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Perspectives / Perspectives

La religion dans les chansons de Barbara

 

Barbara a été élevée dans une famille juive d’Europe centrale où les rites religieux étaient absents. Dans son œuvre, les références à la religion sont exclusivement catholiques, le plus souvent empreintes d’ironie et de détachement.

Publié le 27 Décembre 2017
par Michel Tolila

Barbara - Hop-là

 

Les exemples sont très nombreux. D’abord, il y a « Hop-là », et cette histoire délirante de petite fille qui veut devenir bonne sœur : « Et je rêvais d’être un jour une petite sœur du bon Dieu (…), à chacun sa prière, Dieu m’a donné la foi et le savoir-faire (…), j’égrène mon rosaire (…), de mon enfance, j’ai gardé l’âme pieuse … ». Ajoutons que, pendant quelques mois, Barbara racontait sur scène, avant d’interpréter cette chanson, une histoire délirante de petite fille qui veut une panoplie de bonne sœur.

Tout au long de ses chansons, les références religieuses reviennent souvent, comme un refrain. Certes, on ignore si le Dieu de « Chapeau bas » (« Est-ce la main de Dieu, est-ce la main du diable ») est celui des catholiques ou des juifs (et d’ailleurs, quelle importance ?), mais dans les autres cas, il n’y a pas d’ambiguïté. Dès « À mourir pour mourir », Barbara parle du « jardin du bon Dieu ». Dans « Le Bel Âge » c’est « Le Jésus me parle ». Dans « Si la photo est bonne », le gibier de potence « va faire sa dernière prière pour avoir trop aimé sa mère ». Cela continue avec « Une petite cantate » : « Mon Dieu, qu’elle est difficile, cette cantate sans toi (…), une petite prière, mais sans un signe de croix, qu’elle offense Dieu le père, il me le pardonnera ». Cette chanson est d’ailleurs exceptionnelle à cet égard, car c’est une des rares où Barbara choisit des références catholiques sans ironie.

 

Barbara "Une petite cantate" | Archive INA

 

Elle se reprendra rapidement avec « Y'aura du monde » dans laquelle elle lâche successivement « Y'aura du monde assurément au nom du Père, au nom du Fils », puis les « trois petits fours et deux ave », ou « agenouillés et marmonnant ». Elle restera dans l’ironie avec « Le Testament » sur le disque suivant : « Tu m’es descendu des nues pareil au petit Jésus ».

Les références religieuses mises au service de l’ironie si légère de Barbara continueront pendant toute sa vie de femme qui chante. Dans « Le Soleil noir », elle fera l’aveu de son incroyance et peut-être même de son athéisme – un exemple rare dans ses chansons : « Mais j’ai tout essayé, j’ai fait semblant de croire ». Elle redira encore une fois son grand scepticisme dans « Mon enfance » : « Je crois que j’ai prié un peu ». Elle enfoncera le clou dans « C’est trop tard » : « Ils sont couchés dessous la terre, dans leurs maisons froides et nues », ou « Les voilà comme des statues dans le froid jardin du silence », ou encore « Ils n’entendent plus, c’est trop tard ».

Quand elle a fait appel à d’autres auteurs, comme François Wertheimer, elle a continué à utiliser les mots de la religion pour les détourner. Ainsi, sacrilèges multiples dans le disque La Louve : « Celles où les cathédrales sont des maisons bizarres, où les prêtresses sont des dames faméliques » ou « Monsieur Capone, dont on dit qu’il est pape de bien des religions » (« Monsieur Capone »), et encore « Ma chambre est une église où je suis à la fois et le prêtre et le Dieu (…). Au ciel de mon église brûle un soleil de nuit » (« Ma maison »).

Revenue à l’écriture, Barbara continuera de reprendre les mots du vocabulaire catholique pour les tourner en dérision. « Mes insomnies » est un sommet dans ce domaine : « Le paradis ce serait pour moi de m’endormir la nuit (…). En un cortège chagrin viennent mes parents, mes amis, gravement au nom du Père, du Fils et puis du Saint-Esprit ».

 

 

Enfin, arrivée au bout de son chemin, elle passera presque aux aveux dans « Le jour se lève encore », qui est sans doute, finalement, le résumé et la conclusion de son rapport à la chose religieuse : « Quand tu ne crois plus (…) tu verras que le jour se lève encore ». Elle ne pourra cependant pas se priver d’encore une ou deux pirouettes : « M’a laissée toute seule avec mes lunettes, avec mon piano, avec ma bible à moi » (« Femme Piano Lunettes ») …

D’un des premiers textes (« Chapeau bas ») à l’un des derniers (« Le jour se lève encore »), Barbara n’hésitera donc pas à utiliser des images de la vulgate catholique, le plus souvent avec une distance ironique. En revanche, elle taira, au moins dans son œuvre, ses origines juives. Il est vrai que les traumatismes de son enfance ne lui donnaient sans doute guère l’envie de les évoquer.

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