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Prince Waly et le meilleur concert de sa vie

Publié le 03 avril 2025 — par Aurélien Kalasz et Maxime Guthfreund

— Entretien | Prince Waly revient sur le meilleur concert de sa vie à la Philharmonie de Paris

Prince Waly : Pour moi, c’était vraiment le meilleur concert de ma vie. Honnêtement, maintenant, j’ai envie de faire que ça. J’ai l’impression de redécouvrir la scène. C’est un plaisir différent. C’est amplifié. J’ai l’impression que ma musique prend... a pris en puissance.

Franchement, c’était vraiment... pour moi, un concert exceptionnel en tant qu’artiste. Dans le sens où j’ai vraiment, pour le coup, profité. Il y avait vraiment une communion. On était vraiment connectés avec... que ce soit le public, les musiciens... Même l’équipe technique. Tout le monde était sur la même longueur d’onde. Ça s’est ressenti en termes d’énergie. Il y avait ma famille sur le balcon à gauche. Et pareil... Ils me disaient : « On ne t’a jamais vu comme ça sur scène ! On ne t’a jamais vu danser. On ne t’a jamais vu autant extérioriser ta joie et tout. » Et moi-même, j’ai ressenti ça sur le moment. J’ai ressenti ce... un peu cette étincelle que j’avais un peu perdue, avec une tournée de deux ans. À la fin de la tournée, tu y vas un peu à reculons sur les dernières dates, malheureusement, avec la fatigue et tout. Alors que là, je me souviens, une semaine avant, j’étais pressé, limite, d’être à la date. Je comptais les nuits comme les enfants. Et franchement, c’était incroyable. Le meilleur concert de ma vie.

C’est revenu plusieurs fois, en discutant avec mon équipe, ou même les spectateurs qui étaient là. Ils disaient vraiment qu’en termes d’alchimie, en termes de musique, en termes d’énergie, tout était réuni, les planètes étaient alignées. Donc ouais, super content. Après ce concert, je n’ai pas dormi pendant une semaine. Le corps accumule tellement d’énergie, tellement d’émotions. Après, en fait, pour évacuer, il faut bien quatre, cinq jours. Pendant une semaine avec Julia, on n’a pas dormi après ce concert, donc j’étais super fatigué. Mais c’est de la bonne fatigue. C’est de la joie. C’est de la bonne humeur. C’est des larmes, mais de bonheur. Donc après ce concert, on se sent vraiment galvanisés. Je reprends confiance en moi parce que je me dis waouh, c’est beau, en fait, ce qu’on peut procurer avec de la musique. Rassembler autant de personnes et faire chanter autant de monde, véhiculer autant de bienveillance. Un concert comme ça, ça ne laisse pas indifférent, on va dire. Ce n’est pas autant la taille ou quoi, c’est surtout l’énergie. Toute cette énergie accumulée, cet amour qu’on reçoit, qu’on donne aussi, c’est vraiment très intense pour le corps. Parfois, je me demande si c’est normal de se retrouver devant autant de gens et de recevoir autant d’amour. Est-ce que l’être humain est fait pour ça ? Je ne sais pas. En tout cas, c’est une sensation incroyable à vivre.

Je voulais que ma musique soit sublimée et pas dénaturée. Parce qu’à la base, tu sais, c’est un DJ, un micro. Certains ont des backeurs. Le rap a commencé comme ça. Il n’y avait pas de musiciens, faute de moyens, donc ils faisaient avec les machines. J’ai vu pas mal de rappeurs faire cette transition-là et souvent, j’étais assez déçu, en fait. Pour moi, ce n’était plus vraiment du rap. Et le mot d’ordre, c’était : « Faisons du rap. » Je veux que ma musique sonne rap. Je voulais que le directeur musical amène ma musique à un niveau supérieur. Du coup, on a fait appel à Boom. C’est via Julia, encore une fois, qu’on a été amenés à se rencontrer. Et je trouve qu’il a très bien cerné le truc et je lui ai envoyé des références. Par exemple, D’Angelo. Ce n’est pas du rap, mais ça reste quand même assez hip-hop, assez soul. D’Angelo ou plein de références comme ça, Soulquarians, Erykah Badu. Et du coup, je trouve qu’on a réussi à trouver le bon équilibre. C’était vraiment intense.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a monté ce show en moins d’une semaine. C’est vraiment des pointures. Boom, il lui faut peut-être 10 minutes par morceau pour te le rendre incroyable. C’est vraiment des professionnels, les mecs. C’était intense. C’était une semaine assez intense. Ça valait vraiment le coup. Il y avait Wendy au clavier, Sully à la basse. Il y avait J à la guitare et Vincent Tortiller à la batterie. Ensuite, il y avait trois choristes. Nkia, Brice et Connie. Du coup, en gros, on était huit sur scène, alors que d’habitude, on est juste deux. Et en fait, elle s’est faite là, la différence. Je me sentais vraiment porté, pour le coup. On était en nombre. Et en termes d’énergie, je ne me suis jamais senti aussi bien et aussi serein sur scène. Vraiment, j’avais l’impression de plus m’amuser. 
La référence, c’était un peu Tiny Desk. Vous avez vu celui de Little Simz ? En gros, je voulais absolument, enfin, je voulais que ça ressemble un peu à ça. Que ça soit un peu intimiste, comme si on était dans un appartement new-yorkais, des potes qui font une jam. C’était ça, le brief. J’ai l’impression que ça a fonctionné parce que tous les invités, par exemple Arthur, il a dit : « On se croit dans Tiny Desk. » Et je me suis dit : « OK, on y est. Let’s go, ça va fonctionner. »
On a mis l’accent sur les détails. Il y avait le vinyle Mauvais Œil. Il y avait aussi celui de Mobb Deep, The Infamous, un album qui m’a accompagné… Ma transition rap français/américain s’est faite avec Mobb Deep. Il y avait une photo de mes parents, plein de petits trucs. Je voulais vraiment que chaque détail soit à sa place. Louis était à la lumière. Il y avait des tableaux vraiment magnifiques. Et c’est Louis, ingénieur lumière, qui a chapeauté un peu tout ça. Et franchement, pareil, il a fait un boulot monstrueux. 
Cette fois-ci, je m’amuse. Il n’y a plus ce truc d’automatisme. J’ai tourné pendant peut-être deux ans, je crois, avec l’album Moussa. Et au bout d’un moment, au bout de deux ans, c’est du par cœur. C’est un peu la même chose : tu fais les mêmes morceaux, les morceaux ont la même durée... Alors que là, en fait, tout est modulable. Tu peux faire une intro. Tu peux étirer le morceau, le rendre plus court. Tu peux tout changer. C’est vraiment ce qui m’a plu. Ça m’a plu et je me suis dit, j’ai envie de... Je pourrais repartir sur une tournée comme ça. Mais non, il faut que je fasse un nouvel album. Donc place à la musique.
Je ne peux plus dissocier ma carrière musicale d’Enchantée Julia. Parce que sans Julia, il n’y a pas Moussa, tout simplement. Parce qu’à la base, l’album, je ne devais pas appeler Moussa. À la base, l’album devait s’appeler Walygator, par rapport au premier single. Et du coup, on a discuté avec mes managers et tout. Et on arrive à trouver le nom Moussa. Mais il y a aussi le fait que Julia avait un morceau qui s’appelait « Moussa ». J’en ai pris un extrait et j’en ai fait un interlude. Donc... Elle est partout. Elle est sur peut-être huit morceaux de l’album, en voix additionnelle, en sample, en voix additionnelle, en chœurs. Elle est tout le temps là et... Je ne peux plus faire de la musique sans elle. C’est logique qu’elle soit là, à la Philharmonie. Elle était là à La Cigale, à l’Olympia... Elle sera là... au Zénith, quand on fera le Zénith ! Elle sera là tout le temps. Je ne peux pas dissocier... Elle me donne de la force. Quand elle est là, je me sens bien. Elle m’a toujours dit : "Dans ta musique, j’entends quelque chose de musical." Chose que moi, je ne captais pas du tout. Je lui disais : "Laisse-moi dans mon rap, je suis un rappeur, laisse-moi rapper." Elle disait : "Ouais, mais tu as un truc, tu peux essayer des mélodies, tu peux amener des harmonies." Et elle me fait écouter des morceaux à moi. J’avais un groupe qui s’appelait Big Budha Cheez. Elle me dit : "Dans ce morceau-là, tu chantes un peu." Et en fait, sans m’en rendre compte, il y avait des petites mélodies. Je ne me rendais pas compte. Et du coup, elle m’a fait écouter et découvrir plein de musiques : D’Angelo, toute cette vague un peu soul, la nouvelle vague aussi, un peu R’n’B et tout ça. Du coup, je suis rentré dedans et j’aime bien, en fait. J’aime beaucoup. Elle a développé un petit peu mon oreille sur ce spectre-là, cette partie-là de la musique.

Pour moi, avec ces personnes-là, c’est pas des collaborations. C’est plus des featurings, c’est des réunions de famille. On se voit en dehors des concerts, on s’appelle régulièrement. C’est la meilleure façon de faire de la musique. Avant de faire de la musique, il faut qu’il y ait une relation, quelque chose, qu’on soit sur la même longueur d’onde, qu’on parle la même langue, et c’est ce qui s’est passé avec tous. 
En fait, Arthur était venu me voir en 2017, je crois. Je jouais au Petit Bain. 
[Prince Waly lors du concert : Qui était là ? Il y avait des gens ou pas ? 
- Arthur était dans le public. 
- J’étais là ! 
Et depuis ce jour -là, il me donne de la force et on ne s’est plus jamais quittés. Il fait partie de ma famille maintenant. 
Arthur Teboul, s’il vous plaît.] 
Ali, c’est pour l’album Moussa, du coup. On faisait des morceaux avec JayJay. On arrive au morceau Rottweiler et on se dit : « Il sonne grave Lunatic, ce morceau. » Et du coup, JayJay dit : « C’est un truc de fou, t’imagines ? Un jour Ali, il entend ce morceau et il pose dessus. » Et je lui dis : « Impossible. Jamais de la vie. » Je me souviens, je lui ai même dit : « Si un jour, j’arrive à faire un feat avec Ali, j’arrête le rap. » Je lui avais dit ça. Et du coup, en fait, il s’avère que JayJay connaissait un gars qui habitait dans le même quartier qu’Ali. Du coup, il lui a fait écouter le morceau et Ali a aimé. On s’est rencontrés et c’est comme ça qu’est né le morceau. 
Dinos... Le monde du rap, c’est un monde tout petit. Donc Dinos, il savait ce que je faisais, je savais ce qu’il faisait. Il écrit très, très bien. Et on est de la même génération. Vraiment, avec Alpha, des mecs comme ça, je les mettais vraiment au top niveau. Et un jour, je lui envoie un message sur Instagram. Et pour le coup, il a répondu présent directement : « OK, faisons une chanson. »
Alors Freeze, ce qui est fou, c’est que... on se connaît depuis très longtemps. Peut-être 2014, quelque chose comme ça. Et en fait, on se croisait et tout. On se disait : « Faut qu’on se capte, qu’on fasse de la musique et tout. » Et en fait, j’ai eu mes soucis de santé. Donc pendant peut-être trois, quatre ans, j’ai été absent. Et un jour, on se recroise à un endroit, peut-être huit ans après, et il me dit : « J’ai pas oublié, on devait faire un morceau. » Et ça, c’est quelque chose que je respecterai toujours. Il n’a qu’une parole. S’il te dit « A » aujourd’hui, demain, il te dira « A ». Il change pas de... Donc on s’est revus, on a refait un morceau. Et pareil, on s’appelle régulièrement. C’est quelqu’un que je porte dans mon cœur. 
Tous ces artistes-là, que ce soit même Jazzy Bazz, enfin tous, c’est des gens que je considère comme des frères.

[La Balise : On a interviewé tes fans dans la file d’attente. On leur a posé des questions. Et il y en a beaucoup qui nous ont dit qu’ils sentaient un lien très spécial entre toi et eux.
- Comment et quand t’as découvert Prince Waly ? 
- Il y a un ou deux ans, je crois. L’album Moussa tournait un peu partout. Je comptais l’écouter plus tard, mais c’est jamais venu. Après, j’ai écouté les sons en feat. Je me suis dit, mais c’est une dinguerie, frère ! Après, j’écoute « Cra$h »... C’est une dinguerie, frère ! Après je me remets tout l’album dans le noir. Réduction de bruit, casque, je mets l’album. C’est une dinguerie, frère ! Je me remets tous ses sons, je me les prends de ouf et ça me parle trop. Ça va droit au cœur, direct.
- Qu’est-ce qui vous touche chez Prince Waly ? 
- Ce qui me touche, je dirais, c’est à quel point il arrive en même temps à rester fort, tout en parlant des blessures qu’il a eues. 
Je dirais sa force, sa résilience. Qu’il ait pu l’exprimer au travers de ses chansons. Ça, c’est costaud. 
Sa sincérité, l’authenticité. Le mec est vrai. Tout ce qu’il dit, il le dit avec le cœur. Et ça me touche. J’ai un peu ce sentiment de le comprendre et d’être encore plus proche de lui juste en écoutant sa musique. 
Personnellement, j’ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois. Il me touche par sa bienveillance et il est hyper reconnaissant envers notre investissement... Enfin, nous les fans. 
Il parle de toutes les personnes qui ont grandi dans les cités, etc. Et j’ai été proche de cet environnement-là. Comment il en parle dans ses clips etc., forcément, ça me parle. 
Il passe par différents styles musicaux. Beaucoup d’artistes l’invitent. Le mélange avec Enchantée Julia est incroyable. Les deux voix ensemble vont tellement bien. Bête de flow, meilleur rappeur ever. Trop fort. Qu’il continue. C’est le rap incarné.]

Prince Waly : Incroyable. C’est chaud. Ils sont dithyrambiques. C’est fou. Ça fait plaisir d’entendre ça. Incroyable. 
Et l’élément le plus important que j’aimerais remercier : vous. Parce que sans vous, je ne serais pas là aujourd’hui. 
Le rap, pour moi, c’est vraiment une passion. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à me dire que c’est un boulot. Pour moi, c’est une passion. J’écris mes problèmes, mais aussi mes moments de bonheur. Je suis tout seul quand j’écris ça. Et ça arrive jusqu’à toucher le cœur des gens. 
Il y avait une période où j’étais beaucoup sur les réseaux sociaux. Et je lisais quand même beaucoup. J’échangeais beaucoup par DM. Je recevais des messages et je me disais que c’est fou quand même, qu’avec des mots, on puisse faire autant de bien aux gens, provoquer autant d’émotions. Et j’ai vraiment une reconnaissance incroyable envers eux. Je n’aime pas dire « fans ». Pour moi, c’est pas des fans. Je me vois comme une équipe. Comme si j’étais une équipe de foot et eux, mes supporters. Sans les supporters, il n’y a pas de club. Il n’y a rien. Moi, je suis juste comme un pilote dans une voiture. Et eux, c’est l’essence. Donc, sans eux, il n’y a vraiment pas de Prince Waly. 
Pareil, quand j’étais dans cette période compliquée de ma vie, je recevais toujours des messages d’amour, de soutien, de force. Et c’est ce qui m’a aussi permis de tenir. À un moment, pareil, je voulais arrêter la musique. Sans tous ces gens-là qu’on entend, j’aurais sûrement arrêté. Donc oui, il y a vraiment ce truc de reconnaissance où, jusqu’à la fin de ma vie, en tout cas de ma carrière, je me sens redevable. Comme si je leur devais quelque chose, à ces gens. Je peux pas me permettre de la mauvaise qualité ou de travestir ma musique pour l’argent, tu vois. C’est vrai qu’aujourd’hui, Dieu merci, ça marche et tout. J’arrive à vivre de ma musique. Mais je me dis, dans un coin de ma tête, qu’il faut que je garde toujours ce lien avec ce public-là. Je pourrais me suffire avec juste ces gens-là. Si toute ma vie, je dois faire des Olympia avec ces gens-là, je serais très heureux. J’ai pas besoin de plus, tu vois. Ces gens-là me suffisent. 
[Prince Waly lors du concert : Vous êtes magnifiques ! J’ai passé un moment incroyable ! Le meilleur concert de ma vie ! Paris, on se revoit bientôt ! Prenez soin de vous ! ]
 

Le 12 janvier 2025, le rappeur Prince Waly montait sur la scène de la Cité de la musique pour livrer une création spéciale qu’il considère aujourd’hui comme le meilleur concert de sa vie.

Enfant de Montreuil devenu l’une des figures les plus respectées du rap francophone, Prince Waly séduit tant par son style à la fois raffiné, percutant et prospectif que par l’ouverture de son horizon musical. Rompu à l’exercice du concert rap « classique » et son duo DJ - MC, et après une longue tournée de son excellent album Moussa dans ce format, Prince Waly revenait à la scène en janvier dernier dans une configuration inédite. Avec le support de quatre musiciens et de trois choristes, mais aussi et surtout de celle qui est aujourd’hui omniprésente dans sa vie comme dans sa musique – Enchantée Julia –, le rappeur a livré une prestation d’une ampleur et d’une profondeur inégalées dans sa carrière. Face à un public visiblement conquis, quelques invités de marque – Ali (Lunatic), Dinos et Arthur Teboul (Feu! Chatterton) – ont pris part à cette soirée mémorable.

— Prince Waly & Enchantée Julia en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly & Ali en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

— Prince Waly en concert à la Cité de la musique - © Maxime Guthfreund

Aurélien Kalasz et Maxime Guthfreund
  • Entretien mené par La Balise :
  • Thomas Guillaud-Bataille avec Grégoire Alexandre, Garance Blanc Lemagnent et Janelle Weisselberg
 
  • Réalisation vidéo :
  • Aurélien Kalasz et Maxime Guthfreund