Vers la page Accessibilité Menu mobile Menu principal Aller au contenu principal Pied de page Plan du site Recherche
Message d’information

Pass sanitaire

En savoir plus

Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Les Clés du classique #10 - Le Concerto pour violoncelle de Dvořák

Publié le 05 juillet 2021 — par Charlotte Landru-Chandès

Depuis 1892, Dvořák est directeur du Conservatoire de New York. C’est là qu’il compose ses œuvres les plus connues : sa Symphonie  «   Du Nouveau Monde   » ou encore son Quatuor à cordes n° 12   «   Américain   ».    Il faudra cependant attendre l’automne 1894 pour qu'il se lance dans l’écriture d’un concerto pour violoncelle.

La série Les Clés du classique  nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

Écouter ce podcast sur Apple PodcastsDeezerGoogle Podcasts ou Spotify.

Les extraits du Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op.104 d'Antonin Dvořák sont interprétés par Gautier Capuçon et l'Orchestre de Paris placé sous la direction de Paavo Järvi. Concert enregistré à la Salle Pleyel le 18 mai 2011.

Retrouvez l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande

 


 Le Concerto pour violoncelle de Dvořák

Antonin Dvořák a un avis assez tranché sur le violoncelle. Selon ses élèves, il raconte que « c’est un bel instrument, mais que sa place est dans un orchestre ou en musique de chambre. Comme soliste, il est insuffisant ; les registres médiums sonnent magnifiquement mais les aigus nasillent et les graves bourdonnent. » Étonnant quand on pense que ces propos auraient été tenus après son retour des États-Unis, et donc après la composition de son très populaire Concerto pour violoncelle.

Revenons un peu en arrière…

Depuis 1892, Dvořák est directeur du Conservatoire National de New York. C’est là qu’il compose ses œuvres les plus connues : sa Symphonie « Du Nouveau Monde »  ou encore son Quatuor à cordes n° 12 « Américain » . Mais plus les mois défilent et plus sa Bohême natale lui manque, même s’il y retourne de temps en temps pour les vacances. La nature, les danses, les chants, les fêtes de village, la famille : rien de comparable avec le bruit et l’agitation qui règnent ici à New York.

En mars 1894, Dvořák assiste à un concert de son ami Victor Herbert, grand violoncelliste et compositeur américain, également professeur au Conservatoire de New York. Herbert interprète son Deuxième Concerto pour violoncelle, accompagné par l’Orchestre Philharmonique de New York. Dvořák n’en croit pas ses oreilles ! Il n’aurait jamais cru que le violoncelle puisse sonner ainsi. Enthousiaste, il vient trouver Herbert à la fin du concert et le prend dans ses bras.

Il faudra cependant attendre l’automne 1894 pour que Dvořák se lance dans l’écriture d’un concerto pour violoncelle. Cela faisait un moment que son ami, le violoncelliste Hanus Wihan, lui réclamait un concerto, mais pour ce dernier, il n’en était alors pas question. Il n’en était pas à son premier coup d’essai et cela ne le tentait pas de renouveler l’expérience. En 1865, à l’âge de 23 ans, Dvořák avait déjà composé un concerto pour violoncelle à la demande de Ludevit Peer. Mais il ne l’a jamais corrigé ni orchestré et le concerto a disparu avant d’être retrouvé en 1920 !

Quand Dvořák commence à écrire son Deuxième Concerto, à l’automne 1894 donc, les États-Unis traversent une grave crise économique. Le Conservatoire se trouve en difficulté financière, mais Dvořák a quand même accepté de revenir pour une nouvelle saison, il sait à quel point sa présence compte pour la musique américaine. A la même époque, Dvořák apprend que sa belle-sœur Josefina, souffre d’une grave maladie du cœur. La nouvelle est rude, car dans sa jeunesse, Dvořák a été très amoureux de Josefina, à qui il donnait des leçons de piano, mais ses sentiments n’étaient pas partagés et Dvořák a finalement épousé sa sœur Anna… Bouleversé par l’annonce de la maladie de Josefina, Dvořák décide d’introduire dans son Concerto une mélodie tirée d’un lied qu’il avait composé pour elle, et qu’elle aimait : Lasst mich allein, Laissez-moi à ma solitude. Dvořák met un point final à sa partition le 9 février 1895, jour des 10 ans de son fils Otakar. Au printemps, le compositeur retourne à Prague, mais peu après son arrivée, Josefina meurt des suites de sa maladie. Très attristé, Dvořák remanie alors son Concerto pour violoncelle. Pour la deuxième fois, il y glisse le lied tant aimé de Josefina, cette fois-ci dans le finale.

Entre-temps, Dvořák se brouille avec son ami Hanus Wihan, le dédicataire, qui veut imposer une cadence virtuose à la fin du Concerto, précisément à l’endroit de l’hommage à Josefina ! Pour Dvořák, c’est évidemment hors de question. La création a lieu 19 mars 1896 à Londres sous la direction du compositeur, avec le violoncelliste Leo Stern en soliste. Comme dans le concerto de Victor Herbert, le dialogue entre soliste et orchestre est des plus équilibrés, et la musique allie sans cesse fougue et lyrisme, puissance et poésie. Dvořák ne reviendra jamais à New York, le Concerto pour violoncelle en si mineur est sa dernière œuvre américaine.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.