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Les Clés du classique #9 - Moussorgski/Ravel : Tableaux d'une exposition

Publié le 23 juin 2021 — par Charlotte Landru-Chandès

En 1874, Modest Moussorgski se lance dans la composition d’une nouvelle œuvre pour piano, sorte de promenade musicale à travers les tableaux de son ami Viktor Hartmann décédé un an plus tôt...

La série Les Clés du classique nous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits des Tableaux d'une exposition de Modest Moussorgski sont interprétés par Michael Rudy (concert donné à la Philharmonie de Paris le 30 novembre 2010) et par l'Orchestre National du Capitole de Toulouse sous la direction de Tugan Sokhiev (concert donné à la Philharmonie de Paris le 11 juin 2019) .

Ecouter l'intégralité du concert sur Philharmonie à la demande


  Moussorgski/Ravel : Tableaux d'une exposition

En août 1873, le monde de l’art russe est en deuil. Viktor Hartmann, grand peintre et architecte, vient de mourir à 39 ans. Ses amis sont bouleversés : les compositeurs du Groupe des Cinq, en particulier Modest Moussorgski, mais aussi le critique Vladimir Stassov, à l’origine de leur rencontre. Au début de février 1874, Stassov participe à l’organisation d’une grande exposition à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, en hommage à Viktor Hartmann. Ses maquettes, dessins, aquarelles y sont réunis : au total près de 400 œuvres.

Viktor Hartmann était un grand voyageur, et à travers ses tableaux, on trouve de multiples influences : des scènes qui prennent pour cadre les catacombes de Paris, le marché de Limoges, les Tuileries, la Pologne, ou encore un vieux château italien. Inspiré par ce qu’il voit à l’exposition, Moussorgski décide de rendre hommage à Hartmann à sa manière, c'est-à-dire en musique ; c’est le point de départ des Tableaux d’une exposition.

De début juin à début juillet 1874, Moussorgski se lance donc dans la composition d’une nouvelle œuvre pour piano, sorte de promenade musicale à travers les tableaux de son ami. Enthousiaste, Moussorgski écrit à Stassov : « Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris (en référence à son opéra Boris Godounov). Les sons et les idées sont suspendus dans l’air, j’en absorbe jusqu’à me gaver, et j’ai à peine le temps de les coucher sur papier ». 

Les tableaux sont pour la plupart reliés entre eux par des intermèdes appelés promenade, miroirs des impressions du compositeur qui déambule devant les tableaux. « On devine ma personne dans les interludes », écrit-il encore à Stassov. Parmi les dessins dont Moussorgski se serait inspiré, certains n’auraient pas figuré dans le catalogue de l’exposition, comme Le Marché de Limoges ; aucun tableau de Hartmann n’a été retrouvé à ce nom.

Dans ses Tableaux, Moussorgski joue sur les contrastes, les nuances, et alterne des pièces de caractères variés : lentes et rapides, lyriques et nerveuses, pour la plupart inspirées du folklore russe. On y croise des figures de contes et légendes comme la sorcière Baba Yaga ou les Juifs Samuel Goldenberg et Schmuyle, mais aussi Gnomus qui ouvre le cycle et s’inspire d’un dessin de casse-noisette - un jouet pour enfant - en forme de gnome.

L'œuvre, dédiée à Vladimir Stassov, est publiée en 1886, cinq ans après la mort de Moussorgski. Mais la pièce ne séduit pas pleinement : on critique son écriture pianistique. Certains jugent les accords « creux », manquant de brillance. Pourtant, Moussorgski était connu pour être un excellent pianiste. Ces réticences pourraient expliquer pourquoi l'œuvre a été orchestrée à de nombreuses reprises.

Parmi les orchestrations, seule la version proposée par Maurice Ravel en 1922 s’est véritablement imposée. Elle parvient à garder l’esprit russe de l'œuvre, tout en lui donnant des couleurs modernes. Par exemple, Ravel confie un grand rôle aux instruments à vent, comme dans Il vecchio castello, où le saxophone dialogue avec le basson.

Quoi qu’il en soit, 1874 aura été une année féconde pour Moussorgski, celle des chefs-d'œuvre, puisque c’est aussi cette année-là qu’est créé son grand opéra, Boris Godounov.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.