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Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Retour sur : Viva Nigeria, Viva Africa avec Seun Kuti et Keziah Jones

Publié le 08 novembre 2022 — par Maxime Guthfreund et Émilie Guitard

— « Viva Nigeria, Viva Africa » | Entretien avec Seun Kuti et Keziah Jones

Entretien avec Seun Kuti et Keziah Jones, qui rendaient tous deux hommage à Fela Kuti lors d’un double concert lundi 10 octobre 2022.

Comment Egypt 80 a-t—il évolué depuis que vous avez pris la direction du groupe ?

Seun Kuti : Je ne dirige pas vraiment le groupe Egypt 80. On est plutôt une grande famille. Mais le groupe a toujours eu un leader, différent du chanteur. Même du vivant de mon père. C’est une façon de déléguer le pouvoir.
Mon père, Fela, jouait avec un grand orchestre. Il y avait parfois 30 ou 40 personnes sur scène. C’était énorme. Mais aujourd’hui, ça n’aurait plus de sens. Ça a été l’un des premiers changements.
C’est ma musique qu’on joue, maintenant. Alors... il y a une marque plus personnelle, et je pense que notre son a évolué.

Comment votre concert rend-il hommage à Fela ?

Keziah Jones : C’est un hommage à la musique de Fela et à sa vie. Pendant ma partie, je vais essayer d’apporter quelque chose d’un peu différent à la musique de Fela. Je peux y ajouter une touche de funk et de rock, façon Keziah Jones.

En quoi le message de Fela est-il pertinent aujourd’hui ?

Seun Kuti : Je crois que plus le monde sera capable de comprendre mon père, plus le monde aura une conscience de classe développée. Plus qu’un panafricain, je dirais que mon père était un héros de classe. Un héros des classes populaires. C’est pour ça que son message est plus pertinent que jamais. Il fédère les classes populaires du monde entier, en termes de message, de vécu et d’expériences.
Si on pouvait se débarrasser de la diversité de façade et du consumérisme que les élites utilisent sans cesse pour nous corrompre, l’humanité pourrait s’unir.
C’est, je crois, le fond du message de Fela, mais d’un point de vue panafricain !

Keziah Jones : Son message est particulièrement pertinent aujourd’hui, au moment où on voit l’idéologie d’une droite suprémaciste blanche monter en Europe et aux États-Unis. Dans les années 1970, aux côtés de Fela, il y avait une opposition forte à ces idées. Avec les pays non-alignés, les pays devenus indépendants, les Afro-américains, les Africains, les populations indigènes. Il y avait une coalition qui faisait front contre cette idéologie de la droite suprémaciste blanche.
Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Donc la musique et les idées de Fela sont pertinentes parce que sa voix nous manque. Il nous manque cette opposition à ce qui ressemble à une droitisation du monde.
Sa musique est toujours là, on peut l’écouter et y trouver des idées pour savoir comment réagir. Sa voix est importante, elle nous montre le contraste entre les années 1970 et notre époque. La culture et la vie en général ont radicalement changé.

Entretien : Maxime Guthfreund
Réalisation : Imaginé Productions
© Cité de la musique – Philharmonie de Paris, 2022
 

À l’occasion de leur concert à la Philharmonie, lundi 10 octobre 2022, les deux artistes nigérians rendaient hommage à la musique de Fela, mais aussi à son engagement politique qui retentit toujours aussi fort aujourd’hui.

Ce concert associant Keziah Jones et Seun Kuti se déroulait sous le signe de la rencontre. Celle de deux artistes du sud-ouest du Nigeria, à la fois profondément attachés à leurs origines africaines et largement inscrits dans le monde, par leurs trajectoires et leurs carrières internationales. Cette rencontre s’effectuait bien sûr sous le haut patronage de Fela, dans une filiation à la fois artistique et idéologique, mais aussi biologique dans le cas de son fils Seun. Enfin, elle rassemblait les deux artistes autour du même objectif : parler au monde, à partir de l’expérience nigériane et africaine, des bouleversements plus ou moins récents de l’histoire du pays et du continent, et du message de lutte et d’espoir initié par Fela, pour le faire résonner, voire l’amplifier, presque trois décennies après sa mort.


Fela Anikulapo-Kuti - Rébellion Arfobeat, Alexandre Girard-Muscagorry, Mabinuori Kayode Idowu & Mathilde Thibault-Starzyk (dir.), Textuel | Musée de la musique-Philharmonie de Paris, Paris, 2022

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Maxime Guthfreund
Émilie Guitard