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Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Saison 3 - Épisode 2 - La pierre qui chante

Publié le 16 septembre 2022 — par Anne Montange

Le père de Koya lui construit une pirogue et l'envoie chercher la pierre d'argilite avec laquelle il fabriquera une flûte. Une grenouille le guidera…

Un podcast pour les 3-8 ans.

Conte-moi la musique : des histoires fabuleuses, drôles et poétiques, imaginées à partir des instruments du Musée de la musique.

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Transcription :

LA PIERRE QUI CHANTE

Conte écrit par Anne Montange

 

Koyah est un jeune garçon qui vit sur l'Ile merveilleuse. Il vient du clan du Corbeau, et il en est fier. Il aime jouer dans la neige, regarder les nuages, écouter les ruisseaux, siffler avec les oiseaux, parler aux animaux. Il passe la plupart de son temps près de sa maman qui tisse des paniers. Jamais il ne veut partir en mer avec les pêcheurs, car les vagues et les baleines lui font peur. On l’appelle le rêveur, le timide, le paresseux. Lors des cérémonies il ne veut pas chanter ni frapper le tambour ou secouer le hochet. Il reste loin du cercle quand la tribu se rassemble : ce que veut Koyah, c’est un instrument de musique rien que pour lui.

Quand le printemps pointe son nez, son père dit à Koyah :

« J'ai préparé pour toi une pirogue en bois de thuya. Pars découvrir notre île, et ne reviens pas avant d'avoir trouvé la pierre sombre d'argilite dont on entend parler depuis que nous sommes nés. Personne ne la connait. Tu en feras une flûte que toi seul pourras jouer. »

A ces mots de son père, une étincelle éclaire ses yeux. Courageusement il monte dans la pirogue et se met à voguer sur la grande rivière. Il croise les saumons qui de leurs nageoires font chanter l'eau, il frissonne devant les cascades, découvre le monde, et accoste enfin dans une forêt d'arbres géants. Il cherche, cherche la pierre sans savoir où aller, il suit les écureuils, les abeilles, les renards, les fourmis, et même les ours, espérant la trouver. Ainsi le temps passe, et le cœur serré, ne trouvant pas la pierre, il songe à repartir.

La nuit tombe, la lune apparaît. Il entend des voix, un chœur, des notes qui se répondent, des ricanements, des coassements, qui viennent de l'étang.

Inquiet, il approche et plouf ! Plouf! Des ronds dans l'eau.... Grenouilles et crapauds disparaissent ! Plus un bruit.

Une grosse grenouille apparaît sur la rive et dit dans son langage : 

« Ah, te voilà Koyah, je t'attendais. Les étoiles m'ont parlé de toi. Pour nous connaître tu dois apprendre à t'approcher de nous : ni trop loin, ni trop près ! Sinon, on se cache et on se tait ! Que viens-tu faire ici ? »

- « Je cherche la pierre d’argilite pour la faire chanter. Peux-tu m'aider ? »

- « Je sais où elle se trouve, mais…Va dormir maintenant, et surtout, tu dois rêver, et peut-être on se reverra. »

Et Plouf ! Elle plonge dans la vase et Koyah s'endort.

Son rêve le porte sur le dos d'un corbeau. Tous deux volent vers le soleil, et Koyah soudain glisse sur les plumes de l'oiseau, tombe du haut ciel jusqu’au fond de l'étang. Il endosse une peau de crapaud et se pose sur une pierre grise en coassant.

Quand il se réveille, la grenouille est là. Koyah lui conte son rêve en croassant comme le corbeau, coassant comme le crapaud.

« Très bien, Koyah, tu es des nôtres maintenant. Allez, suis-moi » dit la grenouille.

Ils partent ensemble dans un endroit secret que même une histoire ne peut révéler ... C'est là qu'il découvre la sombre pierre d'argilite pour fabriquer l'instrument de musique. Il en porte un lourd morceau dans ses bras, et délicatement va le poser dans la pirogue.

« Comment te remercier ? » demande-t-il à la grenouille.

Eh bien parle de nous, les amphibies, les batraciens, les sages, qui avons traversé les âges, des millions d'années ! Taille dans cette pierre la flûte qu'il faut pour nous appeler, souffle dedans comme le vent ! C'est important !

Et elle pose sa langue sur la joue de Koyah, et Plouf! Elle disparaît.

Et Koyah rame, vogue sur la grande rivière. Arrivé dans son village, il raconte sa rencontre et montre l'argilite. Son père et sa mère sont fiers de lui. On lui offre de bons outils, et il s'applique à tailler, creuser, frotter la pierre. Après de longs jours la flûte est là, belle et brillante, décorée de grenouilles sculptées.

Koyah souffle dans l'instrument, et les insectes aussitôt se mettent à crisser, le vent se lève et la vieille grenouille arrive en sautant, toutes les rainettes de l'île coassent en même temps ! Il joue une note: l'aigle lui répond d'un cri, une autre note : le corbeau se pose devant lui… Quelle surprise !

On fait alors un grand feu et tout le monde en cercle se rassemble pour fêter l'instrument magique, et écouter ce que Koyah raconte, et qui est sûrement vrai.

 

Aujourd'hui il est parti en haute mer pour faire chanter les baleines. Une autre histoire en vaudrait bien la peine...

Extraits musicaux :
- Fred Louis and Ella Thompson, L 18: Haida Song, 1986, Folkways Records
- Sgaalanglaay Gaamdamaay Williams; , Recording of argilite flute carved with eagle and three frogs, 1884.111.22, 2009, Merci à Sgaalanglaay Gaamdamaay et le Pitt Rivers Museum pour les droits, ainsi qu'à Christian White et Cara Krmpotich
Anne Montange