Clara Petit
Alto
Née en 1996, Clara Petit commence son apprentissage musical à l’âge de six ans par l’étude du piano au Conservatoire de Chartres, avant de découvrir l’alto trois ans plus tard. Après l’obtention d’un DEM en 2014, elle se perfectionne au Conservatoire de Boulogne-Billancourt auprès de Michel Michalakakos.
En décembre 2015, elle est lauréate du Concours national des Jeunes Altistes (Deuxième prix), avant d’être admise quelques mois plus tard au Conservatoire de Paris – CNSMDP, dans la classe de Sabine Toutain et Christophe Gaugué. Au cours de son cursus, elle bénéficie d’un échange Erasmus et part étudier à la Musikhochschule de Lübeck, dans la classe de Pauline Sachse. Elle obtient son master en 2021.
Clara Petit se produit au sein de divers orchestres de jeunes dont le Gustav Mahler Jugendorchester. Elle participe aux académies de l’Orchestre de chambre de Paris et de l’Orchestre philharmonique de Radio France, avant de rejoindre l’Académie de l’Orchestre royal Concertgebouw d’Amsterdam pour la saison 2021/2022.
Elle intègre l’Orchestre de Paris en septembre 2022.
Clara Petit © Studio Cabrelli
Son Interview
Comment êtes-vous venue à votre instrument ?
Ma mère étant pianiste, j’ai commencé naturellement par le piano à l’âge de six ans. Mais j’ai le souvenir d’avoir été très rapidement attirée par le timbre de l’alto. L’instrument n’a peut-être pas la brillance du violon ni la puissance sonore du violoncelle, mais il possède une grande profondeur de son et une grande diversité de couleurs et caractères. À l’orchestre, nous jouons souvent un rôle d’accompagnement, ce qui ne nous empêche pas d’avoir un rôle moteur. Dans la vie, je ne pense pas être quelqu’un d’extravertie mais j’aime être active. Je pense que l’alto est un instrument qui me correspond parfaitement.
Une musique qui a bercé votre enfance ?
Du fait que ma mère est pianiste professionnelle, j’ai entendu du piano dès ma plus tendre enfance. J’en ai fait moi-même jusqu’à mes seize ans, mais peut-être en raison du caractère solitaire du piano, j’ai préféré l’alto qui me permettait de jouer dans un orchestre. Pour autant, je garde un lien fort avec le clavier : en écouter me détend comme par magie quand je me sens nerveuse. J’adore notamment Chopin.
Une passion en dehors de la musique ?
L’équitation. Je fais du cheval près de Chartres et j’essaie d’y aller régulièrement, en moyenne deux fois par mois. Monter à cheval procure un grand sentiment de liberté. Le cheval possède une intelligence émotionnelle plus développée que celle d’un humain, c’est une véritable éponge à émotions. La connexion qu’on peut obtenir avec ressemble à celleque nous avons entre collègues sur scène.
Un film que vous regardez en boucle ?
Forrest Gump (1994) de Robert Zemeckis. Je ne saurais dire combien de fois j’ai vu ce film. Ce personnage imparfait et atypique me touche beaucoup. Il y a dans sa vision du monde qui l’entoure une simplicité et une résilience qui m’interrogent.
Un compositeur injustement méconnu ?
Jean Cras. J’ai beaucoup joué son trio à cordes et j’adorerais jouer son quintette avec harpe et flûte. Cras était un compositeur-marin, il composait sur son bateau tout en menant une brillante carrière militaire. On sent le rythme de la mer dans sa musique ; ses pièces, très connectées à la nature, poétiques et sensibles, donnent envie de voyager.
Esa Pekka Salonen ?
Je ne suis membre de l’orchestre que depuis trois ans, alors que l’orchestre le connaît depuis trente ans ! Il sait toujours quoi dire et nous mettre à l’aise, sans excès, toujours avec une petite touche d’humour. J’adore le regarder diriger, il a une battue fascinante, à la fois fluide et précise. Sa simplicité nous donne un sentiment de grande liberté. J’aime également beaucoup sa musique ; on comprend énormément du chef quand on écoute ses œuvres et inversement. À la manière d’un Sibelius, qu’il interprète magnifiquement, il y a dans sa musique quelque chose de transparent et de scintillant.
Votre pupitre ?
J’adore mes collègues ! Ce sont à la fois de magnifiques altistes mais également des gens humainement formidables. Avant chaque concert, le pupitre d’altos se regroupe en coulisses, comme si le groupe était déjà soudé avant même d’entrer en scène. Nous aimons passer du temps ensemble, à l’intérieur et en dehors de l’orchestre, et je crois que cela se ressent dans l’énergie collective. Le bonheur de jouer sur scène est très contagieux, j’ai le souvenir notamment d’un concert où l’on donnait Le Mandarin merveilleux de Bartók. À la toute fin de l’œuvre, il y a ce passage extrêmement rapide et décidé, je me rappelle encore des visages de chacun de mes collègues, le sourire jusqu’aux oreilles. L’énergie dégagée par les altos et l’orchestre en entier était incroyable !
La musique de chambre ?
Indispensable pour n’importe quel musicien d’orchestre. Jouer de la musique de chambre relève d’une question d’hygiène et d’équilibre par rapport au travail d’orchestre. En formation réduite on prend le temps de travailler la partition plus en détail. Contrairement à l’orchestre où on suit la vision d’un chef, on cherche sa propre lecture de l’œuvre.
Le premier disque que l’on vous a offert ?
Lors du Noël de mes dix ou onze ans, on m’a offert la Symphonie fantastique et Harold en Italie de Berlioz dirigé par sir Colin Davis avec Nobuko Imai à l’alto. Un choc ! À partir de là, j’ai exploré le répertoire symphonique avec passion. Je crois bien que ce disque en général et Harold en Italie en particulier m’ont donné envie de faire de l’alto et de l’orchestre pour le reste de ma vie !
Les actions culturelles de l’Orchestre ?
Nous jouons régulièrement en petits groupes dans des écoles et des hôpitaux. Ces concerts nous reconnectent à la raison première pour laquelle nous faisons de la musique : apporter des bulles de beauté, et essayer de soulager les souffrances et les laideurs du monde. J’ai le souvenir d’une femme assez âgée dans un hôpital, dont le visage s’illuminait à l’instant où la musique commençait. À la toute fin, une infirmière était venue nous voir, car elle voulait qu’on rejoue un morceau à son chevet. Dans ce genre de conditions, on s’aperçoit du pouvoir concret de la musique.
Un musicien que vous admirez ?
Le pianiste jazz Brad Mehldau. J’admire son jeu très fin et sobre, quasiment sans effets. De cette simplicité naît une créativité qui me touche beaucoup.