde contemporain, chaque voix trouvant sa place dans un espace commun.