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Les Sons du papier : un livre d’expérimentation tactile et sonore

Publié le 15 October 2026 Lecture 1 min

— Entretien | Les Sons du papier

Ce livre naît de ma recherche autour des sons des papiers – une recherche que je mène depuis quelques années autour du livre à sons – et de comment les sons des papiers, des papiers qui sont manipulés avec différents gestes, peuvent raconter quelque chose.

Je pense que le livre permet beaucoup de choses car il y a plein de niveaux différents de lecture. Il y a la comptine qu'on va lire et qu'on va suivre avec un bout de papier, mais il y a aussi un niveau tactile, une ligne qu'on va suivre comme si c'était une sorte de fréquence sonore qui se module à chaque geste. C'est un livre qui engage la lecture, mais engage aussi le corps. Je suis très contente du résultat graphique. L'illustration laisse beaucoup de place à l'interprétation.

Laura est venue d'abord avec un livre qui était déjà artisanal, donc entièrement réalisé par elle. Le livre était très simple, et très beau, mais très difficile à réaliser à grande échelle. C'était ça l'enjeu de la collaboration. Pour penser une première forme du livre, je suis d'abord partie un petit peu dans différentes directions : des directions très minimalistes à beaucoup plus illustrées. En prenant en compte assez rapidement toutes les contraintes qui étaient liées à l'écriture du braille, à la composition du braille dans la page, je me suis dit qu'il fallait partir de ces contraintes-là d'accessibilité pour retirer petit à petit des éléments qui nous semblaient superflus.

Lorsque l'équipe éditoriale est venue me présenter ce projet, tout de suite, au-delà du braille – de la reproduction des points braille –, il s'est posé aussi beaucoup d'autres questions pour réussir à transposer des techniques de reproduction de braille à une dimension industrielle. Parce qu'au-delà de cette reproduction, il fallait que l'objet final rentre dans les codes graphiques des albums jeunesse, en matière de format, de couleurs, d'attractivité graphique et aussi en matière de prix de vente. Une fois qu'on a pris en compte tous ces paramètres-là, il a fallu trouver les modes d'impression du braille industriel qui proposeraient, dans tous les cas – et c'était vraiment primordial –, une qualité de reproduction du braille. On a mis en place une batterie de tests pour justement nous assurer de façon empirique de valider chacun des points. On a essayé aussi plein de manipulations ou de couleurs avec des densités différentes pour voir aussi comment le point réagit en fonction de l'encrage, en fonction des types d'encre. On a fait aussi ces tests sur deux types de papiers différents : du papier non couché, légèrement texturé, pour avoir vraiment cette identité du papier très importante, très forte, et aussi sur du papier couché pour voir justement comment le papier réagissait à l'application de l'empreinte. Le braille ne peut pas subir les mêmes interventions industrielles qu'un livre conventionnel. Il ne peut pas passer en plieuse, il ne peut pas passer en couture, il ne peut pas subir de pression de contrecollage. Donc il a fallu trouver un objet un petit peu fun, un petit peu rigolo pour des jeunes mains, mais en même temps quelque chose qui puisse subir toutes ces interventions. On a fini par réussir à trouver le principe qui est le Leporello, qui se déplie et qui n'est pas rattaché physiquement à un dos.

Ce livre est un peu le résultat de toutes les contraintes, les envies et aussi les intuitions qu'on a eues au départ. Finalement, ne pas insister sur l'écriture braille en la rendant graphique et simplement la laisser en volume, c'était une manière très simple mais en même temps très belle de le faire apparaître. On trouvait ça intéressant qu'il y ait des correspondances entre le texte en braille et le texte écrit en noir, en gros caractères. On a voulu trouver un système pour que les deux matérialisations de la comptine se répondent.

Ça peut donner envie aux lecteurs et aux lectrices d'aller un petit peu plus loin, de comprendre comment une cellule braille marche, comment l'alphabet est constitué.

Il y a eu des échanges avec la maison d'édition Les Doigts Qui Rêvent et l'Association des Transcripteurs Adaptateurs Francophones. Ces échanges étaient essentiels pour veiller aux corrections orthographiques, aux relectures, car j'étais quand même bien incapable de relire du braille et savoir si tout était correct. Et heureusement qu'il y a eu aussi la présence d'Aliénor de Castelbajac, qui travaillait à la Philharmonie et qui a pu relire les textes une fois les premières épreuves faites. C'est notamment grâce à elle qu'on a pu se rendre compte que le premier procédé qu'on avait choisi pour l'impression du braille ne fonctionnait pas et que le relief n'était pas assez fort. C'était un projet assez complexe et si on n'avait pas été en collectif, je pense que le livre n'aurait sans doute pas vu le jour, ou du moins pas sous cette forme-là.

Il y a énormément de structures associatives et de maisons d'édition qui essaient de promouvoir et de diffuser des ouvrages, des albums jeunesse ou même adulte grand public en braille et qui se heurtent à ces complexités techniques. Je pense qu'en trouvant ces optimisations, ces outils et ces façons de travailler le braille, peut-être qu'on ouvre aussi une perspective grand public à la diffusion des ouvrages en braille. En tout cas, je l'espère.

La sortie du livre sera aussi accompagnée par un parcours de médiation pour le mettre en avant. On a cette chance incroyable de pouvoir concevoir ce parcours dans La Petite Fabrique de la Philharmonie des enfants. Ce parcours d'exposition sera visible pendant les vacances de Noël et aussi l'année prochaine pendant le mois de février.

À l’occasion de la parution des Sons du papier, livre tactile à l’adresse de tous les jeunes enfants, les autrices Laura Cattabianchi et Lilli Lacombe, accompagnées de la fabricante Stéphanie Reis Pilar, reviennent sur l’élaboration et la fabrication collectives de ce leporello en braille, véritable laboratoire de sons des papiers. L’enjeu : participer à la diffusion grand public des ouvrages tactiles.

Quel est le son du papier ? C’est la question que pose ce livre d’expérimentation tactile, sonore et poétique. Secouer du papier calque, caresser du papier de soie, froisser du papier brouillon ou déchirer du papier crépon… autant de gestes à inventer, de papiers à collecter et de sons à explorer. L’ouvrage, qui engage l’écoute et l’imagination, prend la forme d’une comptine ou d’un jeu à recommencer à l'infini. 

Cet ouvrage a été réalisé avec le soutien de l’Institut Philharmonie de Paris Aline Foriel-Destezet pour la jeunesse, la culture et l’éducation ; et avec le soutien de la Fondation VISIO, pour l’aide aux enfants et aux adultes déficients visuels. Il est publié en collaboration avec la Philharmonie des enfants et en partenariat avec Les Doigts Qui Rêvent.

— Les Sons du papier - © Clément Gaultier-Falguière
— Les Sons du papier - © Clément Gaultier-Falguière