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Conte-moi la musique #4 - L’ogre et le musicien

Publié le 15 mars 2021 — par François Vincent

Au Musée de la musique, on peut admirer l’octobasse. Comment a-t-on eu l’idée folle de construire un instrument pareil, dont seul un géant pourrait jouer ?

Un podcast pour les 3-6 ans.

Conte-moi la musique : des histoires fabuleuses, drôles et poétiques, imaginées à partir des instruments du Musée de la musique.

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Il y avait un garçon qui jouait du violon. On l’appelait le violoneux. Ce jour-là il revenait d’une fête où il avait fait danser les gens. Il avait bien mangé, il était content, il traversait la forêt en sifflotant. Tout à coup sur le chemin, il voit surgir un ogre. Un ogre affreux, sale, puant. Le violoneux, à moitié mort de peur, lui dit :

- Je vous en supplie, laissez-moi tranquille ! Si vous voulez je vous donne mon violon, il a beaucoup de valeur.

Mais l’ogre ricane :

- Ton quoi ? Ton bout de bois là ? Je n’ai pas besoin de ça. C’est toi que je veux.

Sur ces mots, il attrape le garçon et l’emmène dans sa grotte. Là, il le jette sur un tas de bois, et puis il pousse un énorme rocher pour fermer l’entrée de la grotte. Le garçon est désespéré. Il a envie de pleurer. Mais par instinct il prend son violon et fait glisser l’archet sur les cordes.  "

Une mélodie triste comme un long sanglot se répand dans la grotte. L’ogre n’avait jamais entendu de violon. Il est pris de frissons. Et puis une larme coule sur sa joue. Puis une autre, encore une autre, et bientôt une rivière de larmes s’échappe des yeux de l’ogre..

Il pleure tant et si bien qu’à la fin il s’endort comme un bébé. Quand le violoneux entend le monstre ronfler, il embrasse son violon :  

- Merci mon ami ! Tu m’as sauvé la vie !

La nuit passe, le jour se lève. 

L’ogre se réveille. Il regarde le garçon avec de gros yeux gourmands : J’ai faim ! 

Aussitôt le musicien prend son violon et se dépêche de jouer une mélodie triste comme un long sanglot. 

Seulement cette fois l’ogre ne verse aucune larme :

 - Tu peux bien frotter ton bout de bois tant que tu veux. Hier j’étais fatigué, j’ai pleuré. Mais aujourd’hui je suis en pleine forme ! Je vais retenir mes larmes et te manger.

Alors le musicien se dit que c’est le moment de changer de style. C’est l’heure de la danse.

Il donne des petits coups d’archet rapides et bien rythmés sur les cordes.

Une musique joyeuse, excitante, s’envole de son violon. L’ogre ne peut pas résister. Il bondit sur ses pieds et se met à danser. Oy oy oy ! Il tourne autour du feu en balançant des fesses, en tapant dans les mains. Oy oy oy ! C’est bon, c’est tellement bon, qu’il danse toute la journée. Oy oy oy !

Et quand la nuit tombe, il est épuisé. Alors le violoneux lui joue une berceuse très lente, très douce, très calme. L’ogre se laisse délicieusement bercer par les sons du violon. Et de nouveau, s’endort comme un bébé. 

La nuit passe, le jour se lève. 

L’ogre ouvre les yeux, regarde son prisonnier et lui dit :

- Toi, je ne te mangerai pas. Toi, tu vas rester avec moi, jouer de ton bout de bois, pour me faire danser le jour et dormir la nuit. 

Le violoneux n’a pas le choix. Alors il joue pour l’ogre tout le lundi, il joue le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi. Mais quand vient le samedi, il se révolte :

-J’en ai marre ! Je veux rentrer chez moi ! Je veux voir ma famille ! Mes amis ! 

L’ogre ricane de toutes ses dents jaunes et noires :

-Pas question mon petit. Maintenant que tu m’as fait découvrir la musique, j’en veux tous les jours.

Ecoute ogre, si tu aimes tellement la musique, tu n’as qu’à en jouer toi-même !

En disant ça, le garçon met son violon dans la main de l’ogre. Seulement dès que cette main énorme se referme sur l’instrument, on entend le bruit du bois qui craque. Le garçon s’écrie :

- Arrête ! Tu vas le casser !

L’ogre lui rend l’instrument :

- Tu vois, je ne pourrais jamais faire de musique, moi. Je suis trop gros.

Mais non, lui répond le garçon, tu n’es pas trop gros, c’est le violon qui est trop petit pour toi. Mais j’ai une idée. 

Il demande à l’ogre d’aller chercher du bois dans la forêt. Ensuite il lui donne des instructions :

Il faut couper une planche comme ceci, une autre planche comme cela, là il faut tailler, là il faut percer, coller, polir, raboter, vernir.

Au bout de longues heures de travail, les deux apprentis luthiers peuvent admirer le résultat de leurs efforts : un instrument à la taille de l’ogre. Comme une gigantesque contrebasse. Alors le violoneux lui demande :

- Et maintenant je peux rentrer chez moi ?

Cette fois l’ogre dit oui. Le garçon s’en va. Mais il promet de revenir le jour de son anniversaire. Pour donner un concert.

On raconte que c’est en entendant cette légende, que Jean-Baptiste Vuillaume a eu l’idée de construire un instrument qui joue des notes aussi graves que la voix d’un ogre.

On peut le voir au Musée de la musique. Il s’appelle l’octobasse…

 

Extraits musicaux :
Violon triste :   David Algeo Smith, Long Mae Ping River, Album Thais To The Irish : Fiddle Tunes From The Street, © 2001 This Small Record Label ; Violon dansant :  Kevin Burke.The Sailor on the Rock / Michael Kennedy’s Reel / the Hop Down Reel - Live, Album An Evening with Kevin burke, © 2018 Loftus music  ;  Berceuse :  David Algeo Smith. Ballad for Sarah and Laura, Album    Thais To The Irish: Fiddle Tunes From The Street, © 2001 This Small Record Label ; Octobasse :  copie de l'octobasse Jean-Baptiste Vuillaume, Paris, vers 1850 (Musée de la musique), Au clair de la lune,  Nicola Monetta (Cité de la musique, 1996).