Afro-américain : Porgy and Bess est le premier opéra spécifiquement destiné à des interprètes afro-américains incarnant des personnages afro-américains – ce que Gershwin appelait un opéra « noir ». Il avait fait une première tentative en 1922 (Blue Monday), mais les producteurs avaient imposé des interprètes blancs grimés en blackface. Avec Porgy and Bess, Gershwin obtient gain de cause. Mieux : il réserve le chant aux personnages afro-américains et cantonne les personnages blancs, très secondaires, à la voix parlée.
Black English : On a reproché à DuBose Heyward et à Gershwin de faire parler leurs personnages en Black English, une forme générique d’anglais afro-américain, alors même que les habitants de Catfish Row parlaient un créole à part entière. C’est vrai, mais faire entendre sur scène du Black English sans connotation comique était alors un premier pas louable.
Cent vingt-quatre : La création de Porgy and Bess à l’Alvin Theater de New York, en 1935, ne connaîtra que 124 représentations. « Que » ? À l’opéra, ce serait un triomphe ! À Broadway, c’est un échec. Sur la même scène, Funny Face et Girl Crazy, des frères Gershwin, ont enchaîné de 240 à 270 soirées. Anything Goes, de Cole Porter, atteindra même 420 représentations ! En réalité, les amateurs de musical ont trouvé Porgy and Bess trop proche de l’opéra et la communauté afro-américaine s’est sentie caricaturée.
Comédie musicale : Maître du musical, Gershwin ponctue son opéra de grandes scènes festives et jazzy aux rythmes syncopés, propices aux danses à la mode – ragtime ou boogie-woogie. En témoignent les ensembles polyphoniques éclatants du premier finale (« Leavin’ for the Promise’ Lan’ ») et de la journée à Kittawah (« Oh, I Can’t Sit Down » et « I Ain’t Got No Shame »).
DuBose Heyward : Le livret de Porgy and Bess a été adapté par l’écrivain DuBose Heyward de son propre roman intitulé Porgy, un best-seller de 1925. L’auteur y narre la vie quotidienne d’un quartier pittoresque de sa ville natale, Charleston.
Folklore : Gershwin a séjourné à Charleston pour s’imprégner des musiques locales – gospels, chants de pêcheurs, spirituals. Mais il ne les cite pas directement : il réinvente un folklore stylisé. Du banjo de Porgy (« I Got Plenty o’ Nuttin’ ») au piano bastringue de Jasbo Brown, du blues (« A Woman Is a Sometime Thing ») à la rumba, du gospel énergique (« Overflow ») au spiritual pénétré (« Oh Lawd, I’m on My Way »), la partition donne ainsi l’impression du naturalisme – l’impression seulement.
Gershwin : Dans les années 1920, les deux frères Gershwin, George (compositeur) et Ira (parolier), sont les rois de Broadway. Ensemble, ils signent des comédies musicales mémorables (Lady Be Good, Funny Face, etc.) et des chansons-tubes (« Fascinating Rhythm », « ’S Wondferful »). Mais George ambitionne d’écrire un grand opéra « sérieux » : ce sera Porgy and Bess.
Gullah : Les habitants de Catfish Row appartiennent à la communauté gullah de Charleston, descendante d’anciens esclaves. Pendant la guerre de Sécession, la Caroline du Sud faisait partie des États confédérés et esclavagistes. Malgré l’abolition de l’esclavage en 1865, ces États sudistes mettent en place une ségrégation raciale encore en vigueur en 1925, date de l’action de Porgy and Bess.
Kittiwah : Le pique-nique sur l’île de Kittiwah constitue le cœur de l’opéra. Il réunit tous les personnages, sauf Porgy, retenu à Catfish Row par son infirmité. L’auteur du livret s’inspire de Kiawah Island, une vaste île-barrière au sud de Charleston, qui abritait des plantations de coton.
Méphistophélès : La communauté de Catfish Row est soudée par la foi chrétienne : ses prières collectives (gospels, spirituals, veillées funèbres) l’aident à affronter les difficultés de la vie. Étranger à la communauté, Sportin’ Life fait figure de Méphisto au petit pied : il vend de l’héroïne, parodie les paraboles bibliques et détourne Bess de Porgy en lui promettant la lune. À ce démon tentateur et séducteur, Gershwin réserve une musique sinueuse, chromatique (« It Ain’t Necessarily So »), mais pleine de swing (« There’s a Boat Dat’s Leavin’ Soon for New York »).
Poisson-chat : Le quartier de Charleston où vivent les personnages de Porgy and Bess s’appelle Catfish Row : la cité du poisson-chat. Il s’inspire du bien réel Cabbage Row (la cité du chou), un rang (row) de maisons mitoyennes datant du XVIIIe siècle encore visible aujourd’hui à Charleston, au 89-91 Church Street.
Summertime : L’air le plus célèbre est une berceuse. Clara la chante à son bébé au début de l’opéra. Elle enjolive tendrement sa vie de misère : c’est l’été, la vie est douce, les poissons abondent, le coton prospère, ton père est riche, ta mère est jolie, alors chut, mon bébé, ne pleure pas ! « Summertime » hante chaque acte de son balancement chaleureux, même après la mort de Clara. La chanson sera rapidement adoptée par les clubs de jazz comme par les récitals classiques.
Zanzi : Au début de l’opéra, les hommes de Catfish Row jouent au zanzi. On dit aussi zanzibar, comme l’archipel situé dans l’océan Indien près des côtes de Tanzanie. Ce mot d’argot désigne un jeu à trois dés, très populaire dans les années 1920. Ici, la partie de zanzi est le déclencheur du drame : fatale à Robbins, elle entraîne le rapprochement entre Bess et Porgy.