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Les Clés du classique #61 – Les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss

Publié le 27 May 2026 — par Charlotte Landru-Chandès Lecture 12 min

Chef-d’œuvre du répertoire vocal, les Quatre Derniers Lieder se présentent comme une sorte de testament musical. C'est l’apogée du lied viennois de la première partie du XXe siècle, et celui du romantisme tardif.

La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits des Quatre Derniers Lieder sont interprétés par Elza van den Heever (soprano) et l'Orchestre de Paris sous la direction de Simone Young. Concert enregistré le 08 novembre 2020.

Retrouvez le concert sur Philharmonie à la demande.


Richard Strauss fait partie de ces compositeurs allemands qui ont offert de magnifiques partitions pour la voix. Toute sa vie semble d’ailleurs tournée vers le chant. Bien sûr, il y a ses opéras : Salomé, Elektra, Le Chevalier à la rose, Capriccio… et bien d’autres, tous plus sublimes les uns que les autres. Mais Strauss est aussi et surtout l’auteur de très nombreux lieder, la plupart pensés avec accompagnement au piano. Au total, il en existe plus de 150, composés entre 1885 et 1948.

Chef-d’œuvre du répertoire vocal, les Quatre Derniers Lieder, écrits à la fin de la vie du compositeur, se présentent comme une sorte de testament musical. L'œuvre marque l’apogée du lied viennois de la première partie du XXe siècle, mais aussi l’apogée du romantisme tardif.

Toute sa vie, Richard Strauss a beaucoup composé pour la voix féminine et ce cycle avec orchestre est un ultime hommage au chant lyrique, et surtout à la voix de soprano. Il n’est pas étonnant que Strauss aime autant ce type de voix : il a vécu des années avec la soprano Pauline de Ahna, qui lui a inspiré de nombreuses pages de musique. Pour cette tessiture, Strauss a composé des personnages féminins saisissants comme la Maréchale, Arabella, Salomé, Ariane et bien d’autres… Sa musique est poétique, envoûtante, sensuelle, une esthétique qu’on retrouve dans les Quatre Derniers Lieder, portée à son apogée.

L'histoire des Quatre Derniers Lieder, venons-y… Strauss s’y attelle en 1945. À plus de 80 ans, il s’est réfugié en Suisse, après ses positions jugées ambiguës pendant la guerre vis-à-vis du nazisme – il a continué à participer aux activités culturelles de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, et cela n’était pas très bien vu. Trois ans plus tard, en 1948, il sera acquitté par le tribunal de dénazification. Il mourra un an plus tard.

Quand il écrit ses Quatre Derniers Lieder, Strauss est un homme meurtri, désillusionné par la guerre, accablé par la destruction de bâtiments importants de la vie musicale comme l’Opéra de Munich, en 1943. Pour Strauss, ce bombardement est « la plus grande catastrophe » de sa vie et cela le laisse complètement « anéanti », comme il le dit. En témoigne son poème symphonique, Métamorphoses, créé en 1945 alors que l’Allemagne est à terre. Une œuvre de fin de vie aux accents élégiaques, qui traduit la résignation face à l’effondrement d’un monde.

Les Quatre Derniers Lieder sont composés de manière indépendante. Ils sont créés à titre posthume en 1949 et, en 1950, Ernst Roth les publie chez Boosey & Hawkes sous le titre de Vier letzte Lieder (Quatre Derniers Lieder), dans un ordre différent de celui de leur composition. Les textes des poèmes et le climat de la musique invitent naturellement à y voir une métaphore de la vie et à adopter cet ordre :

1. Frühling (« Printemps »)
2. September (« Septembre »)
3. Beim Schlafengehen (« En s’endormant »)
4. Im Abendrot (« Dans la rougeur du couchant »)

Du printemps au crépuscule, de l’enfance à la vieillesse.

Im Abendrot – écrit d’après un poème de Joseph von Eichendorff – est le dernier lied du cycle, alors que Strauss l’a composé en premier, en 1946. Il est achevé en 1948. Les trois autres, qui reprennent des textes de Hermann Hesse, voient le jour plus tard. Frühling (« Printemps ») commence dans les ténèbres pour gagner la lumière. September (« Septembre ») à l’inverse, s’ouvre avec légèreté, l’accompagnement est ondoyant… mais quelques touches mineures inquiétantes semblent planer sur le lied. L’automne arrive. Dans Beim Schlafengehen (« En s’endormant »), sorte de nocturne empreint de poésie, l’engourdissement se fait sentir et le sommeil gagne peu à peu du terrain. Sommeil qui précède l'envol de l’âme. Im Abendrot (« Dans la rougeur du couchant ») se termine par une ultime interrogation sur la mort (« Ist das etwa der Tod? », « Est-ce un peu comme ça, la mort ? »).

Le cycle est créé à Londres au Royal Albert Hall, le 22 mai 1950, par la soprano norvégienne Kirsten Flagstad et le Philharmonia Orchestra, sous la direction de Wilhelm Furtwängler.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.