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Arnaud Leroy

Clarinette

Né au crépuscule de l’année 1972, Arnaud Leroy est un musicien originaire du Nord de la France, clarinettiste, chambriste, musicien d’orchestre et pédagogue impliqué. Après avoir débuté à l’École municipale de musique de Marcq-en-Barœul, sa ville d’origine, auprès d’un artiste hors pair en la personne de Gilbert Voisin, puis dans la classe de Michel Corenflos à l’École nationale de musique de Roubaix, il poursuit ses études au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Il y obtiendra trois premiers prix, en clarinette (classe de Michel Arrignon), clarinette basse (classe de Jean-Noël Crocq) et musique de chambre (classes de Maurice Bourgue et David Walter). 

En 1994, il remporte le premier prix du concours européen de musique de chambre de Paris (prix Sacem), puis, en 1995, le quatrième prix au concours international de clarinette de Tokyo. Après un passage remarqué à l’Orchestre Français des Jeunes, il intègre l’Orchestre des Concerts Lamoureux en tant que première clarinette solo, à seulement 21 ans. Ses réussites successives aux concours d’orchestre l’amènent à occuper les postes de clarinette basse solo à l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, puis de première clarinette solo à l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine.  

Depuis 2000, Arnaud Leroy est soliste de l’Orchestre de Paris. Dans sa carrière orchestrale, il a été invité comme soliste par l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, l’Orchestre de l’Opéra de Paris, l’Orchestre philharmonique du Luxembourg, les Orchestres nationaux de Lille, Lyon, Rennes, des Pays de la Loire, l’Orchestre de Picardie… Il a joué sous la direction de chefs tels que Lorin Maazel, Seiji Ozawa, Pierre Boulez, Esa-Pekka Salonen, Georges Prêtre, Bernard Haitink, Mstislav Rostropovitch, Myung-Whun Chung, Christoph von Dohnányi, Guennadi Rozhdestvensky, Michel Plasson, Frans Brüggen ou Klaus Mäkelä.  

Le plaisir de partager la musique et ses connaissances ont naturellement donné à la pédagogie une place majeure dans la carrière d’Arnaud Leroy. Il obtient d’ailleurs son premier poste de professeur à l’école de musique de Lambersart, dans le Nord, à seulement 17 ans. Il sera successivement professeur à l’école de musique de Chéreng (59), puis aux conservatoires municipaux des 7e, 19e et 12earrondissements de la Ville de Paris.  

La période du confinement l’amène à envisager de s’investir davantage dans la voie de la transmission. Après avoir obtenu un certificat de préparation mentale pour la performance professionnelle en 2020, il réussit le concours pour le grade de professeur d’enseignement artistique de la fonction publique territoriale (2023). Actuellement, Arnaud Leroy occupe les postes de professeur de clarinette au conservatoire à rayonnement régional de Saint-Maur-des-Fossés (depuis septembre 2024) et de professeur assistant des classes de clarinette du CNSMSP (depuis septembre 2002).

Arnaud Leroy © Studio Cabrelli

Son Interview

Comment êtes-vous venu à votre instrument ?

Comme je ne savais pas quel instrument choisir, mon père m’a dit : « T’as qu’à faire de la clarinette ; le jour où tu en auras assez, tu pourras jouer du saxo. » J’ai eu la chance d’avoir un professeur de clarinette qui m’a emmené aux concerts très jeune. Avec lui, j’ai découvert le métier de musicien d’orchestre. Toute cette vie en communauté et cette diversité de répertoires me fascinaient.

Où avez-vous grandi ?

Dans le Nord, une terre privilégiée pour les orchestres d’harmonie. Dès l’âge de 10 ans, j’ai pu côtoyer des musiciens de tous âges. Je me souviens que mes voisins de pupitre avaient 25 ou 65 ans. Je retrouve la même convivialité et le même mélange de générations et de milieux sociaux dans l’harmonie municipale où je joue actuellement.

L’enseignement ?

Une partie essentielle de mon métier. À 17 ans, mon premier poste d’enseignant se trouvait dans une école municipale, pour des élèves qui n’avaient pas les moyens de se payer des cours. Depuis vingt-trois ans, je suis professeur assistant au Conservatoire de Paris (CNSMDP) et j’entame ma deuxième année comme professeur au conservatoire à rayonnement régional de Paris. Je travaille pour des élèves de tous niveaux, des enfants de 6 ans jusqu’aux futurs musiciens professionnels. Transmettre est l’un des privilèges absolus de notre métier.

Esa-Pekka Salonen ?

La nouvelle de sa nomination à la tête de l’Orchestre de Paris est extrêmement réjouissante. Sa simplicité, sa gestique naturelle, ses idées toujours précises et profondes… Nous avons récemment donné sous sa direction une Quatrième Symphonie de Bruckner d’une fluidité incroyable. Je garde également un grand souvenir d’Elektra au Festival d’Aix : il faut être précis et rigoureux quand on dirige du Richard Strauss. L’orchestration est tellement fournie qu’on doit faire ressortir le plus important. Salonen sait parfaitement définir le rôle de chacun.

Le compositeur que vous auriez aimé rencontrer ?

Johannes Brahms, car chacune de ses notes est mûrement pesée et réfléchie. Quand on pense qu’il a écrit sa première symphonie à 43 ans parce qu’il ne pensait pas être digne d’en écrire une avant ! Je pense d’ailleurs qu’il faut avoir un certain vécu pour bien jouer Brahms. Et puis, il nous a gâtés, nous les clarinettistes. À la toute fin de sa vie, il a composé ses sonates pour le clarinettiste Richard Mühlfeld, ses ultimes pièces de musique de chambre. Des chefs d’œuvre automnaux. Du romantisme à l’état pur.

Le judo ?

Je suis ceinture noire et président de mon club depuis 20 ans. J’aime la discipline de ce sport et la remise en question permanente des connaissances acquises. Qu’il s’agisse de la musique comme du judo, la préparation mentale et physique est essentielle. Jouer de la clarinette pendant des heures s’apparente à du sport à haute intensité ; la seule réelle différence avec le judo provient du fait qu’on n’a pas de partenaire en musique, mais c’est un état d’esprit collectif puisque l’on joue avec l’orchestre.

Les actions culturelles de l’orchestre ?

Je participe au projet Démos depuis de nombreuses années. Quand on a beaucoup reçu en tant que musicien, on donne en retour. J’aime cette idée du temps long et des choses qui se construisent lentement. Que l’on forme des jeunes musiciens ou le public de demain, il faut être à l’écoute. L’un des directeurs du projet Démos m’a dit un jour une phrase qui m’a fait très plaisir : « Ton pupitre est comme toi : il est plein d’envie et d’énergie ! »

Quelle musique écoutez-vous lorsque vous faites du footing ?

Du metal ! Des groupes comme Creed, Theory of a Deadman ou Seether. J’adore l’énergie de cette musique, notamment lorsque les batteries se déchaînent. Comme je suis quelqu’un d’hyperactif, j’ai toujours besoin de mouvement et d’activité.

On vous donne une machine à remonter le temps, quelle époque choisissez-vous ?

Je reviens à la source : Jean-Sébastien Bach. J’assiste aux cantates qu’il compose tous les dimanches à Leipzig. Comme notre orchestre a un répertoire plus tardif, les clarinettistes n’ont pas la chance de pouvoir jouer ses œuvres. J’adorerais pouvoir m’y consacrer davantage.

Votre rapport à l’instrument ?

Mon instrument me permet de m’exprimer. J’ai la chance de jouer des clarinettes faites sur mesure, qui possèdent une grande richesse de son et d’harmoniques : des exemplaires uniques que je n’ai pas intérêt à perdre ! Pour les clarinettes, et tous les autres vents, la facture instrumentale reste primordiale : le répertoire n’a cessé d’évoluer grâce à la recherche sur les possibilités techniques de l’instrument.

Propos recueillis par Laurent Vilarem - mars 2026