La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.
Écouter ce podcast sur Apple Podcasts, Deezer, YouTube ou Spotify.
Les extraits d'Une vie de héros sont interprétés par les Berliner Philharmoniker sous la direction de Kirill Petrenko. Concert enregistré le 02 septembre 2023 – à retrouver sur Philharmonie à la demande. Les extraits de la Symphonie fantastique de Berlioz sont interprétés par l'Orchestre de Paris sous la direction de Klaus Mäkelä. Concert enregistré le 02 novembre 2023 – à retrouver sur Philharmonie à la demande.
Richard Strauss est un maître dans l’art du poème symphonique, un genre musical qu’il va porter à son apogée. Il va l'enrichir, le rendre plus brillant qu’il ne l’a jamais été. Il donne ainsi naissance à des chef-d’œuvre tels que Don Juan, Macbeth, Mort et Transfiguration, ou encore Une vie de héros.
C’est vers le milieu du XIXe siècle qu’apparaît le poème symphonique en musique, un genre émancipé des cadres traditionnels de la période classique. D’une certaine manière, en octobre 1830, Hector Berlioz en pose les fondements en créant sa Symphonie fantastique, qui relève de la musique à programme, c'est-à-dire, une musique narrative, descriptive. La Symphonie pastorale de Beethoven allait dans le même sens quelques décennies plus tôt. Si Berlioz lance le coup d’envoi du genre avec sa Symphonie fantastique, c’est Franz Liszt qui, une vingtaine d’années plus tard, va se l’approprier et lui donner véritablement ses lettres de noblesse.
Un poème symphonique est une œuvre orchestrale inspirée d’un sujet autre que musical, par exemple littéraire, pictural, historique ou encore philosophique. Liszt trouve ainsi de nouvelles sources d’inspiration pour sa musique. Le genre va se développer dans de nombreux pays comme la France avec Saint-Saëns ou Dukas, en Russie, avec entre autres Tchaïkovski, mais aussi et surtout en Allemagne où Richard Strauss se présente comme l’héritier direct de Liszt, opposé à la musique pure. Dans ses poèmes symphoniques, Strauss innove, en particulier en ce qui concerne l’orchestre. Celui-ci apparaît alors plus flamboyant que jamais, avec de grands élans de vitalité.
Une Vie de héros, Ein Heldenleben en allemand, date de 1898 et exige un orchestre considérable. Dans cette œuvre, Strauss semble se mettre en scène : il serait le héros en question. Quelques années plus tard, en 1905, il confie à l’écrivain Romain Rolland, à propos de sa Sinfonia domestica : « Je ne vois pas pourquoi je ne ferais pas une symphonie sur moi-même. Je me trouve aussi intéressant que Napoléon et Alexandre. »
Le poème symphonique se découpe en six parties, qui suivent le cheminement du héros. La tonalité choisie sonne d’emblée héroïque : mi bémol majeur, celle utilisée par Beethoven dans sa Symphonie héroïque. La première partie s’intitule tout simplement « Le Héros ». Le thème est présenté aux cors et aux cordes, conquérant et enjoué. La partie suivante, plus sarcastique, s’intitule « Les adversaires du héros », une sorte de scherzo grinçant où le compositeur s'amuse à caricaturer la critique musicale, dont le snobisme est moqué par le flûte, le hautbois, le cor anglais et le tuba. Strauss a d’ailleurs eu quelques sueurs froides lors de la création de l'œuvre… Mais les critiques n’y ont vu que du feu ! Moment de grâce avec la troisième partie, caractérisée par un magnifique solo de violon. « La compagne du héros » est placée sous le signe de l’amour et fait entendre l’amour du compositeur pour la soprano Pauline de Ahna, son épouse. Le violon qui l’incarne est tour à tour séducteur, coquin, capricieux, lyrique. Le long solo de violon répond à de foisonnantes indications de jeu, comme « joyeux », « espiègle », « tendre, un peu sentimental », « arrogant » ou encore « très aiguisé ». La gloire militaire succède à l’amour dans la quatrième partie, « Le champ de bataille du héros ». Le thème célèbre ici la victoire. Cuivres et percussions s’en donnent à cœur joie. « Les œuvres de paix du héros », la section suivante, est centrée sur les vertus spirituelles du personnage. Strauss fait le bilan et cite certaines de ses œuvres passées : Don Juan, Ainsi parlait Zarathoustra, Mort et Transfiguration ou encore Till l’espiègle. L'œuvre s’achève par une partie intitulée « Retrait du monde et accomplissement du héros ». Elle démarre tragiquement, puis s’apaise peu à peu. On y entend une scène bucolique et pastorale, placée sous le signe de la sérénité. Après toutes ces épreuves vécues, le héros accepte pleinement sa destinée et le sens de sa vie.
L'œuvre est créée le 3 mars 1899 à Francfort-sur-le-Main, sous la direction du compositeur. Après l'apothéose du poème symphonique, Strauss va désormais se plonger dans le monde de l’opéra, qu’il va porter aux nues.