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Les Clés du classique #21 - La Symphonie « Classique » de Prokofiev

Publié le 24 mars 2022 — par Charlotte Landru-Chandès

21 avril 1918, Petrograd, salle de la chapelle de l’ancienne cour. C’est l’après-midi et un jeune compositeur de 27 ans, Serge Prokofiev, dirige sa toute première symphonie. L'œuvre est courte et le public conquis...

La série Les Clés du classique nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits de la Symphonie « Classique » de Serge Prokofiev sont interprétés par le Russian National Orchestra, sous la direction de Mikhail Pletnev. Ce concert a été enregistré à la Philharmonie de Paris, le lundi 28 novembre 2016.

Retrouvez l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande.


Serge Prokofiev : la Symphonie « Classique »

C’est en 1916 que Prokofiev met sa symphonie en chantier, à l’époque où il termine la composition de son opéra Le Joueur, d’après le roman de Dostoïevski. De sa symphonie, Prokofiev écrit d’abord le troisième mouvement, la Gavotte, aux allures de danse baroque comme on pourrait en trouver dans une suite de Bach ou de Couperin, même si ici, l’ironie n’est jamais très loin…

En février 1917, la Révolution russe éclate. Le régime tsariste est renversé. Prokofiev ne peut créer son opéra Le Joueur. Le compositeur part se réfugier à la campagne, dans une datcha située à une trentaine de kilomètres de Petrograd. Il en profite pour se remettre à la musique instrumentale et se plonge simultanément dans l’écriture de son Concerto pour violon et de sa Symphonie. Retiré du monde, le compositeur passe ses journées à travailler, de préférence le matin, à se promener et à lire. Fait particulier, Prokofiev compose sans piano. En mai 1917, voici ce qu’il écrit dans son Journal : « J'ai envisagé de composer ma "Symphonie classique" loin du piano, et tout le travail que j'ai fait jusqu'ici je l'ai fait dans ma tête. […] Il me semblait que composer avec ou sans piano était simplement une question d'habitude, et que ce serait bien de gagner plus d'expérience avec une œuvre peu complexe comme cette symphonie. »

Prokofiev dit écrire dans le style de Haydn. Il raconte : « La technique de ce compositeur m’était devenue particulièrement claire, fruit de mon travail dans la classe de Tcherepnine », son professeur de direction d’orchestre au conservatoire de Petrograd. Prokofiev raconte que c’est « par espièglerie » qu’il choisit de qualifier sa symphonie de Classique, pour « taquiner les oies » !

Inspirée de l’esthétique classique, la Première Symphonie de Prokofiev est écrite pour une orchestration légère, bois, cors et trompettes par deux, cordes et timbales. L'œuvre s’ouvre sur un Allegro vif et engagé, dans la tonalité solaire de majeur. Le premier thème est énoncé sur les notes de l’arpège, procédé habituel chez les classiques. Mais certaines harmonies, plus corsées, nous rappellent que c’est bien là l'œuvre d’un compositeur du XXe siècle.
Le Larghetto, le mouvement lent, adopte des allures d’un menuet, par son rythme à trois temps. C’est ici une danse élégante et mélancolique que nous propose le compositeur.
La Gavotte, le mouvement le plus célèbre de la Symphonie « Classique », nous plonge dans le monde baroque. Dans les années 1930, Prokofiev la reprendra et la développera dans son ballet Roméo et Juliette.
Vient ensuite le Finale, mouvement qui a donné du fil à retordre au compositeur. Prokofiev n’était pas satisfait de la première version, il la trouvait trop lourde pour une symphonie classique. Il écrit : « Je rayai la première version avec tout son matériau et j’en composai une nouvelle, m’étant donné la tâche, entre autres, de bannir l’emploi des accords mineurs » pour ne pas assombrir. Résultat, c’est un Finale dynamique et enjoué qui clôt la symphonie.

Prokofiev achève sa Symphonie « Classique » début septembre 1917. Mais la révolution d'Octobre va en retarder la création. La première aura lieu le 21 avril 1918, sous la baguette du compositeur.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.