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Formation : la construction d’un canon personnel par Brad Mehldau

Publié le 07 mai 2026 Lecture 6 min

— Brad Mehldau - © Michael Wilson

À l’occasion de la traduction française de son autobiographie Formation, publiée aux Éditions de la Philharmonie, Brad Mehldau revient sur les années d’apprentissage qui ont accompagné sa formation, tant humaine que musicale. Considérant que l’artiste s’exprime toujours de manière politique, il voit dans l’improvisation jazz une expérience de la liberté transposable à la société. « Le jazz, c’est le royaume de l’anarchie, mais au bon sens du terme. »
— Rencontre avec Brad Mehldau – 18 mars 2026, Philharmonie de Paris

HÔTE

Il y a quelque chose qui, moi, m'a frappé, parce qu'on se connaît depuis longtemps, mais on n'avait jamais discuté littérature. On n'a jamais parlé de littérature. Et dans le livre, Brad nous confie ses admirations littéraires. Alors, il y a d'abord Thomas Mann, pour plusieurs ouvrages : "Tonio Kröger", "Mort à Venise", "Le Docteur Faustus". Il y a aussi les écrivains de la Beat Generation, sûrement pour autre chose. Et il y a James Joyce, pour encore autre chose. Mais sur Thomas Mann et les livres que tu cites, j'ai été frappé qu'à chaque fois, le héros de ce livre est un écrivain ou un artiste. Et j'ai l'impression que c'est presque un portrait, un autoportrait pour toi, que tu trouves chez les héros de Thomas Mann. Tu t'es identifié comme ça, à ces personnages ?

BRAD MEHLDAU

Oui, je pense. Thomas Mann est certainement un modèle d'artiste. Politiquement aussi. Il a trouvé une façon, dans sa littérature, de se racheter pour ce qui s'est passé durant le Troisième Reich. C'est le sujet du "Docteur Faustus". "Le Docteur Faustus" est certes un roman, mais c'est aussi ce qu'on appelle en anglais "un roman d'idées", comme certains de ses romans, je pense à "La Montagne magique". Donc il y a beaucoup d'idées sur la musique dedans, et sur ce que cela signifie d'être un artiste à l'époque moderne. Quand on sent que, peut-être, tout a déjà été fait. Ce genre de doute moderne, qui est assez récurrent. C'est un doute qu'on a toujours. Donc quand j'ai lu ça, ça m'a fait penser au sentiment que j'ai eu dans les années 90, quand je suis arrivé à New York en tant que musicien, et que j'ai senti que j'arrivais trop tard, qu'il s'était déjà passé quelque chose.

HÔTE - Un autre pianiste.

BRAD MEHLDAU - C'est ça. Et puis, quand j'ai lu ce portrait dans le roman de Thomas Mann, j'ai vu que c'était toujours un sujet du modernisme. Ça fait partie de son expression. Et il a imaginé cela avec beaucoup d'éloquence dans "Le Docteur Faustus". C'est un livre sur l'art et sur ce que l'art peut accomplir. C'est un livre sur le modernisme, mais aussi sur la politique, sur sa présence dans l'art. Et en voyant comment toutes ces choses pouvaient s'associer, j'ai commencé à me dire qu'un artiste pouvait être politique. Un artiste doit être politique. C'est inévitable. Donc, il faut penser à ces sujets. Ça a été mon point de départ.

[L'interprète traduit à présent le propos de Brad Mehldau]

"Pour moi, Thomas Mann est un modèle d'artiste."

Petite parenthèse pour expliquer que, dans le monde anglo-saxon, les romanciers ne sont pas forcément considérés comme des intellectuels, mais plus comme des artistes. C'est pour ça que Brad dit :

 

"Pour moi, Thomas Mann est un modèle d'artiste. C'est également quelqu'un qui a une conscience et une expression politique très fortes aussi. Et je pense qu'il a écrit notamment pour trouver de la rédemption par rapport à ce qui s'est produit sous le Troisième Reich. Et il a également produit des romans qu'on appelle des romans d'idées. Donc riches en idées, des romans de réflexion. C'est le cas de "La Montagne magique", par exemple. Et il écrit beaucoup à propos de la musique. Il explique les vicissitudes que connaît l'artiste dans une époque moderne, où l'artiste peut être habité d'un doute parce que tout a déjà été dit, déjà été fait. Et quand on est artiste dans une époque moderne, on se pose forcément ces questions-là. C'est un doute permanent, en réalité, depuis longtemps. Et moi, j'ai connu ça dans les années 90, jeune musicien arrivant à New York et me disant que je suis peut-être arrivé trop tard. Donc, j'ai été complètement pris de doute quant à la possibilité de créer quelque chose de nouveau à cette époque-là. Thomas Mann, lui, livre un portrait plein de modernisme, avec une éloquence absolument admirable. Et il explique ce qu'est l'art, ce que l'art peut parvenir à produire, et évidemment, l'aspect politique de l'art. Et ça, ça m'a fait réfléchir, et j'arrive à la conclusion assez aisée que l'artiste est forcément une créature politique. C'est inévitable. L'artiste s'exprime de manière politique, forcément."

Où notre héros découvre l’attrait de la polémique, la folie de la bien-pensance, et le réveil politique qui en résulte, par la reconnaissance de l’autorité morale de Led Zep…

Enfant et adolescent, la politique m’intéressait peu, mais dans la vingtaine, j’ai commencé à forger mes convictions. Ma prise de conscience s’est faite à rebours, dans la mesure où, en véritable artiste nombriliste, j’ai commencé à réfléchir à la politique dans le domaine de la musique. Je pensais à Led Zeppelin – les prédécesseurs démiurgiques du punk et du prog, la source qui a donné naissance à ces courants agonistiques.

De mon point de vue, la polémique rock’n’roll que j’ai évoquée plus haut, celle que j’imaginais entre le punk et le prog, était nourrie par deux pulsions primitives opposées. L’une consistait à se rebeller contre l’autorité dogmatique, l’autre à préserver l’intégrité existante. Les grandes figures créatives exercent une autorité dans la mesure où elles influencent leurs héritiers. C’est un intellectuel, Harold Bloom, qui pour moi a commencé à créer des liens à travers les siècles, notamment dans son ouvrage bien connu, The Western Canon: The Books and School of the Ages (Le canon occidental : les livres et l’école des âges), publié en 1994. Bloom y défend sa thèse en se concentrant sur des auteurs majeurs, en particulier Shakespeare, et en expliquant pourquoi ils méritent d’appartenir au canon. À quoi ressemblerait mon canon musical personnel ? Serait-il figé, serait-il ouvert à l’amendement et à la révision ? Le canon de Bloom était personnel dans la mesure où il l’avait choisi, et pourtant il faisait maintenant autorité pour les autres – autorité en matière de ce qu’il faut lire.

[…]

En fin de compte, la recherche d’une supériorité morale est l’objectif de chaque adversaire dans les polémiques esthétiques. Sinon pourquoi se déchirer les uns les autres avec tant de virulence à propos de cette chose si improbable : la beauté ? Ce devrait être un sujet fédérateur. Mais non, tout tourne autour de leur sens de la justice, profondément lié à la personne qu’ils sont, ou plutôt à celle qu’ils pensent être – qu’il s’agisse d’un défenseur inconditionnel de l’interprétation de la musique baroque sur instruments d’époque uniquement, ou d’un fan de Bob Dylan qui s’est senti trahi lorsqu’il est passé à l’électrique. Demandez à ces personnes pourquoi elles sont si véhémentes et vous obtiendrez souvent des réponses d’un dogmatisme inquiétant : « Il n’est tout simplement pas juste d’aborder la musique de cette autre manière », « Cette musique ne devrait être jouée que de cette façon »…

— Brad Mehldau avec Leon et Ugonna au Village Gate - © Charles Ruggiero

Je me croyais largement affranchi de ce genre de dogme musical, mais il était bel et bien présent. Tout avait commencé au lycée, à mesure que mon exposition au jazz s’intensifiait. À cette époque, une réaction émotionnelle positive à l’égard d’une musique se calcifiait en un jugement figé et général envers d’autres musiques. Ce type d’activité perceptive était inconscient. Le dogme était un dogme en ce qu’il déguisait une pulsion reptilienne en un raisonnement ostensiblement rationnel, puis lui donnait des jambes. Bloom lui-même, l’intellectuel par excellence, n’a-t-il pas laissé transparaître malgré lui une paresse dans la pensée, influencé qu’il était par un amour sur la défensive pour la littérature qui avait frappé son imagination lors de sa propre Bildung ? Cette façon de penser a-t-elle favorisé l’émergence d’un canon lacunaire, oubliant de rendre compte de la littérature qui se trouve hors des portes dorées où il est gardé ?

Lorsque la pensée dogmatique est jetée hors de la sphère privée et nombriliste de l’esthétique, son équivalent dans la cité exerce à travers les âges une oppression qui nous est familière : la théocratie de l’Ancien Testament, qui s’exprimait dans la cruauté des lois du Lévitique et qui s’est prolongée dans le conservatisme religieux des temps présents, que je trouvais repoussant. Dans le discours politique, le dogme représentait une menace, du moins à mes yeux. Il renforçait la honte que j’éprouvais à l’égard de ma sexualité. Je ne voulais adhérer à aucune contrainte esthétique susceptible de refléter une politique répulsive. Pourtant, dans le microcosme des goûts musicaux de Hall High School, et plus tard avec les nazis du bebop et les Goons, le dogme n’était pas menaçant – il était attachant. Cet instinct protecteur et tribal naissait de l’amour et non d’une peur haineuse. Même lorsqu’il s’accompagnait d’un rejet mesquin d’autres genres musicaux, il y avait derrière cette posture un désir de communion. Ils n’étaient pas tant des arbitres, plutôt des personnalités qui m’enjoignaient de venir partager leur amour.

Quand Coltrane marchait sur la crête pendant quinze minutes en improvisant sur « Impressions », j’étais témoin et je faisais l’expérience de la liberté en tant qu’auditeur, le contraire de l’oppression, et j’ai cherché à l’atteindre à mon tour en tant qu’improvisateur. Mais c’est justement cette injonction de la liberté qui a jeté les bases de son antithèse : un dogme affirmant que Coltrane, Bird et quelques autres étaient le zénith, point final. Cette liberté et ce dogme étaient tous deux nés de l’amour, très différents en cela des dogmes politiques et religieux, qui ne semblaient naître que de la peur – le genre de peur qui conduit au mal.

— Brad Mehldau en 1991 - © Charles Ruggiero

Dans l’espace sacré du jeu musical, j’ai pu donner une voix à la fluidité que je ne pouvais accepter en moi. Je cherchais la permission de m’aventurer loin, pensant que je pourrais peut-être ainsi trouver ma véritable identité. Je voulais protéger et préserver ce sentiment. J’ai compris que la protection des libertés individuelles était une caractéristique essentielle de la démocratie dans laquelle je vivais, mais qu’elle n’avait pas tenu ses promesses et se voyait constamment remise en question. L’importance de la liberté d’expression et du droit au respect de la vie privée est devenue une affaire personnelle. Dans mon pays, j’ai observé deux menaces possibles pour cette liberté : l’une provenant d’un adversaire extérieur et l’autre, plus effrayante, de l’intérieur. Cet adversaire intérieur – celui qui nous imposerait à tous des lois paternalistes et répressives – était pour moi le plus menaçant. Si j’avais vécu une guerre mondiale, ou dans un autre pays, j’aurais pu penser l’inverse.

Une conscience politique était née, d’abord par un instinct d’autoprotection, l’instinct d’une personne à la sensibilité exacerbée qui prend les choses trop à cœur, au détriment de son bien-être. En regardant autour de moi, je me suis rendu compte que mes plus grands héros musicaux avaient été marginalisés dans leur propre pays et devaient subir une oppression réelle, sous la forme du racisme. Cette prise de conscience m’a donné la conviction que le sanctuaire que je désirais pour moi-même devait être accessible à tous, ce qui n’était pas encore le cas. Le statu quo ne suffirait pas.

Dans un monde utopique, j’imaginais que la liberté dont je faisais l’expérience dans l’improvisation jazz pourrait s’étendre à la société. Cette société serait anarchique, affranchie de toute autorité unique. L’anarchie, cependant, dépendait d’un impératif catégorique que chaque citoyen mettait volontairement en pratique : vivre et laisser vivre. Le jazz en était le modèle. Ce qui relevait de la sphère personnelle était aussi musical, et les deux étaient finalement politiques.

[…]

— Rencontre avec Brad Mehldau – 18 mars 2026, Philharmonie de Paris

HÔTE

Est-ce que tu peux nous dire... Alors, il y a des pages et des pages dans le livre, sur ton arrivée à New York, et la découverte des clubs et des jam, et de se confronter aux musiciens de ta génération, qui étaient des jeunes musiciens aussi, et tout le monde est là, et il faut se faire remarquer, il faut assurer, et il y a le doute, qui revient souvent dans le livre aussi. Dans ces années de formation, le doute était important pour toi. Et comment cette vie dans les clubs de New York t'a aidé à moins douter.

BRAD MEHLDAU

Le doute, oui, en effet. La scène new-yorkaise est encore très similaire à celle que j'ai connue. Il se trouve que j'aime retourner dans un club comme Smalls, qui a été important à mes débuts, et ils ont toujours ces jam sessions. L'atmosphère n'a pas changé, c'est toujours sympathique et convivial, mais aussi compétitif. Un peu les deux. Et parfois, c'est aussi un peu anarchique. Quand quelqu'un joue trop longtemps, ou d'une manière affreuse, soit les autres musiciens le laissent faire, soit ils lui disent : "Allez, dégage !" Et donc, ce genre de... Là encore, c'est une sorte d'expérience politique qui se produit avec le jazz. On a parfois comparé le jazz à la démocratie. Vous savez... La démocratie, c'est un mot difficile à définir, aujourd'hui ! J'aime y penser comme à une sorte d'anarchie, comme une vision utopique de... Une anarchie qui n'est peut-être pas possible ici... Ce que je veux dire, c'est que dans une improvisation collective, surtout dans une jam session, nous acceptons de nous donner de l'espace aux uns et aux autres, et d'avoir une conversation dont le but est avant tout de faire quelque chose de beau et de sublime ensemble. On joue pour ce but ultime, pour atteindre cette harmonie qui est si difficile à obtenir dans la société. Et par ailleurs, ce qui me plaît autant dans l'improvisation, et qui fait que je ne suis pas un musicien classique, c'est cet élément anarchique. Il peut arriver qu'un musicien se révèle très antisocial, d'un seul coup, et se mette à empiéter sur mon espace, à être insupportable. C'est une provocation qui se produit souvent, surtout dans les jam sessions. Comment réagir à cela ? Réagir, du point de vue artistique, sera peut-être plus intéressant que d'être juste gentil. Là encore, cette possibilité d'anarchie permet de faire des choses qui ne sont peut-être pas permises dans les limites d'une société fonctionnelle et normale.

[L'interprète traduit à présent le propos de Brad Mehldau]

"À certains égards, je crois que les clubs de jazz à New York, c'est un petit peu la même chose aujourd'hui que dans les années 90, quand je les ai connus, notamment Smalls, par exemple, club qui existe toujours. Il y a encore des jam sessions, il y a encore le bœuf avec les musiciens qui se réunissent là pour jouer. L'ambiance est amicale, bienveillante, mais concurrentielle, compétitive aussi. Il y a ça, et puis il y a un élément d'anarchie aussi qui préside à ces improvisations. Parfois, il y a certains musiciens qui jouent trop longtemps, trop fort, qui tirent la couverture à eux. Ça peut être très chiant. Les musiciens peuvent dire : 'Bon allez, d'accord, on laisse filer.' Ou alors ils disent franchement : 'Tu exagères, ferme ta gueule, ça suffit.' On a parfois dit que le jazz était une forme d'expression de la démocratie. Mot particulièrement sensible et difficile à utiliser de nos jours. Moi, je pense que le jazz, c'est davantage le royaume de l'anarchie, mais au bon sens du terme. L'anarchie en tant qu'utopie. Donc on improvise, on joue ensemble, de façon improvisée, on se met d'accord, tacitement, implicitement, pour se donner de la place les uns aux autres. Parce qu'évidemment, on tend tous vers le même but. Tous les musiciens qui jouent en boeuf tendent vers le même but sur scène, c'est d'arriver à toucher du doigt le beau, le sublime, comme on disait plus tôt, avec une espèce d'harmonie, ce qui est particulièrement difficile à réaliser dans une vraie société au sens large du terme. Moi, ce qui m'attire dans l'improvisation, et c'est aussi pour ça que je ne suis pas uniquement pianiste classique, c'est cet élément d'anarchie, encore une fois, au bon sens du terme. Parce qu'un musicien peut arriver, et se montrer antisocial dans son comportement musical, et c'est une provocation, ni plus ni moins. Comment réagit-on quand on est musicien face à un autre musicien comme ça, qui prend trop de place et qui est antisocial ? Eh bien cette réaction, justement, va donner lieu à de la créativité. Et c'est un peu de la politique, en réalité, c'est intéressant. C'est une microsociété, ce jazz d'improvisation dans les clubs, dans les boîtes de jazz, mais ce n'est pas le reflet de la société plus large, sociétale."

En tant que musicien dans la cité, cependant, je me suis finalement rallié à Bloom et à Led Zeppelin plutôt qu’à Eagleton et aux punks prolétariens. En tant qu’élitiste bloomien – aussi bancale et présomptueuse que soit ma position –, je pouvais être un éternel rebelle, ou du moins transformer cette posture en idéal. Je pouvais me rebeller contre la médiocrité et contre ce genre de dissidence hypocrite. Je pourrais établir ma propre norme. J’échouerais peut-être complètement, mais je me disais que l’intention était bonne, parce que je me rebellais contre le réductionnisme – un réductionnisme appliqué à moi-même. Si j’échouais, c’était mon échec authentique. Le sentiment romantique contenait un paradoxe qui me convenait. Si un rebelle est éternel, alors il doit faire partie de l’establishment – appelons-le l’establishment rebelle. Son étrangeté et sa singularité sont à l’avant-garde, pour l’éternité.

L’establishment, finalement, s’est révélé être non pas un Autre imaginé, mais un lieu ouvert. En tant qu’artiste, c’est là que j’ai le plus souvent puisé. Dans la sphère classique, l’establishment était assez évident, incarné par les trois B. Mais le jazz avait son propre establishment à mes yeux. C’était une autorité qui méritait mon respect par sa seule production, et non pour des considérations sociopolitiques – Bloom aussi la concevait ainsi. Ses plus grandes figures étaient Bird, Coltrane et Miles. Leur musique recelait déjà toute ce qu’il y avait de bon dans l’étrangeté et la singularité. Fuir l’establishment sous prétexte de conserver sa prétendue originalité revenait à se tromper sur ce qu’est l’originalité au premier chef. L’étrangeté délibérée est ennuyeuse. Un acte créatif n’est pas un désaveu de la tradition. C’est une exploration de quelque chose de bien plus grand que soi, quelque chose qui était là bien avant que j’arrive, avec mes convictions changeantes.


Extraits de l’ouvrage : Brad Mehldau, Formation : la construction d’un canon personnel, traduit de l’anglais par Laurent Cugny, Paris, Éditions de la Philharmonie, « Écrits de compositeurs », 2026, p. 263-264, 271-276 et 281-282.