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Les pionniers du reggae en France

Publié le 24 juillet 2017 — par Joseph Musso

© Ragga Dub Force

En 1979, un journaliste constatait que l’éclosion du reggae n’avait rien d’un feu de paille destiné à faire danser les amoureux le temps d’un été. Pourtant, la diffusion du reggae en France fut loin d’être évidente.

Au milieu des années 1970, les disques de reggae sont uniquement commercialisés dans les magasins spécialisés en import. Un passionné, José Jourdain, décide alors d’ouvrir à Paris Blue Heaven, un magasin consacré au reggae. Il diffusera même sous son propre label, « Jah Live », des albums aujourd’hui très recherchés par les collectionneurs. 

Blue Heaven Importation
— Blue Heaven Importation - © Blue Heaven

En 1982, Fanny Feeny et Marie Wood ouvrent le magasin de disques Blue Moon. Devenues rapidement incontournables, elles participent grandement à la diffusion et à la production (Blue Moon Records) du reggae jusqu’en 2006. Quant aux premiers concerts de reggae, ils ont laissé des archives éparses, à l’exception de celui de Bob Marley, le 10 mai 1977.

Dès la fin de l’année 1978, le reggae connaît une plus large diffusion, notamment  par le biais des concerts (Steel Pulse, Burning Spear, The Gladiators, Culture, Peter Tosh, Jimmy Cliff, LKJ, etc.). Son public prend forme, des affluences record seront atteintes lors de la tournée Uprising de Marley en 1980. Dès 1979, des Français se rendent en Jamaïque : Gainsbourg puis Lavilliers y enregistrent des tubes qui vont faire découvrir le reggae au grand public. Plus étonnant apparaît le parcours du bassiste Philippe Quilichini : il jouera sur deux albums des congas produits par sa compagne Nadette Duget. Des artistes peintres (Frédéric Voisin, Antoine « Fluoman » Tricon) et le célèbre photographe Antoine Giacomoni contribuent également à faire connaître la culture reggae après leurs séjours en Jamaïque.

Steel Pulse
— Steel Pulse - © Antoine Trican
— Steel Pulse - © Antoine Tricon

Cependant, la décennie 1980 est moins favorable au reggae : décès prématurés (Jacob Miller, Bob Marley), assassinats d’artistes de premier plan (Hugh Mandel, Prince Far I, Michael Smith, Peter Tosh), avènement du dancehall en Jamaïque... Cela n’empêche pas des passionnés de la première heure de pratiquer le reggae, avec des échappées dans le dancehall  – à l’époque on parlait de rub a dub ou de raggamuffin - par le biais des sound systems. Les tout premiers ont été organisés dès 1979 dans des caves, squats ou un foyer africain. En 1983, cinq fameuses soirées du sound des Pannoyaux ravissent les aficionados du genre. Par la suite, les sound systems vont se structurer et servir de pépinières au reggae made in France : Saï Saï, Daddy Yod, Daddy Nuttea, Pablo Master, Princess Erika, Puppa Leslie, Pierpoljack, Tonton David, Super John, Mushapata (liste non exhaustive), obtiendront vite leurs premiers succès. 

Ragga Dub Force
— Ragga Dub Force Massive, la compilation du Raggamuffin français - © Ragga Dub Force

En parallèle des sound systems, des groupes se créent (Savane, Azikmen, Ragga Dub Force, Fitt Band Experience, Niominka Bi…), les Nantais d’Apartheid Not publient un 33 tours en 1983, Babylone Fighters est précurseur du genre dub-électro et aux Antilles, 6th Continent bénéficie d’une forte reconnaissance. Des musiciens pionniers tels que Roger Jadfard, Christian Moore, Yovo M’Boueke et d'autres commencent leurs carrières. À partir de la seconde moitié des années 1990, le reggae fera son grand retour (Printemps de Bourges, Nuit Reggae à Bercy…), mais ceci est une autre histoire…

 

Pour en savoir plus :

Joseph Musso, Les Pionniers du reggae en France, La boutiques des artistes, 2010.

Joseph Musso