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La nuit qui déclinait et déclinait sans apporter de jour

Une installation d'Amalia Laurent
du 30 janvier au 10 octobre 2027
Installation
Rue musicale - Cité de la musique

Dans les derniers vers du poème Al Aaraaf, Edgar Allan Poe évoque une nuit qui semble se prolonger indéfiniment, suspendue dans l’état hybride d’un deuil éternel. C’est dans cet intervalle – entre disparition et apparition, entre silence et vibration – que s’inscrit le travail d’Amalia Laurent.

Artiste franco-indonésienne née en 1992, Amalia Laurent développe une pratique à la croisée de la sculpture textile, de l’installation et de la musique. Son travail explore les formes d’efficacité collective : ces moments où un groupe humain, devenu synchrone, produit une transformation symbolique du monde qui l’entoure. Cette réflexion se nourrit de sa pratique et de son étude du gamelan, ensemble instrumental traditionnel indonésien fondé sur l’écoute collective et l’interdépendance des musiciens, et sur sa recherche doctorale, menée à l’EHESS, consacrée aux processions liturgiques médiévales, où la marche collective et le rythme partagé reconfigurent la perception de l’espace urbain. Dans ces deux traditions, le monde se comprend par analogie : un système de correspondances où les gestes, les sons, les corps et les architectures entrent en résonance. Le groupe, en mouvement ou en musique, produit un objet extérieur à lui-même : un espace transformé.

Du motif au lieu, le textile comme cartographie

Suite à son année de résidence à l'Académie de Rome - Villa Médicis, Amalia Laurent propose pour la Rue musicale de la Cité de la Musique une installation textile monumentale accompagnée de performances musicales. Suspendue dans l’espace, une vaste pièce textile semi-transparente se déploie comme un mur fragile et lumineux : une surface qui semble ouverte au regard mais qui impose en réalité une limite. Ses motifs se projettent sur les murs et les verrières de la Rue musicale, modifiant subtilement la perception de l’architecture et redessinant les lignes du lieu.

Le travail textile de l’artiste prend notamment racine dans l’étude et la pratique du batik, technique traditionnelle de teinture indonésienne dans laquelle motifs et couleurs constituent un véritable système de signes – selon les régions et les communautés, ces motifs peuvent indiquer l’origine, le statut ou l’appartenance de celui qui les porte. Le tissu devient ainsi une forme de cartographie sociale et symbolique, capable de tracer des territoires et d’indiquer des appartenances : une surface qui organise le monde par motifs et correspondances. Dans sa pratique, Amalia Laurent part de ces logiques textiles pour en déplacer progressivement l’échelle : des surfaces portées sur le corps jusqu’à des formes monumentales qui occupent l’espace architectural. Le textile cesse alors d’être seulement un vêtement pour devenir une carte à l’échelle du lieu, un dispositif qui structure l’espace et oriente la circulation du regard.

Seuils vibratoires : entre son et silence

L’installation dialogue également avec la tradition du wayang kulit, théâtre d’ombres indonésien dans lequel un écran de tissu tendu entre le marionnettiste et le public devient médiateur entre différents plans du monde. Les figures y projettent leurs silhouettes tandis que l’orchestre de gamelan accompagne le récit : le textile y fonctionne à la fois comme surface de projection et comme carte cosmologique, reliant l’espace des vivants à celui des ancêtres. À travers ce projet, Amalia Laurent interroge l’endroit précis où le son altère l’espace et la matière. Cette altération peut être physique – comme la cadence militaire capable de fragiliser un pont – ou symbolique, lorsque manifestations et processions transforment temporairement l’espace public. Activée par la performance musicale, l’installation agit alors comme une carte vibratoire : un mur de tissu qui, sans jamais être traversé, organise les circulations du regard, du son et des corps.

Les espaces de la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris possèdent aussi leurs moments de suspension : les instants de silence qui précèdent ou suivent le concert, le calme des salles du Musée de la musique… Amalia Laurent s’intéresse précisément à ces zones d’attente, où le son semble absent mais où la vibration persiste. Dans la pratique du gamelan javanais, le sacré se situe parfois dans ces moments où le son disparaît alors que les lames continuent de vibrer. De la même manière, la marche processionnelle transforme progressivement la respiration et le rythme des corps.

L’installation La nuit qui déclinait et déclinait sans apporter de jour et les performances Iter viennent questionner le silence de la Rue musicale. Comme les textiles presque invisibles suspendus dans l’espace, ces œuvres révèlent que l’absence de son n’est jamais un vide : des résonances infimes persistent, altérant lentement les lieux qui les accueillent.

La nuit qui déclinait et déclinait sans apporter de jour est coproduit par la Cite de la Musique - Philharmonie de Paris et l'Académie de France à Rome - Villa Médicis

Karina-Canellakis

Rue musicale - Cité de la musique

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Comment venir

Porte de Pantin
M5 Métro ligne 5
3B Tramway 3B

Adresse

221 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris
Accès libre