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Musique illustrée / Histoire d’instrument

Petite histoire du clavecin Goujon

Publié le 23 Mars 2017

Marie van Rhijn, claveciniste des Arts Florissants, raconte l’histoire du clavecin Goujon, de sa construction en 1749 à sa restauration en 1784.

par Marie van Rhijn

Histoires d'instruments : le clavecin Goujon du Musée de la musique

 

Ce clavecin a été longtemps attribué au facteur anversois Hans Ruckers, d’après l’inscription « Hans Ruckers me fecit Antverpiae1 » sur la barre d’adresse au-dessus des claviers, la rosace décorée des initiales HR et la date 1590 portée sur la table d’harmonie. En 1980, une restauration a permis de découvrir à l’intérieur de l’instrument la signature de Jean-Claude Goujon, confirmant ainsi que ce facteur parisien de la première moitié du XVIIIe siècle en était l’auteur.

À cette période, les clavecins dus à cette célèbre dynastie anversoise active aux XVIe et XVIIe siècles étaient vendus plus cher que des instruments neufs et certains facteurs n’hésitaient pas à fabriquer de faux Ruckers ravalés. Était-ce également l’intention de Goujon ? Rien n’est moins sûr, car le facteur n’a pas poussé le souci de l’imitation jusqu’à certains éléments caractéristiques de ces clavecins flamands, tels la boîte à outils ou les signes d’un ravalement. Sans doute n’a-t-il cherché qu’à réaliser une copie, sans intention de tromperie.

Autant de mystères subsistent pour le somptueux décor de l’instrument : la caisse et son couvercle furent réalisés au XVIIIe siècle en imitation des laques de Chine très prisées à cette époque. Mais des traces d’une décoration initiale à fond noir ont été récemment découvertes, tandis que la table d’harmonie est peinte dans le style flamand des instruments des Ruckers. Même les pourtours de claviers et d’intérieur de caisse sont recouverts de papiers imprimés aux motifs anversois caractéristiques. Dernière particularité : le piètement doré sur lequel repose l’instrument est de style Louis XV. Ses pieds sont ornés de mascarons et terminés par des sabots : compte tenu de sa hauteur importante et de son mode de construction, il se pourrait qu’il ait été réalisé au XIXe siècle.

Construit à l’origine avec une étendue de 56 notes et trois jeux (deux jeux de huit pieds et un jeu de quatre pieds), l’instrument a subi deux petits ravalements. Le premier en 1749 a porté l’étendue à 60 notes, tandis que les sautereaux4 du jeu de huit pieds inférieur, datés de cette même année, furent ultérieurement munis de becs en peau de buffle.

C’est un autre facteur parisien, Jacques Joachim Swanen, qui réalisa en 1784 le second petit ravalement. Il porta l’étendue à 61 notes et ajouta également un quatrième registre portant des sautereaux garnis de becs en plume aux trois déjà existants. Il installa des genouillères pour actionner les registres tout en jouant, ainsi qu’un mécanisme soulevant l’ensemble des sautereaux du jeu de buffle lorsque ce dernier n’est pas utilisé afin de soulager le toucher des claviers.

À cette époque, la concurrence du pianoforte devient de plus en plus aiguë ; les facteurs de clavecin ont cherché à augmenter les possibilités expressives de l’instrument en lui permettant de jouer fort et doux comme le piano. Swanen introduisit ainsi un jeu de diminuendo, qui permettait de retirer ou d’ajouter les registres dans un ordre défini, allant du forte lorsqu’ils sont tous engagés au piano lorsque seul parle le jeu de buffle.

Musée de la musique