Philharmonie de Paris - Page d'accueil Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Les Clés du classique #63 – La Sonate « Clair de lune » de Beethoven

Publié le 06 octobre 2026 — par Charlotte Landru-Chandès Lecture 10 min

Composée en 1801, la Sonate « Clair de lune » est l’une des œuvres les plus célèbres de Beethoven. Miroir d’une personnalité complexe, avec son Adagio douloureux, son Allegretto lumineux et son finale tourmenté, elle s’affranchit des modèles traditionnels.

La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

Écouter ce podcast sur Apple Podcasts, Deezer, YouTube ou Spotify.

Les extraits de la Sonate « Clair de lune » sont interprétés par François-Frédéric Guy (piano). Concert enregistré le 12 octobre 2008.

Retrouvez le concert sur Philharmonie à la demande.


Un adagio plein de mystère, aux sonorités élégiaques et mélancoliques… Des triolets qui tournent sans fin à la main gauche, puis un chant plaintif, déchirant, qui semble émerger des abîmes à la main droite… C’est ainsi que s’ouvre la Quatorzième Sonate pour piano de Beethoven, appelée Sonate « Clair de lune ». Sonate du rêve, de l’amour, de la nuit ou de la mort…

Le titre « Clair de lune » n’est pas de Beethoven. Il est signé Ludwig Rellstab, poète de l’époque. Un titre romantique à souhait, qui va susciter la curiosité du public. Au fil des années, de nombreuses légendes se mettent à circuler à propos de la sonate. Certains racontent que Beethoven l’aurait écrite sous une tonnelle, d’où son titre. D’autres prétendent qu’elle aurait en partie été conçue auprès du cadavre d’un proche du compositeur. Quand on entend le douloureux adagio, aux allures de marche funèbre, la chose paraît possible… « Sonate pour piano quasi una fantasia en ut dièse min. » C’est ainsi que le compositeur désigne son œuvre. Le terme de fantaisie fait surtout écho à l’adagio initial, un mouvement qui paraît hors cadre, libre, improvisé. Et même si la Quatorzième Sonate n’est pas la seule, il est assez rare de voir une sonate s’ouvrir par un mouvement lent. L’œuvre paraît ainsi à contre-courant des modèles traditionnels.

Le deuxième mouvement, l’Allegretto, tranche radicalement avec l’Adagio. Très court, c’est une parenthèse lumineuse, enjouée, une sorte de scherzo, plein de candeur. Il adopte les allures d’une danse, d’un menuet ou d’un ländler. C’est aussi un moment de respiration, en toute simplicité, entre deux pages poignantes.

La sonate se conclut par un Presto agitato, mouvement très rapide et tourmenté. On retrouve ici la tonalité initiale d’ut dièse mineur. L’urgence, la fièvre et l’impatience se font sentir. La roue inlassable formée par les triolets de la main gauche dans l’Adagio se transforme ici en un tourbillon effréné.

La sonate va rencontrer un succès considérable auprès des contemporains de Beethoven… Un peu trop, selon lui ! Il dira à son élève Carl Czerny : « On parle toujours de la Sonate en ut dièse mineur ; j’en ai écrit moi-même de meilleures, ainsi la Sonate en fa dièse est bien autre chose. » Hélas pour le compositeur, la Sonate en ut dièse est aujourd’hui l’une de ses œuvres les plus célèbres ! Datée de 1801, l’œuvre aurait à l’origine été dédiée à la princesse Joséphine von Liechtenstein, dédicataire de la première sonate du même opus. Finalement, c’est le nom de Giulietta Guicciardi qui est retenu, une jeune comtesse, élève de Beethoven. Le compositeur en était fou amoureux, en vain… D’après les musicologues, Beethoven ne prévoyait pas, au départ, de lui dédier la Sonate « Clair de lune », mais le Rondo en sol majeur de l’op. 51. Or celui-ci a été offert à une autre comtesse ! Beethoven n’avait donc pas le choix : il fallait trouver une œuvre pour Giulietta, et ce fut cette sonate qu’il venait alors de composer. Serait-ce cet amour déçu pour Giulietta qui a inspiré la Sonate « Clair de lune » ? Serait-ce finalement une nuit d’amour plutôt qu’une nuit lugubre que nous dépeint le compositeur ?

Ce tout début du XIXe siècle voit aussi la naissance d’autres chefs-d’œuvre de Beethoven : il travaille à sa Deuxième Symphonie, mais aussi à son Troisième Concerto pour piano, lui aussi écrit dans une tonalité tourmentée, celle d’ut mineur. Une tonalité qui reviendra régulièrement dans ses œuvres, miroir d’une personnalité complexe. Après la Sonate « Clair de lune », Beethoven offrira au public une quinzième sonate, très différente, la Sonate « Pastorale », composée dans la tonalité solaire de ré majeur.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.

  • Un podcast de Charlotte Landru-Chandès
  • Réalisé par Taïssia Froidure
  • © Cité de la musique – Philharmonie de Paris