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Cartes postales d’Orient – épisode 4, Kairouan

Sur le chemin de Kairouan, Jules écoute son père lui raconter l’histoire de Shéhérazade et du Prince Kalender, mise en musique par le compositeur Rimski-Korsakov.

— Cartes Postales d'Orient - Épisode 4 - Kairouan

Kairouan, le 7 avril 1903.

Ma chère maman, nous avons quitté Tunis hier en montgolfière. C'était, selon papa, le moyen le plus rapide de parcourir les 150 kilomètres qui nous séparaient de Kairouan. Tout se passait bien, mais on a croisé une nuée d'étourneaux qui ont planté leurs becs dans notre toile. Le ballon s'est dégonflé lentement et papa a réussi à manœuvrer pour que l'atterrissage soit le plus doux possible.

Une fois à terre, nous étions seuls au milieu du désert.

A l'aide de trois piquets, Papa nous a fait un grand parasol avec un morceau de bâche. Nous avions de l'eau et de la nourriture. Nous avons décidé d'attendre. Papa était inquiet et euphorique à la fois, malgré la lumière qui nous faisait plisser les yeux, il se croyait dans un décor des 1000 et une Nuits. Il se mit à me raconter l'histoire du Prince Kalender que mit en musique un compositeur russe, Nikolaï Rimski-Korsakov.

Après un long voyage, le Prince Kalender arrive en Inde, mais il doit se cacher car le vizir a fait décapiter le roi qui l'avait invité. Un gentil tailleur lui offre l'hospitalité et lui donne des outils pour qu'il puisse gagner sa vie comme bûcheron. Le prince travaille donc dans une forêt proche de la ville et un jour, près d'une souche d'arbre, il découvre une trappe cachée qui donne sur un escalier qui descend sous terre. Là, il trouve une très belle femme, prisonnière d’un génie, qui vient la visiter tous les dix jours. Ensorcelée et esseulée, elle invite le prince à rester avec elle pendant neuf nuits et elle lui fait promettre de partir juste après afin que le génie ne le trouve pas. Elle lui fait prendre un bain, lui prépare le meilleur des repas. Le lendemain, elle lui fait goûter un vin exquis qui lui monte à la tête. Pris de jalousie, le prince brise le talisman qui la lie au génie. Celui-ci arrive en trombe, et la châtie furieusement. Le prince, lui, prend lâchement la fuite, oubliant ses chaussures et son épée. Il court jusque chez le tailleur, il tombe de fatigue sur son lit, mais n'a pas le temps de s'endormir car il entend toquer à la porte. Le tailleur ouvre. Un homme apparaît, qui vient rendre son épée et ses chaussures à celui qui les a oubliés. Le prince comprend qu'il s'agit du génie qui vient se venger, mais il ne peut s'enfuir.

La suite, je ne la sus que plus tard, car apparut alors une longue caravane. Des chevaux et des dromadaires en file indienne. Leur chef nous regarda. Il contempla la montgolfière dégonflée, me fixa dans les yeux, puis appela dans un sifflement puissant l'un de ses mamelouks. L'homme nous invita à le suivre avant de prendre nos bagages et de nous hisser sur un dromadaire. Mais nous dûmes abandonner là le ballon et la nacelle. Le chemin était long. Je me suis endormi.

Quelques heures plus tard, en pleine nuit, papa m'a réveillé. Nous étions à l'entrée de la ville. Le chef nous fit un signe de la main. Je n'oublierai jamais son costume blanc et ses yeux bleu diamant.

Marchant dans Kairouan, papa me finit son histoire. Figure-toi que le prince et le génie se sont battus. Mais c'est le génie qui a gagné, après avoir crevé l'œil du prince. Deux policiers qui faisaient leur ronde nous indiquèrent l'auberge que nous cherchions.

Papa tomba de sommeil, mais moi, je n'arrivais pas à m’endormir. J’ai regardé le soleil se lever. C'était merveilleux.

Tu me manques beaucoup, Maman. Je t'embrasse tendrement.

Ton petit Jules qui t’aime très fort.

Notre histoire se déroule en 1903, un siècle après le sacre de Napoléon, 22 ans après l'instauration d'un protectorat français en Tunisie et onze ans avant la Première Guerre mondiale. La Tunisie restera sous domination française jusqu'en 1956, date de son indépendance.

Dans cet épisode, nos personnages évoquent Nikolaï Rimski-Korsakov, un compositeur russe connu pour ses adaptations de nombreux contes populaires. En 1888, il signe Schéhérazade, une suite symphonique qui s'inspire des 1000 et une nuits, dont le récit du Prince Kalender est l'un des quatre mouvements.

Les aventures de Jules et de son père, vendeur de Montgolfières, continuent cette fois en Tunisie, en direction de Kairouan. Dans sa carte postale à sa mère restée en France, il raconte leur accident de ballon au-dessus du désert et leur sauvetage par une caravane qui les a accompagnés ensuite jusqu’à Kairouan.

Comme d’habitude, son père a une histoire de musique à lui raconter pour que le voyage paraisse moins long. Cette fois, c’est l’histoire de Shéhérazade et du Prince Kalender, mise en musique par le compositeur Rimski-Korsakov, qui égaye leurs aventures. Au terme d’une nuit sur un dromadaire, arrivés sains et saufs à Kairouan, Jules profite du lever du soleil pour repenser au destin tragique des deux personnages en admirant le paysage de la ville.

Ecoute dans cet épisode le deuxième mouvement Le récit du prince Kalender de Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov, interprété par les musiciens de l’Orchestre Divertimento, dirigé par Zahia Ziouani.

Zahia Ziouani nous parle du deuxième mouvement Le récit du prince Kalender de Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov, que l’on peut ensuite regarder et écouter en entier, à l’occasion d’un concert à la Philharmonie de Paris en juin 2022 par l’Orchestre Divertimento.

— Zahia Ziouani - Entretien à propos de Kairouan - carte postale d'Orient

Le Prince Kalender, c'est le deuxième mouvement de Shéhérazade du compositeur russe Rimski-Korsakov. Et Rimski-Korsakov est un grand compositeur russe qui a justement aussi beaucoup composé des œuvres pour orchestre symphonique en utilisant toutes les ressources de l'orchestre. Évidemment, le violon solo a une place importante, mais on va pouvoir entendre aussi des solos de violoncelle, de flûte, de hautbois, de clarinette, de cor, de trompette, de trombone et la harpe, bien évidemment. C'est vraiment une très belle œuvre à la fois et de musique de chambre et d'orchestre.

Alors Rimski-Korsakov n'aime pas qu'on dise que c'est un poème symphonique ou que ça veut raconter une histoire. Mais ça raconte un peu quand même une histoire. Et c'est vrai qu'il s'appuie sur les contes des Mille et Une Nuits et donc avec le personnage Shéhérazade qui est au centre de cette œuvre. On n'a pas les mille et une histoires orchestrées par Rimski-Korsakov, mais Rimski-Korsakov a voulu en fait en choisir quatre. Et ce sont quatre mouvements qui incarnent une histoire à proprement parler. Et on retrouve malgré tout, tout au long de ces quatre mouvements, le thème de Shéhérazade qui est joué par le violon et parfois le thème du sultan qui est joué plutôt par certains instruments graves de l'orchestre.

Alors le prince Kalender, c'est l'histoire justement d'un prince, où on s'imagine le prince sous plusieurs facettes, puisqu’à la fois on va l'entendre d'un côté dans un côté très romantique, parce qu'on l'imagine justement en train de faire la cour à sa bienaimée et profiter d'un temps avec sa bienaimée. On va l'entendre d'une façon aussi très conquérante parce qu'on l'imagine partir au combat. On l'entend aussi d'une façon nostalgique, parce qu'il regrette justement d'être éloigné des siens, et notamment de sa bienaimée.

Donc ça raconte l'histoire d'un prince, sous plusieurs facettes de sa vie. Et c'est aussi comme ça que Rimski-Korsakov utilise les instrumentations de l'orchestre, pour pouvoir justement illustrer ces différentes facettes du prince. Alors au tout début, ça commence avec un très beau solo du violon, parce que justement, c'est Shéhérazade qui est représentée et qui va raconter son histoire. Et au départ, le prince, c'est le hautbois qui présente le personnage du prince. Et après, petit à petit, on va l'entendre passer à différents instruments. Alors, par exemple, quand le côté conquérant du prince est présenté, il va plutôt utiliser le trombone, les trompettes justement, des cuivres pour retrouver le côté un peu militaire et les instruments que d'habitude on associe à la musique militaire. Donc c'est un deuxième mouvement qui est très beau, qui est malgré tout très illustratif, qui nous fait voyager dans cet univers des Mille et Une Nuits, qui nous fait voyager autour du personnage de Shéhérazade.

Et aussi, Rimski-Korsakov, c'est un compositeur russe et les compositeurs russes se sont aussi beaucoup inspirés de l'Orient. Il y a Borodine aussi, Moussorgski et d'autres. Et c'est vrai que, en Russie, on est à la fois d'un côté en Europe, d’un côté en Orient. Et c'est vrai que l'Orient, les pays du monde arabe, l'Inde, ce sont des pays, des territoires qui les ont beaucoup inspirés et donc Shéhérazade en est justement un exemple très grand. C’est peut-être une des œuvres les plus emblématiques qui fait référence à l'Orient dans le répertoire symphonique.

Une coproduction BayaM, Philharmonie des enfants et Oléo films en partenariat avec l’Orchestre Divertimento.

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