Cédric Vinatier
Trombone
Cédric Vinatier étudie le trombone au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon où il obtient, en 1997, un Diplôme d'études supérieures musicales et, en 1999, un Certificat d'études complémentaires.
Il est lauréat de plusieurs concours nationaux et internationaux et joue dans de nombreux orchestres français dont l'Orchestre de Paris, l'Orchestre de l'Opéra national de Paris, les Orchestre nationaux de Lyon, de Toulouse, d'Ile de France, l'Orchestre français des jeunes et le Gustav Mahler Jugend Orchester.
Il entre à l'Orchestre de Paris en septembre 2002 en qualité de trombone ténor.
Cédric Vinatier © Studio Cabrelli
Son Interview
Comment avez-vous découvert le trombone ?
Grâce à une colonie de vacances musicale sur l’île d’Oléron ! À l’époque, j’apprenais le piano au conservatoire de Limoges. Vers mes 10 ans, mes parents m’ont inscrit dans un camp de vacances où l’on pouvait découvrir un nouvel instrument. J’ai choisi le trombone… un peu par curiosité, et ça a tout changé. Cette colonie est vite devenue une vraie famille. J’y suis retourné pendant dix ans, d’abord comme participant, puis comme moniteur, et enfin comme professeur de musique. Ç’a été une vraie révélation – l’instrument, le plaisir de jouer en concert pendant le séjour, l’ambiance, la convivialité… Des décennies plus tard, je joue encore avec certains amis rencontrés là-bas.
La Philharmonie ?
Je suis entré dans l’orchestre en 2003, lorsque la formation était en résidence provisoire au Théâtre Mogador, qui, disons-le, ne possédait pas l’acoustique idéale pour des concerts classiques. Si je compare avec la Philharmonie, c’est comme le jour et la nuit. L’acoustique de la salle de répétition est remarquable.
Qu’auriez-vous fait si vous n’étiez pas devenu musicien ?
Un métier manuel, dans le domaine de la cuisine ou l’ébénisterie. J’aime l’idée d’être un artisan de la musique ; parfois, quand on travaille dans un orchestre, on peut se laisser porter par le projet collectif, mais il est important d’imaginer des projets en-dehors. Depuis mes années de conservatoire à Lyon, j’appartiens au quatuor de trombones Kimoïz, qui a remporté deux prix internationaux. Je participe donc à de nombreux projets dans différentes formations de chambre, tout au long de l’année au sein de la Philharmonie mais aussi partout en France et à l’étranger.
Le répertoire symphonique idéal pour les trombones ?
C’est dans les œuvres de la période romantique que les cuivres sont mis en valeur. Nous avons des parties fabuleuses chez Bruckner, Mahler ou Strauss, mais j’adore également la façon dont les compositeurs russes utilisent le trombone. Prokofiev l’emploie souvent avec ironie tandis que Chostakovitch aborde le côté acéré et brut de l’instrument et en fait ressortir tout le caractère et la puissance.
Un compositeur que vous avez appris à apprécier ?
Leonard Bernstein. J’aimais bien sûr West Side Story mais sa production symphonique m’était largement méconnue. Il y a quelques années, l’Orchestre a joué sa Mass sous la direction de Wayne Marshall. L’œuvre est une synthèse étonnante de gospel, de jazz, de pop, ça m’a bluffé. Ses symphonies m’ont ensuite tout autant séduit.
Esa-Pekka Salonen ?
Je l’ai connu à mes tout débuts, lorsque l’orchestre jouait au Théâtre Mogador. J’ai tout de suite été marqué par son efficacité et sa simplicité. J’aime chez ce chef sa manière d’aller à l’essentiel. Il accorde une entière confiance aux musiciens et veille toujours à l’équilibre du groupe. Un vrai gentleman.
Le répertoire que l’Orchestre ne joue pas assez ?
Ce n’est pas sa vocation première, mais j’adore jouer de l’opéra. Notre partenariat avec le Festival d’Aix-en-Provence nous permet d’aborder des chefs-d’œuvre du répertoire lyrique. Nous avons donné Elektra et Salomé de Strauss et nous donnons cet été 2026 La Femme sans ombre, toujours de Strauss, avec Klaus Mäkelä. Je garde un souvenir mémorable de ma première expérience d’opéra dans la fosse de l’Opéra de Limoges : c’était Tosca de Puccini. Je me souviens encore des accords de trombone de l’introduction, ou encore du finale du premier acte. J’adorerais jouer un opéra de Verdi.
Existe-t-il une école française du trombone ?
On assiste maintenant à une certaine internationalisation du son mais mes maîtres, comme Michel Becquet et Gilles Millière, m’ont enseigné une certaine idée de l’élégance à la française. Avec des musiciens comme eux, le trombone a trouvé de nouvelles couleurs.
Le solo de trombone que vous adorez ?
Celui du Tuba mirum du Requiem de Mozart est magnifique. Certains compositeurs accordent une large part au trombone, notamment Wagner. En revanche, dans certaines symphonies de Brahms par exemple, les trombones restent entièrement muets durant plusieurs mouvements pour finalement intervenir seuls dans un magnifique choral.
On vous donne une machine à remonter le temps : quelle époque choisissez-vous ?
Les années 1950-60, où les journées des musiciens étaient remplies d’enregistrements de studio, répétitions, concerts, dans des répertoires allant du classique au jazz ou au cabaret. Pendant une même semaine, un instrumentiste à cuivres pouvait jouer au Moulin-Rouge et réaliser des enregistrements de pop ou de variété tout en ayant un concert classique le soir ! Dans les années 2000, les spectacles de music-hall ont eu tendance à remplacer les orchestres par des enregistrements mais on assiste en ce moment à un retour des musiciens en live avec de belles comédies musicales.
Votre état d’esprit présent ?
Conserver mon niveau actuel aussi longtemps que possible. Quand on joue d’un cuivre, la fatigue est un facteur à prendre en compte. Avec l’âge, on devient parfois moins performant, et il faut faire attention. À l’instar des sportifs ou des chanteurs, le trombone utilise des muscles particuliers qu’il faut savoir entraîner. Pour rester à son maximum, il faut maintenir une bonne hygiène de vie.
Un soliste qui vous a ébloui ?
Richard Galliano. Je l’ai découvert étudiant quand il était invité à l’Orchestre de Limoges. Depuis, il s’est produit il y a quelques années avec l’Orchestre de Paris, notamment dans de belles œuvres pour accordéon d’Astor Piazzolla.
Votre rapport à l’instrument ?
Je possède deux trombones, l’un pour chez moi et l’autre qui reste à la Philharmonie, plutôt pour des raisons pratiques. Un tromboniste est moins attaché à son instrument qu’un violoniste ou un violoncelliste. Mais l’exigence de la pratique reste la même. Autrefois, j’éprouvais des difficultés à laisser mon trombone une semaine pendant les vacances d’été. Aujourd’hui, je sais que ces coupures sont nécessaires pour retrouver l’envie et le désir d’entreprendre de nouveaux projets. À la fin de l’été, j’ai toujours hâte que la saison recommence !
Quand êtes-vous le plus heureux dans votre métier ?
Durant les finales des symphonies. Je pense notamment à la Symphonie n° 2 de Mahler, qui est l’une de mes œuvres préférées. Le dernier mouvement avec orgue et chœurs crée un moment absolument suspendu. Lorsque l’orchestre s’arrête et que le public commence à applaudir, le sentiment de joie est incroyable !