Débat
Salle de conférence - Philharmonie

En deçà et au-delà du son : un siècle d'écoute musicale

Autour de la parution de l'ouvrage "Phénoménologie de l'écoute" de Günther Anders (2020)

adulte
Durée : environ 1h15
Couverture ouvrage Phénoménologie de l'écoute de Günther AndersCouverture ouvrage Phénoménologie de l'écoute de Günther Anders © DR

Infos pratiques

Mercredi 16 septembre 2020 à 19h00
Entrée libre
Événement(s) passé(s)
En lien avec la programmation artistique, les DÉBATS offrent aux auditeurs un espace de parole et de réflexion sur l’histoire et l’avenir de la musique. Pilotés par un modérateur, ils réunissent des personnalités du monde musical, culturel et intellectuel et consacrent un moment d’échange avec le public.

A l'occasion de la parution de l'ouvrage Phénoménologie de l'écoute de Günther Anders (2020), Nicolas Donin, Martin Kaltenecker et Jean-Luc Nancy s'entretiennent avec Laurent Feneyrou.

Une séculaire tradition des écrits sur la musique s’interroge, depuis l’Antiquité grecque, sur l’écoute du son et de l’art musical, de ses principes et de ses conventions. Le xxe siècle, à travers les œuvres qui s’y sont accumulées, a sans doute été celui de tous les excès et de bien des renouveaux. On y croise le précepte selon lequel l’écoute doit suivre ce que la structure lui dicte, quand bien même de manière utopique ; on y renverse la perspective, en faisant, par la maîtrise de l’illusion et du faux-semblant, le pari que les modalités de l’écoute peuvent aussi induire des formes musicales, des processus, des figures ou des signaux ; on y risque l’hypothèse qu’une écoute peut être simultanément multiple, de strates accumulées, ou qu’elle se joue, tel un jeu d’ombres, de ce qu’elle a déjà écouté ailleurs, ou avant. Alors la musique redéfinit sans cesse ce qu’est l’écoute, non son dévoiement ou son usure dans une image ou un verbe, qui l’entraveraient ou l’expliqueraient par ce qu’elle n’est pas, et que d’aucuns interdisent. Non ce que nous écoutons, mais, avec Günther Anders, éminent penseur de la génération d’après Arnold Schoenberg, ce qu’est l’écoute, la tension vers le son et sa traversée, où sujet et objet se réaliseraient de concert. L’écoute devient alors, comme l’écrit Jean-Luc Nancy, un motif de la philosophie de la musique, que cette rencontre se propose de varier.

Günther Anders, Phénoménologie de l'écoute
Ouvrage traduit de l’allemand par Martin Kaltenecker et préfacé par Jean-Luc Nancy
Günther Anders (de son vrai nom Günther Stern) fut formé par la musique et les beaux-arts qu’il pratiquait lui-même activement. S’il n’est pas devenu musicien, ses expériences ont marqué sa pensée et nourri sa réflexion philosophique ultérieure. En témoignent les « Recherches philosophiques sur les situations musicales » (1930-1931), projet de thèse d’habilitation demeuré inédit, qui porte l’influence de ses professeurs Edmund Husserl et Martin Heidegger. Les écrits rassemblés dans cet ouvrage constituent l’une des toutes premières réflexions phénoménologiques appliquées à la musique, avant que le philosophe ne se tourne vers une approche sociologique, présentée dans la seconde partie du volume. « Qui la musique socialise-t-elle ? Qui est-elle censée toucher, et à l’initiative de qui ? Qui la reproduit ? » Anders s’intéresse à la transformation de l’être dans l’expérience d’écoute. Connu depuis les années 1960 pour sa critique radicale de la modernité, que notre époque ne cesse de redécouvrir, Günther Anders (1902-1992) est auteur de nombreux essais, parmi lesquels L’Obsolescence de l’homme (Encyclopédie des nuisances, 2002) et Hiroshima est partout (Seuil, 2008).

Après des études à la Sorbonne, à l’EHESS et au Conservatoire de Paris, Laurent Feneyrou est successivement boursier Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, conseiller pédagogique à l’Ircam et conseiller musical auprès de la direction de France Culture. Il est actuellement chargé de recherches (CNRS) dans l’équipe « Analyse des pratiques musicales » (STMS – CNRS / Ircam / Université Pierre et Marie Curie). Membre de l’Académie Charles Cros et du Conseil scientifique de la Fondazione Levi (Venise), secrétaire de la Fondation Salabert et de L’Instant donné, et trésorier de l’Association Jean Barraqué, il est l’éditeur d’écrits de Jean Barraqué (2001), Giacomo Manzoni (2006), Luigi Nono (1993 et 2007), Louis Saguer (2010), Salvatore Sciarrino (2012) et Frédéric Durieux (2019). Auteur d’un livre sur Helmut Lachenmann et du Chant de la dissolution (Philharmonie de Paris, 2018), il a également dirigé des ouvrages collectifs sur Bruno Maderna, sur Salvatore Sciarrino, sur l’opéra moderne et contemporain, sur les relations entre musique et politique, sur l’analyse musicale et, avec Nicolas Donin, sur les théories de la composition au xxe siècle. Il est par ailleurs traducteur de littérature triestine.

Nicolas Donin est responsable de l’équipe de recherche en musicologie du laboratoire Sciences et Technologies de la Musique et du Son (Ircam-CNRS-Sorbonne Université). Ses travaux abordent les pratiques musicales savantes de la fin du XIXe siècle à nos jours, à partir de méthodes issues de la musicologie et des sciences humaines (histoire, anthropologie, théorie littéraire) et en dialogue avec des créateurs et créatrices de notre temps. Il est auteur et co-auteur d’une centaine d’articles, chapitres d’ouvrages et volumes collectifs, parmi lesquels : Théories de la composition musicale au XXe siècle avec Laurent Feneyrou (Lyon : Symétrie, 2013), Un siècle d’écrits réflexifs sur la composition musicale. Anthologie d’auto-analyses, de Janáček à nos jours (Genève : Haute École de Musique / Droz, 2019), The Oxford Handbook of the Creative Process in Music (New York : Oxford University Press, en préparation).

Martin Kaltenecker est maître de conférences HDR en musicologie à l’Université de Paris (Paris 7). Co-fondateur de la revue de musique contemporaine Entretemps (1985-1992) et producteur à France Musique, il a été boursier du Wissenschaftskolleg zu Berlin (2007-2008). Outre de nombreux articles sur la musique et l’esthétique musicale du xixe et xxe siècle, il a publié La Rumeur des Batailles (2000), Avec Helmut Lachenmann (2001) et L’Oreille divisée. Les discours sur l’écoute musicale au xviiie et xixe siècle (2010). Il a codirigé les ouvrages Penser l’Œuvre musicale au xxe siècle : avec, sans, contre l’histoire ? (2006) et Pierre Schaeffer. Les Constructions impatientes (2012).

Jean-Luc Nancy est professeur émérite de philosophie, Université de Strasbourg ; ancien professeur à l'Université de Californie, san Diego ; ancien professeur invité aux Universités de Berlin, Berkeley, Cologne, Palerme, Stockholm. Auteur de nombreux ouvrages. Dernier paru : La peau fragile du monde (Galilée).

Intervenants

  • Laurent Feneyrou, modérateur
  • Nicolas Donin, conférencier
  • Martin Kaltenecker, conférencier
  • Jean-Luc Nancy, conférencier