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Au jour le jour / Reportage

Au cœur de l’expo Electro

À plus de 120 BPM, l’électro fait danser la planète, la jeunesse de Paris ou de Berlin, les clubbeurs d’Ibiza ou de Goa, les millenials de New York ou de Los Angeles, comme la génération post-révolutionnaire de Tunis ou du Caire. L’exposition mise en musique par Laurent Garnier décrypte le phénomène. Rencontre avec Jean-Yves Leloup, son commissaire.

Publié le 24 Avril 2019

Entretien avec Jean-Yves Leloup, commissaire de l’Expo Electro

 

Depuis 2010, la musique électro ne se réduit plus aux seuls festivals, fêtes et rave-parties auxquels elle est naturellement associée : elle s’impose comme une tendance artistique majeure de la culture contemporaine. Accompagnant la révolution numérique et détrônant la culture du rock, la dance music électronique, dont les genres fondateurs sont la house et la techno, est née il y a plus de trente ans, dans les boîtes de nuit underground de Chicago et Detroit. Grâce au talent et à la créativité de musiciens et DJ noirs américains, cette musique a conquis l’Europe par le phénomène clandestin des rave-parties.

Par-delà son image hédoniste, l’électro a donné naissance à une vaste culture musicale, ainsi qu’à des gestes et à des pratiques esthétiques telles que le mix, le remix, le sampling ou le live audiovisuel… Celles-ci se sont peu à peu répandues, influençant les démarches artistiques dans le domaine de l’art numérique, du graphisme, de la vidéo, des arts plastiques, du cinéma, de la bande dessinée, de la danse ou du live staging, une nouvelle forme scénographique associant concert et arts visuels. De la communauté LGBTQ à l’activisme de l’univers des free-parties, l’électro possède par ailleurs une dimension revendicative, politique et contre-culturelle, dont témoignent manifestes, performances, fêtes et défilés, redéfinissant un nouveau rapport à l’altérité et au monde : militantisme queer, esprit DIY (Do it yourself ), nomadisme festif,
utopies éphémères et communautaires.

Immergée dans une bande-son confiée au célèbre DJ Laurent Garnier, qui revisite toute l’histoire de l’électro de Kraftwerk à Daft Punk, baignée dans une installation lumineuse et sensorielle, confiée aux artistes 1024 Architecture, dont les puissants effets visuels rappelleront l’atmosphère des rave-parties, l’exposition propose une véritable expérience sonore, participative et sensorielle. Instruments, sculptures, photographies (Andreas Gursky, Peter Boettcher…), installations (Rineke Dijkstra, Peter Keene) et multiprojections jalonnent un parcours qui convoque également les principales figures, musiciens, DJ et inventeurs qui ont porté l’idéal vitaliste, visionnaire ou futuriste de la musique électronique, dont Kraftwerk, Jean-Michel Jarre, Robert Moog, Daft Punk ou Juan Atkins.

Au même titre que le rock ou le hip-hop, l’électro constitue un reflet de la culture et des mutations de notre société, comme si ses utopies, son énergie et ses BPM parvenaient à donner le pouls et le tempo de notre époque.

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