Marie Poulanges
Alto
C’est en 1993 que Marie Poulanges est admise au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et débute ainsi trois années de cours dans la classe de Jean Sulem. Elle y obtient en 1996 un 1er prix d'alto à l'unanimité ainsi qu’ un 1er prix de musique de chambre .
De 1998 à 2000 elle prolonge ses études avec un cursus de perfectionnement en classe de quatuor à cordes alors qu’elle est déjà membre de l’Orchestre de Paris depuis 1997. Ces années de formations lui permettront de travailler avec les plus grands chambristes du moment comme les musiciens du quatuor Borodine, du quatuor Hagen, du quatuor Alban Berg, du quatuor Lasalle et du quatuor de Tokyo.
Elle partage aujourd'hui ses activités musicales entre l'Orchestre de Paris, ses trois enfants, les concerts en tant que chambriste et tout un tas de projets liés à la musique ! En effet, son amour de la musique la pousse régulièrement à travailler auprès du jeune public, en écrivant des spectacles (sept concerts destinés aux plus jeunes réalisés avec l’Orchestre de Paris depuis 2012).
Ses expériences musicales l’ont menée également à l'enseignement avec une collaboration de 4 ans sur le projet DEMOS, qui est un dispositif d’enseignement
collectif de la musique auprès d’enfants issus de milieux défavorisés.
Depuis 2008, motivée par son goût de la transmission et désireuse de ne pas réserver les concerts aux saisons culturelles des grandes villes, elle est la directrice artistique du festival "Le 8 de Montcabrier" qui rassemble chaque été dans le Lot, à la campagne, de très nombreux et talentueux musiciens autour de concerts de musique de chambre.
www.8demontcabrier.fr
Marie Poulanges © Studio Cabrelli
Son Interview
Si vous n’étiez pas devenue musicienne ?
Comme mes parents étaient enseignants, je dirais : professeure de français en collège. Mais j’adore la médiation de la musique, et j’admire les journalistes qui incarnent la proximité avec les compositeurs et rendent concrète la vie des musiciens pour le grand public. En somme, j’aurais voulu devenir Ève Ruggieri !
Comment êtes-vous venue à l’alto ?
Par l’humour ! J’ai commencé le violon avec un professeur extrêmement sévère et exigeant. Je sortais régulièrement de ses cours en pleurant. Lorsqu’il m’a fallu intégrer un conservatoire, je me suis inscrite en alto, car la professeure faisait constamment des plaisanteries. Je me sentais beaucoup mieux avec cette enseignante beaucoup plus souple et sympathique.
Le public de la Philharmonie ?
En 10 ans, il s’est considérablement rajeuni. Désormais, nous donnons des concerts aux jeunes de moins de 28 ans, et l’ambiance y est incroyable ! On sent à la fois un immense respect des musiciens (pour une grande partie du public, à un concert classique pour la première fois) mais également des envolées lyriques au moment des applaudissements. On se sent parfois comme des rock stars ! De par ce rajeunissement et la diversité des propositions artistiques, la Philharmonie de Paris est une grande et magnifique réussite.
La musique que vous avez appris à apprécier ?
Ma réponse va surprendre mais je dirais la musique française. J’ai mis du temps à apprécier la musique de compositeurs comme Debussy et Ravel. L’aspect impressionniste de leurs œuvres me paraissait trop fugitif et volatile. La révélation est venue lorsque Daniel Harding les a dirigées en concert. La maturité de sa vision musicale m’a convaincue et depuis, je prends beaucoup de plaisir à jouer leurs pièces.
Le répertoire que l’orchestre ne joue pas assez ?
La musique baroque et toute la musique ancienne en général. Bien sûr, notre vocation réside dans le répertoire romantique et moderne, mais nous jouons encore trop peu Rameau et Bach. Nous abordons souvent ces compositeurs dans notre pratique soliste ou chambriste, mais interpréter leurs œuvres avec l’orchestre nous permettrait de jeter des passerelles avec les symphonies des siècles à venir.
Bach ?
Un génie absolu. Le fondement même de la musique. Je fais régulièrement écouter du Bach à des enfants dans les écoles maternelles, et ceux-ci tapent immédiatement dans leurs mains quand ils écoutent ses pièces. Il existe un mystère Bach : l’homme menait une vie normale, mais dès qu’il tenait un crayon entre ses mains, sa musique était miraculeuse. J’aime quand la musique nous élève et nous apprend quelque chose. Bach est le compositeur idéal pour aller sur une île déserte : une vie entière est nécessaire pour comprendre ses œuvres en profondeur.
La chose que vous appréciez le moins dans votre travail ?
Les blessures. Il faut s’entretenir quand on joue dans un orchestre. Le quotidien d’un musicien, notamment d’un instrument à cordes, nécessite un bon entraînement physique. Si l’on s’arrête de pratiquer durant une ou deux semaines, on peut rapidement se faire mal. Depuis quelques années, je fais du Pilates, du footing, et je vais chez un bon ostéopathe ou un kinésithérapeute.
Le trac ?
Je suis d’une nature plutôt réservée mais à partir du moment où je joue avec l’orchestre, je n’ai plus peur. Bien sûr, il nous arrive de jouer des passages solistes extrêmement exposés mais le groupe est toujours porteur. Les musiciens d’un pupitre se soutiennent les uns les autres ; on s’imite, parfois sans même s’en rendre compte, comme un corps de ballet. Enfant, j’étais rétive à monter sur scène, mais le goût pour la musique transcende les peurs. Encore aujourd’hui, je ressens une force d’expression telle qu’elle m’évite d’avoir le trac. Quand je fais de la médiation culturelle, c’est comme si j’optais pour un rôle de comédienne : l’envie de transmettre est telle que je surmonte toutes mes appréhensions.
La question qu’on vous pose le plus souvent ?
« À quoi sert un chef d’orchestre” ? » [rires] Cette question, qui revient presque systématiquement, est très complexe. Comment expliquer qu’il incombe au chef de donner de l’élan et du souffle aux paysages sonores que l’on joue ? Nous nous trouvons sans cesse devant les mêmes partitions ; mais le chef, par sa vision, apporte un nouveau regard et confère toute sa magie à notre métier.
Un chef d’exception ?
Esa-Pekka Salonen. Je garde un souvenir extraordinaire des représentations d’Elektra de Strauss au Festival d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène Patrice Chéreau (qui signait sondernier spectacle) était déjà très malade. Salonen est l’un des chefs les plus souples que je connaisse : son rapport au temps est incroyablement structuré mais sa battue n’est jamais raide. Si l’orchestre n’est pas en osmose avec sa gestuelle, il l’adapte, si bien qu’il n’y a jamais de décalages entre lui et nous.
Le mot musical que vous préférez sur une partition ?
Andante, qui signifie « en avançant ». J’adore les mouvements lents de Beethoven, notamment les quatuors qui sont des voyages extraordinaires, comme si le compositeur découvrait en même temps la musique qu’il écrivait. La Cavatine du Quatuor no 13 est un mouvement absolument exceptionnel ; je pense également au mouvement lent du Concerto pour violon, qui possède une humanité incroyable.
Votre état d’esprit actuel ?
Très optimiste sur l’avenir de l’orchestre. Je joue dans l’orchestre depuis une vingtaine d’années, et le groupe a énormément évolué avec l’arrivée de jeunes et merveilleux solistes. Grâce à notre position privilégiée, dans la Philharmonie, nous jouons sous la direction de chefs exceptionnels comme Gustavo Dudamel. Ma passion est intacte : je rêve de participer à tous les projets de l’orchestre !
L’enseignement ?
Étant fille de pédagogues, j’ai la fibre enseignante mais j’entretiens un rapport complexe avec l’enseignement. Autant j’ai un goût immodéré pour transmettre l’amour de la musique, autant je freine sur l’aspect purement technique de l’instrument. Je suis toujours heureuse de me produire devant des publics qui ne connaissent pas la musique classique ; c’est pourquoi j’ai créé un festival à Montcabrier, un petit village dans le Lot. L’axe de la manifestation est la convivialité et la proximité avec le public ; cette transmission donne du sens à mon métier !