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Les Clés du classique #59 – Le Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev

Publié le 12 février 2026 — par Charlotte Landru-Chandès

Composé pendant l’été 1921 à Saint-Brévin-les-Pins, le Troisième Concerto pour piano de Prokofiev est le plus joué et le plus populaire des cinq. D’esprit plus classique que les précédents, il favorise la fluidité du jeu du soliste.

La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits du Concerto pour piano en ut majeur sont interprétés par Daniil Trifonov (piano) et le Royal Concertgebouw Orchestra sous la direction de Daniele Gatti. Concert enregistré le 17 mai 2018.

Retrouvez le concert sur Philharmonie à la demande.


« L’homme aux doigts d’acier. » C’est ainsi que la presse américaine surnomme Prokofiev. Comme Rachmaninov, Ravel ou Bartók, tous pianistes, il a considérablement enrichi le répertoire de son instrument, le poussant dans ses retranchements. Ses concertos pour piano, composés entre 1911 et 1932, sont au nombre de cinq – comme ceux de Beethoven ou de Saint-Saëns – et sont tous plus difficiles les uns que les autres.

De Prokofiev, on retient peut-être davantage les Concertos nos 2, 3 et 5. Le Troisième, en do majeur, est très régulièrement donné en concert et met en lumière les qualités du compositeur, qui excelle autant dans la virtuosité que dans le lyrisme. On dit souvent que ce concerto est le plus réussi des cinq, même si le Deuxième est, aux yeux du public, encore plus saisissant avec ses contrastes, ses dissonances, sa virtuosité spectaculaire, ses déflagrations sonores et la monstrueuse cadence qui clôt son premier mouvement.

Quant au Concerto no 3, il reprend le schéma traditionnel en trois mouvements – il est d’ailleurs le seul parmi les cinq. Ici le compositeur mise sur le dynamisme, la légèreté et la fluidité, mais avec une écriture rythmique extrêmement complexe et recherchée dès le premier mouvement. Francis Poulenc raconte avoir travaillé le Concerto no 3 aux côtés de Prokofiev, en jouant la partie d’orchestre au piano. Selon lui, « les longs doigts spatulés de Prokofiev adhéraient au clavier comme une voiture de course à la piste d’un autodrome. Le rubato l’horripilait. La musique n’en a que faire car, lorsqu’elle s’attendrit au passage et le plus souvent qu’on croit, elle le fait toujours dans la même pulsation rythmique ». Poulenc s’attarde aussi sur le choix de la tonalité de do majeur dont la gamme n’utilise que les touches blanches du piano. « Le ton de do majeur a toujours été cher à Prokofiev. Je ne sais plus qui a surnommé Prokofiev “le poète des touches blanches”, [mais] c’est exact (…). Outre que ce ton correspond admirablement au jeu à ras du clavier de Prokofiev, il lui permet de surcharger ce ton blanc de vigoureuses harmonies bariolées. »

Lors de la Révolution de 1917, Prokofiev décide de quitter la Russie. Il entreprend la composition de son Concerto en ut lors de vacances en France, à Saint-Brévin-les-Pins, pendant l’été 1921. Il ressort de ses cartons de vieux cahiers écrits entre 1913 et 1918 et y puise son inspiration. Au fil de ses journées, il travaille, joue aux échecs, se baigne, lit, puis travaille à nouveau… Un jour, il croise le poète symboliste Constantin Balmont, de passage à Saint-Brévin-les-Pins, et lui joue son concerto. Le poète est ému et écrit un sonnet qu’il dédie au compositeur : « Scythe invincible, frappant dans le tambourin du soleil. »

Le Concerto est créé à Chicago le 16 décembre 1921. Prokofiev a 30 ans. Le compositeur raconte avec ironie que « le public ne comprit guère [son concerto], mais le soutint tout de même ». Mieux accueillie que ses deux premiers concertos, l'œuvre va connaître des hauts et des bas… Lors de la création new-yorkaise, c’est un échec. Mais en avril 1922, l'œuvre est applaudie à Paris, à Londres et à Moscou.

Le Concerto en ut s’ouvre sur un chant profondément russe à la clarinette, qui s’étend sur quelques mesures… Les cordes s’élancent ensuite dans un tempo vif, sur lequel le piano fait une entrée percussive. Ce mouvement se caractérise par son côté ironique et joueur, ponctué par des passages plus lyriques. Le deuxième mouvement se présente sous la forme d’un thème suivi de cinq variations. Exposé à la flûte et à la clarinette pendant dix-huit mesures, le thème est espiègle, léger et moqueur. Le troisième mouvement, d’esprit populaire, se caractérise surtout par son énergie et son empressement. Une transition lyrique amène néanmoins un moment d’apaisement avant la reprise du thème principal.

Au début des années 1930, Prokofiev composera encore deux concertos pour son instrument. Il écrira même un Concerto pour deux pianos et orchestre à cordes en 1952, qui demeurera inachevé.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.

  • Un podcast de Charlotte Landru-Chandès
  • Réalisé par Taïssia Froidure
  • © Cité de la musique – Philharmonie de Paris