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Concours international de lutherie : l'alto

Publié le 16 décembre 2025

— Alto "Stauffer" de Girolamo Amati, Crémone 1615 - © Fondation Stauffer – exposé au Museo del Violino, Crémone

Le Musée de la musique et Talents & Violon’celles dédient la troisième édition du Concours international de lutherie à l'alto. Raphaël Pidoux et Jean-Philippe Échard en présentent les enjeux.
— Concours international de lutherie : l'alto

C'est la troisième édition de ce concours mais il fait déjà partie des grands concours internationaux qui existent dans le monde pour la lutherie. On est très fiers de cette réussite avec  la Philharmonie, le Musée de la musique, l'Orchestre de Paris et le fonds de dotation de Talents & Violonc'elle.

Je pense que l'alto a ses lettres de noblesse  maintenant, partout. C'est vraiment la clé de voute des instruments du quatuor.  Donc,  il était important dans ce concours international  que l'alto puisse figurer. 

Les Talents d'aujourd'hui ce sont les luthiers établis, ceux qui sont effectivement à leur établi avec leurs outils et qui fabriquent pour les musiciens d'aujourd'hui.  La catégorie des Luthiers de demain ce sont les jeunes luthiers qui sont en cours d'étude dans les écoles internationales et qui viennent participer à ce concours avec un modèle qui sera cette année celui d'un alto extraordinaire conservé au musée de Crémone.

Nous avons au Musée de la musique une longue collaboration, une longue coopération avec nos amis et collègues du Museo del violino de Crémone. L'instrument en tant que tel est un superbe alto qui vient de la grande famille de luthiers Amati. C'est un alto extrêmement bien conservé qui appartient à la fondation Stauffer.

Grâce au partenariat avec le Museo del violino de Crémone, nous fournissons à l'ensemble des candidats un dessin technique, un document, qui montre l'ensemble des éléments que l'on considère comme devant être copiés par les élèves et étudiants candidats à Talents de demain.

Le Musée de la musique va acquérir la meilleure copie,  le premier prix des Talents de demain. L'acquisition du premier prix est rendue possible grâce au fort soutien et au fort écho, au grand succès, qu'a rencontré un appel au don, un financement participatif.

J'en profite également pour souligner  le soutien d'autres mécènes : la Fondation Belle Main et l'entreprise  Pahler, Alpentonholz Pahler, fournisseurs de bois de lutherie qui nous soutiennent  pour l'organisation plus générale du concours.

L'alto c'est un instrument qui n'a pas de taille standardisée contrairement au violon et au violoncelle. Le but d'une copie est de se rapprocher le plus possible de l'instrument copié, en matière de jouabilité et de timbre. Alors que, dans le cas de Talents d'aujourd'hui, les luthiers auront plus de créativité, vont pouvoir proposer un panel d'instruments beaucoup plus diversifié et plus représentatif finalement peut-être de l'univers  de l'alto qui est lui aussi très diversifié.

La première étape du concours a lieu dans les salles du Musée.  Chacun des six membres du jury examine l'intégralité des instruments.  Lors des heures d'ouverture du public, l'ensemble des instruments candidats sont exposés, et c'est exceptionnel, dans les salles du Musée, tout au long du parcours du visiteur.

Dans le jury il y aura trois luthiers spécialistes de l'instrument, et trois musiciens, spécialistes de l'instrument,  donc des altistes. Il n'y a pas une suprématie du luthier ou une suprématie du musicien comme quelquefois dans d'autres concours.

Je pense que le plus important sera la richesse  du timbre, quel que soit le type d'instrument joué, que chaque instrument ait vraiment une personnalité et quelque chose à dire, qu'il soit relativement facile à jouer.

En fonction de la façon dont on va s'y prendre sur l'instrument, il va bien sonner, ou parfois ce sera une catastrophe, c'est comme quand on essaie une paire de chaussures, parfois ça va, parfois ça ne va pas.  D'où l'intérêt d'être plusieurs à jouer ces instruments, pour que le jury ait le recul nécessaire pour déterminer quels sont les meilleurs instruments du concours. 

Le temps d'un concours, on a l'instrument seulement quelques minutes entre les mains donc il faut faire très vite. Ce sera plutôt une œuvre pour alto seul, cela peut être du Bach qui permet de tester vraiment l'ensemble de la tessiture de l'instrument, la qualité de son, la qualité de réactivité au phrasé. Cela peut être aussi des œuvres un peu plus modernes, XXe siècle, où on peut aller plus dans la corde et donc tester un peu la puissance de l'instrument, les contrastes, les changements de couleurs...

Nous, quand on est musicien, on aime se challenger mais on aime aussi que l'instrument puisse répondre à nos spécificités techniques. Donc il y a vraiment un rapport humain entre l'instrument et le musicien qui est très important et ça, on le mesure dès les premières épreuves. Donc oui, il y a une grille d'évaluation qui est très complète et pour les luthiers du jury c'est exactement la même chose.

Chacun des jurys luthiers, des membres du jury luthier, va examiner le modèle (les dimensions, la cohérence du modèle), la qualité de réalisation du travail du bois, la réalisation du vernis, la réalisation du montage, qui contribuent également fortement à la production sonore et musicale de l'instrument.

Les épreuves se déroulent à partir du mercredi : mercredi, jeudi, vendredi ce sont les preuves éliminatoires.  Samedi c'est la demi-finale qui aura lieu en public dans le grand Studio de la Philharmonie, derrière paravent, on ne verra pas les instruments, on les entendra sonner par les musiciens de l'Orchestre de Paris. Et dimanche ce sera la finale, également derrière paravent.

Nous vous invitons à venir assister à ces demi-finale et finale. Ce sont des moments exceptionnels, une expérience tout à fait unique, d'expérience de sonorité, de timbre.  C'est rarissime ce genre d'expérience et c'est extrêmement enthousiasmant je trouve.

Le concours international de lutherie poursuit un double objectif : célébrer l'excellence artisanale dans la facture instrumentale et souligner les liens étroits qui unissent la lutherie à la musique et à son interprétation. Deux catégories sont proposées : « Talents d'aujourd'hui », réservée aux luthiers professionnels, et « Talents de demain », destinée aux écoles de lutherie. Durant l'événement, les altos en compétition sont exposés au cœur des collections permanentes du Musée de la musique, créant ainsi un dialogue entre instruments historiques et facture d’aujourd’hui. 

La demi-finale et la finale se dérouleront les samedi 17 et dimanche 18 janvier. Cinq instruments seront mis en compétition, interprétés par les musiciens de l'Orchestre de Paris derrière des paravents. Le jury retiendra trois instruments pour disputer la finale. Chacun d'eux sera alors entendu dans un programme solo, puis accompagné au piano. Au terme de cette ultime épreuve, le jury établira le classement des trois lauréats : premier, deuxième et troisième prix. Le jury composé de luthiers pourra également décerner un « coup de cœur » à l'un des altos présentés.

— Retour sur... Concours international de lutherie | 3e édition | Janvier 2026

Les critères d'évaluation pour ce concours... C'est très difficile parce que d'abord, on juge des altos. Et l'alto n'est pas un instrument standardisé. Dans l'intention du luthier, on doit sentir la maîtrise technique de l'outil. Après, c'est l'allure générale, le coup de cœur, ce qui fait vibrer. On sent ce que le luthier a voulu faire et ce qu'il a réussi.

Il y a des instruments exceptionnels sur le plan de la facture, et d'autres qui sont exceptionnels par le charme qu'ils dégagent, par leur côté artistique.

Dans les altos que j'ai essayés jusqu'à maintenant, il y en a un qui m'a vraiment beaucoup plu. Je n'arrivais pas à m'arrêter de jouer et je me suis dit, si ce soir j'ai un concert, je peux tout à fait imaginer monter sur scène avec.

Les Talents de demain ont eu à copier l'alto "Stauffer" de Girolamo Amati, qui se trouve au musée de Crémone. En premier lieu, il y a le respect de la grande tradition de l'âge d'or de la lutherie crémonaise. Il faut essayer, dans les détails et le style, de s'approcher de cette perfection.

En ce qui concerne les Talents de demain, je ne serai pas trop dur pour mon appréciation technique. L'alto a un style complexe, la conception des coins est difficile, avec le filet. Le luthier peut choisir de copier cette partie ou tenter autre chose, et c'est ce que j'ai jugé. Tous les élèves, toutes les écoles ont, à leur manière, remarqué ces détails.

J'ai tout de suite réagi par rapport aux instruments que je connais, c'est-à-dire ce son de Crémone lumineux qu'on cherche, moiré, et personnellement, c'est ce que j'ai tenté de réussir à trouver dans ces copies.

En tant qu'altiste et en tant que professeur également, une des choses les plus importantes pour moi, c'est la qualité du son. Donc, que ce soit une copie ou pas, pour moi, la qualité du son est la première chose importante.

Ce que je recherche dans le son, quand je teste un instrument, c'est la projection, la clarté, et un son qu'on peut moduler, un son que je puisse travailler comme une sculpture. Quand je change la vitesse de mon archet, quand je change mon vibrato, je veux que l'instrument réagisse, je veux pouvoir dialoguer avec l'instrument. Pendant les écoutes à l'aveugle, on ne voit ni la taille ni le vernis. Et moi, ce sont des éléments qui me parlent : si un instrument est beau, ça va forcément m'inspirer. Mais je pense qu'écouter l'instrument sans le voir est une bonne chose, parce que c'est plus facile pour entendre la projection du son.

La dimension visuelle du jeu d'un interprète d'un instrument à cordes est très importante. Je n'ai jamais participé à des épreuves comme celle-ci, donc j'ai hâte. Je redoute et j'ai hâte. J'espère que ça ne rebattra pas la carte de mon favori. Moi, je me fais mon opinion sur la réalisation technique des instruments. Et puis après, on va voir si le son est en adéquation avec ce que les luthiers pensent être un très bon instrument.

Mon opinion peut effectivement changer, c'est possible. Parce que c'est quelqu'un d'autre qui joue, et il peut avoir une approche différente de l'instrument que moi. Et je suis tout à fait prête à changer d'avis. Mais ça m'étonnerait.

Le Premier prix "Talents de demain" pour les écoles de lutherie est décerné à... l'École Nationale de Lutherie de Mirecourt.

Mesdames et messieurs, le Premier prix du Concours international de lutherie, alto, Philharmonie, Talents & Violon'celles, Orchestre de Paris, Musée de la musique, est attribué à Andreas Hampel, Allemagne !

Je trouve que cette compétition a la grande qualité d'offrir une ambiance de partage, une ambiance positive. L'idée n'est pas de juger, mais plutôt de partager, et de voir aussi une bonne relation entre les musiciens et les luthiers. C'est une expérience positive pour tout le monde.

C'est une expérience unique dans une vie, car ces concours sont rares. C'est une grande responsabilité, mais c'est aussi très satisfaisant, très stimulant pour l'avenir. C'est très utile. Voir le travail de vos collègues vous apporte toujours quelque chose. Ça vous inspire.