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Paul Agnew : la modernité de Gesualdo

Publié le 09 octobre 2018 — par Paul Agnew

— Les Arts Florissants interprètent Gesualdo | Entretien avec Paul Agnew

Gesualdo est quelqu'un d'étrange, c'est un original, même dans son époque. Parce que, pourquoi un noble, un homme d'une grande richesse, un homme célébré, décide d'être compositeur ? Car ça signifie qu’il s'abaisse au rang de musicien. Socialement, c'est inexplicable. Et même si certains nobles s’intéressaient à la musique et même à la composition, ils le faisaient de façon anonyme. Mais Gesualdo, malgré tout ce qu'il a, est absolument obsédé, dès sa jeunesse, par la musique. Il compose constamment. Le grand événement de la vie de Gesualdo, c’est le fait qu’il ait tué sa première femme brutalement, c'était planifié, c'est une chose terrible. En même temps, c’est un homme très pieux : il a deux oncles cardinaux, l'un d’eux, Carlo Borromeo, deviendra un saint. Il a donc cette relation particulière avec l'Église. C'était aussi un deuxième fils, le premier devait hériter et le deuxième était dédié au clergé. Donc jusqu'à l'âge de 20 ans, il s'est préparé pour les ordres. Puis il se marie très vite, car son frère aîné meurt, il devient donc l'héritier. Mais un héritier se doit d'avoir des enfants, il se marie donc très vite. Ça se passe très mal et ça finit de façon très violente.

Comment marier ça avec l'homme qui a produit une musique d'une telle beauté, d’une telle finesse, d'une telle joie ? On est constamment dans les contrastes avec Gesualdo ce qui fait qu'il est difficile de comprendre sa musique. Gesualdo compose ses madrigaux à la toute fin de cette tradition. Et ça, c'est aussi intéressant, parce qu'il a tendance à composer, surtout pour les 2 ou 3 premiers livres, d’une façon assez antique : il suit les grands maîtres de 50 ou 100 ans avant lui. Malgré le fait qu’il ait beaucoup voyagé, été reçu par Jacopo Corsi à Florence et, donc, rencontré l'homophonie et les nouveaux styles qui vont devenir les opéras, il n'a rien composé dans ce style. Il a composé exclusivement dans un style polyphonique et, au début, d’une façon assez traditionnelle.

 Et peu à peu, avec l'influence de Ferrare, il ose de plus en plus. Ses deux derniers livres, publiés à la fin de sa vie, sont extraordinaires. Ce qui a marqué tout le monde c'est son insistance sur un chromatisme extraordinaire, extrêmement expressif, mais parfois incompréhensible, et surtout, d'une difficulté terrible. Gesualdo écrit toujours pour 5 voix. Il existait un livre pour 6 voix, mais il a été perdu. Les 6 livres sont pour 5 voix, mais quelles voix ? C'est le défi. Il note toujours « soprano », « alto », « ténor » et « basse » - ça, on comprend. Et puis il y a le « quinto », la cinquième voix, qu’il peut placer où il veut. C'est plutôt un second ténor ou un second alto, et parfois, un second soprano. Donc il faut au moins 6 chanteurs, peut-être 7 chanteurs, pour chanter les 5 voix des madrigaux. Mais pour les répons, il y a constamment 6 voix et pour les motets 5 voix. Souvent, on entend les répons et les motets chantés par les chœurs, je pense que c’était les mêmes chanteurs. C'était son ensemble, soit à Ferrare, soit à Gesualdo qui chantait toute cette musique. Ça explique pourquoi c'est pour 5 ou 6 voix, parce qu'il a eu son ensemble, et lui-même chantait. Dans une lettre, on apprend qu'en voyage il n'a que 4 chanteurs avec lui, donc il est obligé de chanter. Et ça, c'est aussi extraordinaire : un noble célébré, un prince, va devenir non seulement compositeur, mais musicien. C'est révélateur de sa détermination et de son véritable amour pour la musique.   

Après l’exploration magistrale du madrigal monteverdien, Paul Agnew et Les Arts Florissants entreprennent sur trois saisons une lecture des six livres de madrigaux de Carlo Gesualdo. 

Après le succès de son intégrale des madrigaux de Monteverdi, Paul Agnew et son équipe de chanteurs vont désormais se consacrer, durant trois saisons, aux madrigaux de jeunesse de Carlo Gesualdo, auteur à la fois de pièces épigrammatiques à cinq parties on ne peut plus traditionnelles, et d'œuvres vocales de chambre parmi les plus extrêmes dans l’histoire de la composition.

« Le Comte Gesualdo est en même temps un violent meurtrier auto-proclamé, un chrétien dévot et repentant, un membre de la noblesse et un compositeur publié. C’est donc une figure complexe et contradictoire, qui joue un rôle-clé dans cette période charnière qu’est le début du XVIIe siècle : son apport est fondamental dans l’affirmation d’une musique nouvelle, dramatique et moderne — la "seconda pratica". 2018 marquera la première étape  de notre incursion dans son cycle de six livres de madrigaux. Nous tenterons de les remplacer dans leur contexte en les associant à la musique de ses contemporains, en retraçant l’émergence du madrigal chromatique et, dans une certaine mesure, en essayant de comprendre comment Gesualdo en est finalement venu à écrire, à la toute fin de sa vie, une musique qui, aujourd’hui, continue de choquer et de fasciner. Parfois considéré comme fou, Gesualdo était en fait un artiste qui suivait sa propre logique de création. Il a contribué à élargir et  repousser vers ses limites les possibilités de l’expression musicale. » (Paul Agnew)