Philharmonie de Paris - Home Page Philharmonie de Paris - Home Page

Festival Explore : des expériences sonores inédites

Publié le 17 March 2026 — par David Sanson Lecture 4 min

— Orchestre de haut-parleurs - © William Beaucardet

Du 10 au 13 avril, EXPLORE inaugure une biennale des musiques expérimentales au casting excitant. Une invitation à s’abandonner au plaisir de l’écoute, de l’aventure et de l’inconnu, en compagnie d’artistes qui se jouent des frontières avec allégresse.

« Happy New Ears ! » C’est par cette boutade que le facétieux compositeur John Cage (1912-1992) avait coutume de prendre congé de ses étudiants à la fin de l’année universitaire. Elle pourrait être le mot d’ordre d'EXPLORE, biennale des musiques expérimentales dont la première édition se tient en avril. Elle réunit des artistes de toutes générations et de toutes provenances qui partagent avec John Cage une même vision de la composition musicale – une exploration de tous les instants – et de l’écoute comme une aventure toujours renouvelée. Des artistes qui explorent les limites pour mieux, le plus souvent, les exploser.

Les découvertes de l’Amérique

Si tout acte de création artistique authentique possède, en principe, une visée exploratoire, l’exploration en matière musicale n’en possède pas moins une histoire que l’on peut circonscrire. Une histoire qui s’est déployée après-guerre, principalement outre-Atlantique, sous l’égide de Cage, justement, et dans le sillage frémissant des avant-gardes du XXe siècle – Dada et Fluxus en tête.

Portrait individuel de Caterina Barbieri
— Caterina Barbieri - © Furmaan Ahmed

Mary Lattimore et Julianna Barwick
— Mary Lattimore et Julianna Barwick - © Marco Dos Santos

Au San Francisco Tape Music Center notamment, l’un des premiers foyers de ce qui allait devenir la musique minimaliste. L’accordéoniste Pauline Oliveros (1932-2016) en fut l’une des grandes figures. L’ensemble Dedalus (12 avril à 16 h) lui rend hommage avec sa pièce Horse Sings from Clouds (1975), où les notes tenues par la voix et/ou un instrumentarium à géométrie variable génèrent de fascinants phénomènes psychoacoustiques. Au programme du même concert, les pièces tout aussi minimalistes de Julius Eastman (1940-1990) et Tom Johnson (1939-2024) parviennent à un effet tout aussi hallucinogène en recourant à la répétition ou la permutation de cellules très simples.

Ce minimalisme est un trait commun à la plupart des artistes d’EXPLORE, quelle que soit l’esthétique dans laquelle ils évoluent. On le retrouve dans les lancinantes et vertigineuses architectures synthétiques de Caterina Barbieri (11 avril à 20 h), mais aussi dans les pièces pour trio de percussions – signées Mica Levi, Laurie Spiegel ou Claire Rousay – qu’interprète l’ensemble 0 (11 avril à 18 h). Ou encore dans la manière dont les protagonistes de la Nuit expérimentale – Mary Lattimore & Julianna Barwick, Yann Gourdon, Wassim Halal – abordent leurs instruments respectifs (harpe, synthétiseur modulaire, vielle à roue, darbuka), le plus souvent traités au moyen de l’électronique (10 avril à 20 h).

— "DRUMS" de Laurie Spiegel. © 2012 Laurie Spiegel Publishing (ASCAP)

Indissociable des évolutions techniques de la lutherie et des supports, l’expérimentation concerne en premier lieu le phénomène sonore. Mais également les formats et la configuration du concert.

Ailleurs sans œillères

— Laurie Anderson with Sexmob : "LET X=X". Italie 2025. Extrait © Romaeuropa

Autre déterminant commun aux artistes de cette biennale : le peu de cas fait aux distinctions et la manière de transgresser allègrement les frontières entre les types musicaux, voire entre les disciplines artistiques. L’exploration, l’expérimentation, c’est avant tout une attitude, une manière non figée d’envisager la création, une envie de défricher de nouveaux territoires, de nouveaux horizons musicaux, en confiant à l’auditeur un rôle actif.

De l’électroacoustique à l’art sonore, en passant par les musiques écrites, « traditionnelles », pop ou improvisées, les artistes en présence effacent la distinction entre le « savant » et le « populaire », déniant à l’écriture le monopole de la « complexité ». En témoigne Laurie Anderson : à 78 ans, sa venue sur la scène de la Philharmonie, épaulée par le quartet Sexmob et un duo de violonistes, constitue un événement (12 avril à 19 h).

— Économat Redeyef et Bégayer - La Station. Décembre 2025. Teaser © Loup Uberto

Autres exemples : la rencontre entre les Tunisiens de l’Économat Redeyef et les Français de Bégayer (12 avril à 18 h), ou encore le formidable aréopage de solistes réuni pour la Music Promenade (13 avril à 20 h). Une « promenade » qui célèbre les 30 ans des Centres nationaux de création musicale (CNCM), en complicité avec le Groupe de recherches musicales (GRM – autre foyer des musiques expérimentales depuis 1958), qui déploie pour l’occasion son orchestre de haut-parleurs. Autant de structures qui ont très tôt acté et favorisé ces rapprochements esthétiques : le GRM à travers un festival comme PRÉSENCES électronique et les CNCM en assumant fièrement leur rôle de « découvreurs », accueillant dans leurs murs une multitude de formes et de langages.

Portrait individuel d'Alvise Sinivia
— Alvise Sinivia pour Music Promenade - © Emmanuelle Ales

Elise Dabrowski
— Elise Dabrowski pour Music Promenade - © Marikel Lahana

On n’oubliera pas le travail exemplaire de l’ONCEIM (Orchestre de Nouvelles Créations, Expérimentations, et Improvisations Musicales). Outre un programme mêlant la reprise de Constellation – superbe pièce commandée à l’artiste américano-suisse Christian Marclay – et une création de Caterina Barbieri (10 avril à 19 h), l’ensemble est aux manettes, avec le collectif COAX, du Lab Orchestra, associant une centaine de musiciens amateurs (12 avril à 16 h). Un projet qui rappelle les riches heures de la musique expérimentale britannique des années 1960 et 1970, et des formations telles que le Scratch Orchestra et le Portsmouth Sinfonia.

L’expérimentation n’a pas de frontières. Elle n’a pas non plus d’âge, comme en témoigne Un Pays supplémentaire, spectacle entre théâtre d’ombres, concert et installation plastique conçu par Claudine Simon pour tous les publics (12 avril à 11 h et 16 h). Et surtout elle ne boude pas son plaisir : Jamais 205, sound system émettant depuis deux Peugeot 205, nous invite pour un moment de danse libre et gratuit (11 avril à 22 h).

— JAMAIS 2025, Mimosa & Papito Boum Boum © Isola Records

SONOBOX, à l'intérieur du son

Pensé comme un acousmonium, SONOBOX est un écrin, un cocon sonore permettant de découvrir des œuvres expérimentales spécialement composées pour ce dispositif. 

SONOBOX
— SONOBOX - © Nicolas Boudier

Cette installation sonore immersive est conçue sous la forme d’une cabine individuelle : l'utilisateur est immergé au cœur du son, entouré d'un dispositif de haut-parleurs ; il vit ainsi une expérience tridimensionnelle unique et devient l'interprète actif de la composition choisie. Toutes les pièces musicales conçues pour SONOBOX sont des commandes spécifiques, les compositrices et les compositeurs ayant été encouragés à faire de l’espace l’élément central de leur création. Cette sonothèque représente un large panel des musiques expérimentales d’aujourd’hui. Le dispositif est ouvert au public de plus de 12 ans et accessible aux personnes à mobilité réduite.

Entrée libre selon les places disponibles. Durée : 15 minutes.

Rue musicale – Cité de la musique.

David Sanson

Né en 1970, David Sanson est auteur, traducteur, conseiller artistique et musicien. Il programme notamment la saison de concerts du Centre culturel de rencontre de l'abbaye de Noirlac.