Vers la page Accessibilité Menu mobile Menu principal Aller au contenu principal Pied de page Plan du site Recherche

Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Les Clés du classique #27 - Le Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski

Publié le 05 janvier 2023 — par Charlotte Landru-Chandès

C’est en 1874, à Moscou, que Tchaïkovski se lance dans l’écriture d’un concerto pour piano. Il a alors 34 ans, et l’exercice est nouveau pour lui. Le concerto, c’est un genre qu’il ne connaît pas encore et au départ, la composition n’est pas si évidente…

La série Les Clés du classique nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

Écouter ce podcast sur Apple PodcastsDeezerGoogle Podcasts ou Spotify.

Les extraits du Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski sont interprétés par l’Orchestre de Paris, sous la direction de Paavo Järvi avec Yefim Bronfman au piano. Ce concert a été enregistré à la Salle Pleyel le 23 octobre 2013.

Retrouvez l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande.


Dans une lettre, Tchaïkovski raconte à son frère Modest : « J’essaie d’écrire un concerto pour piano, mais ça ne marche guère. » Un mois plus tard, il lui confie que « l'œuvre avance péniblement ». Pourtant, ce concerto pour piano envahit ses pensées et, après un démarrage difficile, contre toute attente, Tchaïkovski en vient à bout en seulement quelques semaines.

Tchaïkovski n’est pas complètement sûr de ce qu’il a écrit… Il est très bon pianiste, mais pas virtuose. Ainsi, pour avoir un avis sur l’aspect technique de sa composition – et aussi se rassurer – il soumet le Concerto à son ami Nikolaï Rubinstein. Brillant pianiste, ce dernier est aussi le fondateur et directeur du Conservatoire de Moscou. C’est d’ailleurs lui, il y a quelques années, qui a confié à Tchaïkovski le poste de professeur de composition.

C’est à un Rubinstein des plus impassibles que Tchaïkovski joue son concerto. Décontenancé par son silence, il ne sait à quoi s’attendre. Et il a bien raison d’appréhender… Quelques années plus tard, dans une lettre adressée à sa mécène Nadejda von Meck, Tchaïkovski raconte : « Un flot de paroles jaillit des lèvres de Nikolaï, d’abord calme, puis prenant de plus en plus le ton d’un Jupiter tonnant. Il en ressortit que mon concerto ne valait rien, qu’il était injouable, que les passages sont plats, maladroits et tellement malcommodes qu’il est impossible de les améliorer, que l'œuvre en elle-même est mauvaise. » Implacable, Rubinstein affirme qu’il faut tout remanier. La réponse de Tchaïkovski est sans appel : « Je ne réécrirai pas une note, et le ferai imprimer tel qu’il est. »

Pour la création, Tchaïkovski va donc se tourner vers un autre pianiste, l’Allemand Hans von Bülow. À l’inverse de Rubinstein, ce dernier est en admiration devant la partition. Il écrit au compositeur : « Dans les idées, c’est si original – sans jamais être recherché –, si noble, si vigoureux. » Il ajoute : « Dans la forme, c’est si mûr, si plein de style, intention et exécution correspondant si harmonieusement, que je vous fatiguerais en énumérant toutes les qualités qui engagent à féliciter également l’auteur et tous ceux appelés à en jouir activement. »

Quatre mois plus tard, à l’occasion d’une tournée aux États-Unis, le 13 octobre 1875, le public du Music-Hall de Boston découvre le Concerto pour piano en si bémol mineur de Tchaïkovski avec Hans von Bülow au clavier et Benjamin Johnson Lang à la baguette. C’est un succès – la preuve que l'œuvre n’était pas si injouable que cela, finalement ! Rubinstein changera lui-même d’avis et, coup de théâtre, il deviendra l’un de ses plus grands interprètes.

Dans son concerto, Tchaïkovski semble s’inspirer de Liszt, Chopin, ou encore Grieg. Le premier mouvement s’ouvre par une monumentale introduction, grandiose et majestueuse. Lui succède un allegro con spirito, c’est-à-dire un tempo vif, avec esprit. Cet allegro se découpe en trois thèmes. Le premier serait inspiré d’une mélodie populaire ukrainienne. Le deuxième mouvement, indiqué Andantino semplice, commence avec délicatesse dans la douce tonalité de bémol majeur, qui n’est pas sans évoquer la musique de Chopin. Cette atmosphère suspendue est brusquement rompue dans la partie centrale, plus rapide et guillerette, inspirée d’une chanson française : « Il faut s’amuser, danser, et rire ». Le Finale se situe à mi-chemin entre danse populaire russe et musique chorégraphique, et il annonce le futur ballet de Tchaïkovski, La Belle au bois dormant.

Ce Premier Concerto pour piano, célébrissime, a complètement éclipsé les deux concertos qui lui ont succédé. Le Deuxième, en sol majeur, sera créé le 12 novembre 1881 par Madeleine Schiller. Tchaïkovski avait dédié l'œuvre à Rubinstein, mais celui-ci meurt brutalement quelques mois plus tôt. Quant au Troisième, composé pendant l’été 1893, Tchaïkovski n’en écrira que le premier mouvement. Il meurt peu de temps après, en novembre 1893.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.