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Les Clés du classique #11 - Le Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninoff

Publié le 26 octobre 2021 — par Charlotte Landru-Chandès

Tout le monde connaît le Deuxième Concerto de Serge Rachmaninoff. C’est son œuvre la plus célèbre, grande favorite des pianistes. Ses thèmes sont d’ailleurs très souvent repris dans la culture populaire, au cinéma ou encore dans la musique. Et pourtant au départ c’était loin d’être gagné. Entre dépression et cure par l’hypnose, l’histoire de ce concerto se révèle bien complexe…

La série Les Clés du classique  nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits du Concerto pour piano n° 2 de Rachmaninoff sont interprétés par Nicholas Angelich et l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, sous la direction de Tugan Sokhiev. Ce concert a été enregistré à la Salle Pleyel le mercredi 3 novembre 2010.

Retrouvez l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande


Serge Rachmaninov : le Concerto pour piano n° 2

15 Mars 1897, à Saint-Pétersbourg. C’est le jour de la création de la Première Symphonie de Serge Rachmaninov. À cette époque, il a 24 ans. C’est un pianiste et compositeur brillant, qui commence à être connu. Mais ce jour de mars 1897, Rachmaninov va connaître le plus cinglant échec de sa carrière. Le chef d'orchestre, Alexandre Glazounov, est complètement ivre, et peine à diriger la Première Symphonie, dont la partition est déjà bien difficile. Conscient du fiasco, Rachmaninov n’a pas la force d’assister à ce massacre : « Parfois, dit-il, je me bouchais les oreilles pour m’empêcher d’entendre ma propre musique dont les dissonances me torturaient véritablement. » Pour lui, c’est « l’heure la plus sombre de sa vie ». Et évidemment, la critique va être impitoyable. Rachmaninov va sombrer dans une terrible dépression et pendant 3 ans, il ne composera aucune œuvre d’envergure. Pour ne rien arranger, à l’automne 1899, Rachmaninov apprend que Vera Skalon, dont il était amoureux adolescent, se marie. Une nouvelle épreuve. Morose, fatigué, démotivé, Rachmaninov commence à inquiéter son entourage. C’est alors que ses cousins décident de l’envoyer chez un certain Nikolaï Dahl, un médecin hypnotiseur qui a plutôt bonne presse. De janvier à avril 1900, les deux hommes se rencontrent tous les jours. Nikolaï Dahl ne voit qu’une solution : pour sortir de cet état, Rachmaninov doit écrire un nouveau concerto pour piano. Le neurologue lui répète des conseils positifs : Rachmaninov travaillera sur son concerto avec une grande facilité et le résultat en sera excellent. Petit à petit, les séances font leur effet.

Pendant l’été 1900, Rachmaninov part à Milan pour accompagner son ami Fédor Chaliapine, une basse russe qui a le même âge que lui et se produit à la Scala. Ce voyage fait le plus grand bien à notre pianiste. Il se remet un peu à la composition et écrit le duo d’amour de son opéra Francesca da Rimini. Lors de son retour à Moscou, Rachmaninov s'attèle sérieusement à l’écriture de son Deuxième Concerto pour piano. Il compose d’abord les deuxième et troisième mouvements et, le 2 décembre 1900, l'œuvre est créée, mais sans son premier mouvement, qui est encore inachevé. Rachmaninov a alors 27 ans. Le soir de la première, il est très nerveux. Ce n’est que la quatrième fois de sa carrière qu’il se produit avec un orchestre. Quant au chef, son cousin Alexandre Siloti, il dirige pour la première fois. Mais plus de peur que de mal, car cette fois, c’est un énorme succès, et lors de la création intégrale, le 27 octobre 1901, c’est la consécration.

Certains reprocheront à Rachmaninov son lyrisme et son romantisme exacerbés. À l’époque, la tendance est plutôt à l’avant-garde avec les recherches musicales de Debussy, Mahler ou encore Schönberg. Le Concerto n° 2 s’ouvre par de puissants accords, souvent comparés au son des cloches. S’ensuivent thèmes virtuoses et nostalgiques, empreints de lyrisme. Le deuxième mouvement, mélancolique, reprend une pièce pour piano à six mains, composée des années plus tôt pour Vera Skalon et ses sœurs. Dans le troisième mouvement, vif et virtuose, Rachmaninov semble adresser un clin d’œil au Concerto de Tchaïkovski.

Rachmaninov aura plus d’un défenseur, le pianiste György Sándor dira : « Beaucoup jouent les concertos de Rachmaninov d’une manière bien différente de celle qu’il a suggérée. Ils sont trop sentimentaux. Rachmaninov ne l’était jamais. Il était romantique, plein d'émotions, mais sans mauvais goût ni excès ».
Le succès du Concerto ne s’est jamais démenti depuis sa création.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.

Un podcast de Charlotte Landru-Chandès, réalisé par Taïssia Froidure. Une production Cité de la musique - Philharmonie de Paris.