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Saison 5 épisode 7 : Amar Kant et la naissance du tabla

Publié le 04 March 2026 — par Tulika Srivastava et Sahil Bagarwa : tabla, pakhawaj, morchang

Un musicien passionné, une danseuse merveilleuse, un roi mélomane, un peu de magie… Le tabla indien est né !

Écrit et raconté par Tulika Srivastava
Musique : Sahil Bagarwa : tabla, pakhawaj, morchang – Tulika Srivastava : chant, harmonium, tanpura

 

Il était une fois en Inde, une ville nommée Chaturpur où régnait un grand passionné de musique, le roi Agrasen. 
Dans son royaume vivait Amar Kant, un jeune percussionniste, très talentueux qui jouait du pakhawaj, un grand tambour horizontal frappé avec les deux mains.
Il avait deux meilleurs amis avec qui il adorait jouer de la musique : Sadaram qui chantait avec son tanpura et Balram, son frère, qui jouait de l’harmonium et composait des mélodies.
Amar Kant, quant à lui, travaillait des phrases rythmiques qu’il répétait sur son pakhawaj pour accompagner ses amis. Les trois amis jouaient au grand temple de Krishna et pour des occasions festives dans la ville. Les gens adoraient les écouter.

 

Leur rêve était de devenir des musiciens de la cour du roi Agrasen.

 

Un jour, au temple, Amar Kant rencontra Kalavati, une danseuse extraordinaire, gracieuse, douce, lumineuse ! En la voyant danser, Amar Kant sentit quelque chose de nouveau dans son cœur… et dans sa musique.
Avec l’accord de Sadaram et Balram, il décida d’intégrer la jeune femme à leur ensemble musical. Kalavati admirait leur travail et surtout les rythmes d’Amar Kant. Elle dansait, lui répondait. Ils s’aimaient secrètement. Petit à petit, leur musique prit une direction différente. De nouvelles mélodies jaillissaient autour des improvisations, des pas de danse se précisaient, tout comme les rythmes qu’Amar Kant inventait…
Mais le jeune homme sentait un manque… Le son du pakhawaj bien que joli, était trop puissant, trop grave et manquait de douceur. Ce son ne s’accordait plus très bien avec la nouvelle musique des deux frères et la douceur de Kalavati.

 

Alors Amar Kant commença à expérimenter. 
Il mit une pâte de farine et d’eau sur la peau du tambour… toujours puissant. 
Il ajouta une encre noire à base de riz cuit et de goudron… mieux, mais pas assez précis. 
Il ajouta des lanières en cuir pour tendre la peau… bien mais toujours pas ce qu’il imaginait.
Amar Kant se sentit frustré.

 


Un jour, son ami Sadaram entendit parler d’un concours de percussions organisé par le roi Agrasen.
Il y inscrivit Amar Kant. 
- « Je suis sûr qu’il va réussir », se dit-il. 
Mais Amar, incertain, joua sans enthousiasme… et perdit.
Ses amis, déçus, lui dirent : 
- « C’était notre seule chance d’entrer à la cour du roi… »
Amar eut honte. Énervé et en colère contre lui-même, il jeta son pakhawaj au sol; l’instrument tomba sur un rocher pointu et se brisa en deux. Amar Kant regretta aussitôt ce geste. Un instrument est sacré, et le pakhawaj avait été son compagnon depuis toujours.
Triste, il ramassa les deux morceaux et marcha… longtemps.

 

Au pied d’une colline verdoyante, se trouvait une grotte qu’il n’avait jamais vue auparavant. De l’intérieur, une voix douce et une musique semblaient l’appeler… « Viens… ».
Intrigué, Amar Kant entra. Sur les murs, il vit des sculptures anciennes. Deux d’entre elles se mirent à scintiller. Une danseuse qui ressemblait étrangement à Kalavati, et un percussionniste qui jouait une sorte de tambour coupé en deux, comme son pakhawaj brisé. On aurait dit lui-même, Amar !
 

Soudain, les sculptures prirent vie, jouant parfaitement ses phrases rythmiques. Émerveillé Amar écouta: 
- « Quel son parfait… C’est tout à fait le son que j’avais imaginé ! ».
La voix douce lui murmura : 
- « À toi maintenant… ».
- « Je ne peux pas jouer, mon instrument est cassé ».
- « Alors transforme-le. Conserve les deux parties ».
Les deux morceaux tremblèrent… Ils se posèrent debout. Guidé par la voix magique, Amar Kant, comme enchanté se mit à travailler. Il resserra, épaissi et lissa les pastilles d’encre noire sur les peaux au-dessus de chaque tambour. Sur la petite partie du tambour dont le caisson resta en bois, il ajouta des petits blocs de bois aux lanières de cuir pour régler le son. Posé à droite, c’était le dayan, aigu et doux. Pour l’autre partie, plus large, il utilisa un caisson en métal. Cela donna un son plus grave. À gauche, c’était le bayan.
Deux tambours différents, deux matières et deux sons, aigu et grave… mais un seul instrument grâce à la magie.
Soudain, Amar se réveilla, chez lui.
« Était-ce seulement un rêve ? » Mais non, devant lui se tenait l’instrument qu’il venait de transformer dans la grotte magique ! Il posa ses doigts dessus… dha dhin. Le son était parfait, clair doux, précis ; exactement comme il l’imaginait depuis si longtemps. Un nouvel instrument venait de naître.
Tout joyeux, Amar Kant courut voir Kalavati. Elle dansa dès les premières frappes. 
- « Je t’aime Amar » lui dit-elle tout émue. 
- « Moi aussi » répondit Amar.
Sadaram et Balram, émerveillés, chantèrent. Leur nouvelle musique sonnait enfin parfaitement. Tout le royaume en parlait. 
La nouvelle arriva jusqu’au roi Agrasen, qui les invita à sa cour.
- « Amar Kant, tu as créé un instrument extraordinaire. Toi et tes compagnons, vous serez les musiciens principaux de ma cour, et ton instrument s’appellera tabla ; car toda tab bhi bola… Il continue de sonner même après avoir été cassé ! »
Ce soir-là, le peuple vibra d’un nouveau bonheur sonore : Amar Kant joua le tabla, Sadaram chanta, Balram accompagna à l’harmonium… et Kalavati dansa. Et toute la ville vibra au rythme du tabla et de leur nouvelle musique qu’ils appelèrent khyal, l’imagination poétique. 
 

Tulika Srivastava
Sahil Bagarwa : tabla, pakhawaj, morchang