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Le laboratoire de la création #8 - Le saxophone dans tous ses états

Publié le 25 juin 2021 — par Thomas Vergracht

Une chaleur envoûtante, un parfum particulier et ambivalent, entre bois et cuivres… On est bien dans le saxophone  ! Petite exploration sonore, de Ravel à Christian Lauba.

Inventé il y a à peine cent cinquante ans, le saxophone a rapidement été la marque de fabrique du jazz et des musiques populaires. Instrument multiple, aux facettes changeantes, le saxophone, ou plutôt LES saxophones, ont abondamment inspiré les compositeurs et contribué au brassage des cultures. 

La série Le Laboratoire de la création analyse les œuvres marquantes qui ont forgé la modernité, de l’après-guerre à la période contemporaine. Elle nous fait pénétrer dans l’atelier du compositeur.

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Le saxophone dans tous ses états

Dès le début du XXe siècle, les maîtres de la musique moderne avaient déjà en tête ce choc des sonorités chaudes du saxophone, et du jazz en particulier. On pense bien sûr au premier chef à Maurice Ravel, et à son inénarrable Boléro… 


Dans un autre style, à la même époque, c’est le grand Alban Berg qui intègre le saxophone - l’alto plus précisément -, avec son timbre enjôleur, dans l’orchestration de son opéra Lulu. L’instrument et ses lignes mélodiques évoquant le jazz appellent immédiatement à une plongée noire entre Eros et Thanatos.  


Plus près de nous, le compositeur français Gérard Grisey, l'un des pères de la musique spectrale, intègre un saxophone parmi l’orchestre dans sa toute dernière œuvre, les Quatre Chants pour franchir le seuil. Œuvre funèbre et méditative, les Quatre Chants de Grisey développent des couleurs envoûtantes, particulièrement incarnées par le saxophone…Tendez l’oreille pour essayer de percevoir le timbre du saxophone. Ici, il est mêlé aux autres instruments, dans un tapis moiré et réverbérant… 


Par la force des choses, quand on est compositeur et que l’on dispose d'un saxophone , cela ne sera pas comme une flûte ou une clarinette. L’instrument va très souvent avoir une connotation et une saveur telles qu’il aura automatiquement droit à des moments solo. Certaines œuvres symphoniques s'apparentent même presque au concerto de ce point de vue. Ecoutez quelques notes de City Noir de l’Américain John Adams. Le saxophone a une place assez centrale dans cette véritable symphonie rendant hommage aux films noirs des années 50.  


Vous êtes d’humeur américaine  ? Nous aussi  ! Alors, justement, un autre grand compositeur américain a eu l'envie d’écrire un concerto pour saxophone. Mieux ! Un concerto…pour quatuor de saxophones : Philip Glass, le père du minimalisme. Dans les années 1990, il écrit des œuvres raffinées, intimes et très sensuelles. Dans son Concerto, il utilise un quatuor de saxophones, qui est une véritable formation à part entière ! Quatre saxophones sont dans la place ! Un soprano, le plus petit, suit l’alto, intermédiaire, le ténor, déjà grand, et le grave saxophone baryton. Ecoutez ce que cela donne…  Mais là…y a du monde ! En fait, depuis le début de cette petite exploration, on ne s’est même pas demandé si les compositeurs d’aujourd’hui s’étaient attelés à écrire pour un saxophone, mais seul, sans autre accompagnement, « a cappella », en somme. Et la réponse est… bien sûr que oui  !


Reeds, anches. C’est la petite pièce de bois dans laquelle on souffle, dans un saxophone ou sur une clarinette par exemple. C’est aussi le titre de cette pièce du très iconoclaste Mauricio Kagel. Pleine de jazz et de vie, cette petite pièce d’une minute est tirée d’un cycle justement inspiré par le jazz, et au titre mythique.  


Un saxophone c’est bien. Un quatuor de saxophones que l’on entendait tout à l’heure, c’est mieux…mais un orchestre de saxophones. C’est possible ? Et bien…là aussi…clairement oui  !  
Dans ses Sequenze, le compositeur italien Luciano Berio dresse un petit portrait sonore d’un instrument, sous la forme d’une pièce solo d’une dizaine de minutes. Parfois, il arrange certaines de ces œuvres pour d’autres instruments. C’est le cas de la Sequenza IX pour clarinette, qui a connu une adaptation pour saxophone. Mais il a parfois même réalisé des adaptations d’adaptations ! Cette Sequenza IXb, donc, a même connu une version orchestrale, puisque Berio en fait un Récit pour saxophone et orchestre à cordes. Il y a quelques années, le saxophoniste Vincent David réarrange cette pièce pour saxophone… .et ensemble de saxophones ! La sonorité obtenue est vraiment remarquable, et très particulière…. presque irréelle  !  


Instrument multiple, aux facettes changeantes, le saxophone, ou plutôt LES saxophones, sont à la fois une source importante d’inspiration pour les compositeurs, mais aussi, on l’a vu, un moyen idéal de brasser les cultures, les mélanger jusqu’à l’osmose. Pour preuve, quelques notes de Sumba, une pièce pour quatuor de saxophones et ensemble de musique de monde, écrite par le compositeur français Christian Lauba, une œuvre qui évoque tantôt l’Afrique, tantôt l’Indonésie, dans un mélange des genres particulièrement envoûtant.  

Thomas Vergracht
© Christophe Abramowitz, Radio France 

Thomas Vergracht est l'un des producteurs du Carrefour de la Création sur France Musique. Il est le collaborateur régulier de La Lettre du Musicien et de l’Ensemble Intercontemporain.