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Les Clés du classique #16 - L'Oiseau de feu d'Igor Stravinski

Publié le 28 janvier 2022 — par Charlotte Landru-Chandès

À la veille de 1909, le brillant impresario russe Serge de Diaghilev est en train de conquérir le Paris de la Belle Époque. Personnage haut en couleur, ambitieux, visionnaire, il prépare la nouvelle saison de sa compagnie, Les Ballets russes. Il prévoit trois nouveaux ballets dont une œuvre nouvelle, inspirée du conte russe L’Oiseau de feu.

La série Les Clés du classique nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits de L'Oiseau de Feu d'Igor Stravinski sont interprétés par le London Symphony Orchestra, sous la direction de Valery Gergiev. Ce concert a été enregistré à la Philharmonie de Paris le samedi 17 octobre 2015.

Retrouvez l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande.


Igor  Stravinski : L'Oiseau de feu​​​​​​​

Pour composer la musique de L’Oiseau de feu. Diaghilev pense d’abord à Anatole Liadov, mais finalement peu convaincu, il se tourne vers un jeune compositeur de 27 ans, un très prometteur disciple de Rimski-Korsakov, Igor Stravinski. À l’époque, il est déjà l’auteur du Scherzo fantastique et de Feu d’artifice, et Diaghilev, en grand découvreur de talents, est séduit.
Pendant l’hiver 1909, Stravinski s’attèle à la tâche avec ardeur. Il raconte dans ses Chroniques : « Ce travail me mettait en contact continuel avec Diaghilev et ses collaborateurs. La chorégraphie de L’Oiseau de feu était réglée par Fokine au fur et à mesure que je livrais les différents fragments de ma musique. J’assistais chaque fois à ces répétitions avec la troupe, après lesquelles on terminait la journée, Diaghilev, Nijinsky (qui, du reste ne dansait pas dans ce ballet) et moi, par un copieux dîner arrosé d’un bon vin de Bordeaux ».
On peut imaginer que c’est un plaisir pour Stravinski de suivre toutes les étapes de la conception du spectacle : le peintre Alexandre Benois note qu’il s’intéressait fortement au théâtre, à la peinture ou encore à l’architecture. L’argument de Michel Fokine s’inspire donc d’une légende russe, L’Oiseau de feu. Émerveillé par cette créature fabuleuse, le Prince Ivan Tsarévitch le poursuit jusqu’au territoire du sorcier Kachtcheï et de ses treize princesses captives. Kachtcheï veut le changer en pierre, mais les princesses s’interposent. Ivan Tsarévitch est finalement sauvé par l’Oiseau de feu, qui dissipe les enchantements.
Musicalement, les deux personnages magiques, l’Oiseau et Kachtcheï, s’opposent. Stravinski brosse un portrait scintillant et tourbillonnant du premier, et réserve un langage sombre et grave au second. Pour illustrer l’un et l’autre, le compositeur émaille sa partition de chromatismes, c'est-à-dire de demi-tons consécutifs, créant une impression d’irréalité ou de féerie. Pour les personnages humains, le prince et les princesses, Stravinski utilise au contraire un langage diatonique, autrement dit qui utilise les intervalles normaux de la gamme naturelle, par tons et demi-tons.
L’influence du maître Nikolaï Rimski-Korsakov, disparu un an plus tôt, en 1908, est palpable. Lui aussi s’était inspiré du personnage de Kachtcheï, héros de son opéra Kachtcheï l’Immortel. La flamboyante orchestration de L’Oiseau de feu, sa dimension postromantique et les orientalismes qui parcourent la partition, sont aussi hérités de Rimski-Korsakov.
Avec L’Oiseau de feu, Stravinski s’inscrit dans la filiation du groupe des Cinq (cénacle de compositeurs qui défendaient le nationalisme russe), tout en ouvrant la voie à la modernité. Il portera ce style à son sommet, et le dépassera très vite avec Le Sacre du Printemps.
Le jour de la création de L’Oiseau de feu, le 25 juin 1910, au Théâtre National de l’Opéra de Paris, le succès est immense. Du jour au lendemain, Stravinski occupe le devant de la scène. Presse, public, musiciens, artistes : tout le monde encense le jeune compositeur russe.
L’Oiseau de feu est le premier d’une trilogie de ballets qui signe la collaboration entre Diaghilev et Stravinski. Un an plus tard, Petrouchka sera créé au Théâtre du Châtelet, et en 1913, ce sera le tour du fameux Sacre du printemps, œuvre très novatrice qui, d’ailleurs, scandalisera le public du Théâtre des Champs-Élysées.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.