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Saison 5 - Épisode 6 : La cavale de Compère Singe

Publié le 25 février 2026 — par Igo Drané et Lansiné Diabaté, xylophone bala

Mézanmi, connaissez-vous Compère Singe qui avait plus d’un tour dans son sac ? Compère Singe, malicieux, s’amusait à jouer des tours à tous les animaux qu’il croisait sur sa route.

Écrit et raconté par Igo Drané

Musique : Lansiné Diabaté, xylophone bala

 

Il venait de jouer un vilain tour à Compère Serpent, un boa constrictor. Ligoté à une grosse caisse, Singe promit à Serpent :

« Si tu me libères, je t’offre le contenu de la caisse. Monsieur le roi m’a surpris en train de manger des fruits sur sa propriété ; et pour me punir, il veut m’obliger à manger le contenu de cette grosse caisse. Elle est remplie de rats et de souris, ta nourriture préférée. Tout le monde sait que moi, je préfère les fruits frais ! »

Compère Serpent en eut l’eau à la bouche. Alors Singe lui ouvrit la caisse avant de s’enfuir : « Bon appétit ! »

Affamé, Serpent se précipita dans la caisse de rats et de souris, qui se referma aussitôt sur sa queue. C’était un piège, mézanmi ! Heureusement, en s’agitant de douleur, Compère Serpent défonça la caisse, puis se libéra, bien décidé à retrouver Singe, qui était déjà bien loin, loin !

Mézanmi, le lendemain matin, Compère Singe faisait une sieste au soleil. Après avoir joué ce vilain tour à Compère Serpent, il se reposait, tranquille. Tout à coup, il entendit un sifflement qui fit trembler ses deux oreilles. Flap ! Il se redressa d’un coup et prit ses jambes à son cou. Il comprit que c’était le sifflement de Compère Serpent en colère, qui venait lui demander des explications. Il eut peur que ce dernier ne l’attrape et ne lui serre le cou jusqu’à l’étouffer.

Compère Singe courut à toute vitesse bigidik-bigidik-bigidik ! Il affola tous ceux et toutes celles qui se trouvaient sur sa route. Flap ! Il dépassa Commère Girafe, qui dressa son long cou sans comprendre ce qui se passait. Il dépassa Compère Kangourou, qui pourtant avançait par bonds de neuf mètres, mézanmi. Comme une flèche, Singe dépassa même Commère Autruche, qui pourtant était rapide comme l’éclair. Puis il s’engouffra dans une grotte… Non, non, non ! Non, c’était un terrier, un terrier où habitait Compère Cochon de terre qui s’était absenté. Mais il n’y avait pas de porte pour lui permettre de s’enfermer et se protéger. Compère Singe ne trouva aucun endroit où se cacher. Alors il repartit de plus belle, toujours comme une flèche. Ventre à terre, il arriva devant une mer immense, un vaste océan. Compère Singe se dit alors : 

« Il faut que je parte loin, loin, que je quitte le pays. Ainsi, Compère Serpent ne me retrouvera jamais. »

Mais comment traverser l’océan ? À la nage ? Il ne savait pas nager. À pied ? Il ne savait pas marcher sur l’eau. En radeau, en bateau ?…

Compère Singe aperçut au loin une baleine. Il aurait aimé sauter sur le dos de la baleine, mais c’était impossible. De toute façon, il avait peur de se mouiller. « Si je ne trouve pas de solution, Compère Serpent me retrouvera et il m’étouffera. »

Soudain, Compère Singe qui avait plus d’un tour dans son sac, eut une idée : « Si je me changeais en serpent ? Le serpent change régulièrement de peau. Il effectue sa mue. Je trouverai bien quelque part une vieille peau de serpent abandonnée. Ainsi je m’habillerai en serpent, et Compère Serpent ne me reconnaîtra point. »

Mais Compère Singe ne trouva aucune peau de serpent à se mettre sur le dos, alors il abandonna l’idée de se changer en serpent. En plein désespoir, Compère Singe sentit un agréable parfum lui chatouiller les narines. Ce parfum semblait provenir d’un bel arbre qui se dressait devant lui : le bois de rose. Il décida alors de se réfugier au sommet de cet arbre. Fatigué par sa folle cavale et enveloppé par le doux parfum du bois de rose, il s’endormit, longtemps, longtemps…

Au bout de quelques jours et quelques nuits, Compère Singe se réveilla. Il se souvint que Compère Serpent pouvait aisément grimper à l’arbre et l’atteindre ; alors il transpira à grosses gouttes. Il eut tellement peur qu’il dégringola de l’arbre à toute vitesse et tomba sur un tas de bois amassé et assemblé par des hommes pendant son long sommeil. Compère Singe sauta, cabriola, gesticula dans tous les sens. Les morceaux de bois s’entrechoquèrent.

Non loin de là, les hommes qui avaient assemblé le bois observèrent la scène avec amusement. Ils virent Singe sautiller sur les morceaux de bois éparpillés, et chaque petit saut de singe faisait résonner le bois : cling, cloung, ting, ting ! Si bien que, tout ce fracas se transforma peu à peu en une musique qui chatouilla agréablement l’oreille de Compère Singe, lui qui n’est pas musicien. Mézanmi, pendant quelques instants, Compère Singe oublia Compère Serpent et se mit à danser, à danser !

On dit que c’est depuis ce jour que les hommes ont eu l’idée d’assembler savamment des lamelles de bois de palissandre qu’on appelle aussi « bois de rose », pour fabriquer des balafons. C’est de là que vient le balafon de Lansiné Diabaté que vous entendez en ce moment même.

Igo Drané
Lansiné Diabaté, xylophone bala