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Autres regards / Pop culture

Héritiers de la Beat Generation

À l’image d’Allen Ginsberg et de William S. Burroughs, porte-paroles des poètes de la Beat Generation, les membres du Velvet Underground défendent des modes de vie extrêmes, refusant règles et tabous.

Publié le 14 Mars 2016
par Éric Tandy

Allen Ginsberg, 1971.Gerard Malanga
Allen Ginsberg, 1971.

« Dans mon imagination, je m’étais fait une place parmi les artistes, poètes beat et musiciens du Lower East Side de Manhattan. ». À l’âge de 15/16 ans, John Cale fantasmait énormément sur New York. Lorsqu’il y débarque en 1963/64, qu’il y rencontre Lou Reed avec qui il fonde le Velvet Underground, le musicien gallois, attiré par l’avant-garde, découvre une ville qui ressemble encore à ses rêves de jeunesse : les artistes investissent toujours le Lower East Side et, surtout, l’onde de choc propagée par les poètes beat dans les années 50 continue d’influencer ceux qui s’agitent dans la marge (Howl, le poème « obscène » d’Allen Ginsberg date de 1956, Le Festin nu de William S. Burroughs a été publié en 1959).

 

William S Burroughs - The.Junky's Christmas. Full Version.

 

Les Beats ont amené la liberté de parole dans l’Amérique de la consommation et des arts essentiellement ménagers. Ils se sont intéressés à tout, écriture, sons et images, et se sont emparés de sujets qui effraient et continueront pour toujours d’effrayer la masse : transgression des règles, homosexualité ou drogues… Des thèmes que l’on retrouvera dans les premières chansons d’un Velvet Underground qui va pendant un court moment s’appeler The Falling Spikes (les aiguilles tombantes ?). Preuve que la drogue fait toujours naturellement partie des meubles d’un New York Downtown déjà décrit par Burroughs dans Junkie, son premier roman publié en 1953.

 

John Cale - I´m Waiting For The Man (Rockpalast 1983 & 1984)

 


L’attente fiévreuse du dealer : avant que Lou Reed en fasse une chanson (« I’m Waiting For The Man », écrite à l’université, avec Burroughs en arrière-pensée), le sujet avait déjà fourni la trame, sur fond de jazz – une musique que Cale et Reed appréciaient  – de The Connection (1961), l’un des premiers films indépendants à avoir émergé de l’East Village. Son auteure, Shirley Clarke, allait ensuite s’impliquer dans The Film-Makers Cooperative regroupée autour du journaliste-réalisateur Jonas Mekas. 

 

THE CONNECTION trailer

 

Autre membre de cette coopérative de diffusion de films expérimentaux (qui diffusera aussi ceux de Warhol), la cinéaste Barbara Rubin, personnage clé dans le démarrage de carrière du Velvet qu’elle présentera à Paul Morrissey, l’« aide de camp » d’Andy Warhol. Les prémices d’une première visite à la Factory… La rencontre avec Morrissey aura lieu, en décembre 1965, au Café Bizarre, un club de Greenwich Village où l’on programme surtout de la musique folk. Le genre est encore très prisé, même si son plus célèbre représentant, Bob Dylan (que Lou Reed respecte beaucoup), est depuis peu passé au rock électrique. Guitare sèche à la main, nombreux sont alors ceux qui contestent la guerre du Vietnam et se donnent des allures de protest singers.

Mais le Velvet Underground est définitivement ailleurs : ses chansons trouvent plutôt leur source chez Sacher-Masoch (« Venus in Furs ») ou chez Hubert Selby Jr. (« Sister Ray »), elles n’appellent pas à une quelconque révolte et ne font pas référence à l’actualité… En 1957, dans sa chronique de On The Road de Jack Kerouac, le journaliste du New York Times, Gilbert Millstein, parlait ainsi de la Beat Generation : « Elle considère l’imminence de la guerre, l’inutilité de la politique et l’hostilité du reste de la société comme inévitables. » Une phrase qui résume aussi assez bien l’attitude et la posture « en marge » du Velvet quelques années après.

Amphithéâtre Cité de la musique
Rencontre

Contre-culture autour de l'exposition "Velvet Underground"

avec Christian Févret, Rodolphe Burger et Pierre Evil
Samedi 2 avril 2016 - 18:30
Rue musicale - Cité de la musique