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Julien Desgranges

Clarinette basse solo

Julien Desgranges commence la clarinette à l'âge de 8 ans au conservatoire de Caen ainsi que l'apprentissage du chant où il intègre la maîtrise de Caen sous la direction de Robert Weddle. Sa médaille d'or de clarinette et de musique de chambre en poche, il  poursuit ses études au Conservatoire Supérieur de musique et de danse de Lyon-CNSMDL - dans la classe de Jacques Di Donato où il obtient en 2005 un premier prix de clarinette mention Très bien avec la mention spéciale du jury pour l'originalité de sa création musicale "Clarinage" en duo avec Philippe Bord, corniste et jongleur.
Passionné par l'enseignement, il intègre ensuite la formation diplômante au Certificat d'Aptitude de Professeur de clarinette et continue en parallèle un double cursus en cycle de perfectionnement de clarinette au CNSM de Lyon ainsi que le cursus de clarinette basse au CNSM de Paris dans la classe de Jean-Noël Crocq où il obtient le DFS mention Très bien en 2008.
Titulaire du CA de clarinette à 23 ans, il obtient dans la foulée le double poste de professeur de clarinette au CRR de Caen et premier soliste à l'orchestre de Caen en 2007 où il conjugue ses deux pratiques complémentaires d'artiste et d'enseignant.

Fort de son expérience et de sa rencontre en 2008 avec le pianiste Andrea Turra, ils forment un duo qui les amène à se présenter aux concours internationaux.
Julien Desgranges obtient notamment un 2nd prix à l'International Crusell Clarinet Competition en Finlande en 2009(Uusikaupunki), un 1er prix de musique de chambre en sonate avec Andrea Turra au concours Saverio Mercadante en Italie à Bari, un 3eme prix de musique de chambre et de clarinette au "Concorso Internazionale du Musica  Di Marco Fiorindo en Italie à Nichelino ainsi qu' un 3eme prix de clarinette et le prix spécial de la meilleur interprétation de la création au Concours International de clarinette" Claude Debussy" à Paris en 2010.
En 2007, Julien Desgranges co-crée le trio de cors de basset "Les Flamants Noirs" avec Olivier Derbesse et Rémi Delangle. Ils enregistrent 2 disques et s'amusent à "dépoussiérer"et développer le répertoire pour cette formation.  Il fait également partie de l'ensemble à vent Wind Art Orchestra (WAO)  Julien Desgranges est régulièrement invité à partager la scène avec de nombreux orchestres en France et à l'étranger (Orchestre de l'Opéra de Rouen, Orchestre de Normandie, Orchestre National de Bretagne, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Orchestre Philharmonique du Maroc, Festival en Corée du Sud " Going Home Orchestra" ...)

Entre 2012 et 2017, il est également invité à partager son expérience et enseigner au Pont supérieur de Rennes-Pays de la Loire comme professeur de musique de chambre et de clarinette. Toujours professeur titulaire de clarinette au CRR de Caen il obtient le poste de Clarinette Basse solo à l'Orchestre de Paris en octobre 2021.

Julien Desgranges © Studio Cabrelli

Son Interview

Votre parcours avant d’entrer à l’Orchestre de Paris ? 

Étant convaincu que jouer et enseigner sont intimement liés pour le développement d’un musicien, j’ai commencé ma carrière d’artiste-enseignant dès l’âge de 23 ans comme professeur de clarinette au conservatoire régional de Caen et premier soliste de l’Orchestre de Caen. En parallèle de ma casquette de professeur-enseignant, je jouais (en tant que supplémentaire) dans de nombreux orchestres, notamment à l’Orchestre de Paris où je garde des souvenirs fabuleux d’une tournée en Allemagne et en Suisse avec Paavo Järvi. Je me suis toujours dit que le jour où le poste de clarinette basse serait à pourvoir, je passerais le concours ! 
 

Le concours d’entrée de l’Orchestre de Paris ? 

À 37 ans, l’expérience est là mais les doutes et remises en question s’avèrent parfois difficiles ! Je me souviens être allé voir mes anciens professeurs de clarinette basse avant le concours pour leur demander des conseils et avoir d’autres points de vue que le mien afin de réinterroger ma sonorité, ma vision de l’interprétation sur telle ou telle œuvre… Aujourd’hui, je mesure ma chance de faire partie de l’Orchestre de Paris. J’y sens chaque semaine un tel investissement collectif, une telle envie de jouer et de faire de la musique ensemble… C’est sûrement cette synergie qui rend le son de l’Orchestre de Paris aussi unique ! 

 

Si votre instrument était un animal ? 

Je dirais une panthère noire ! La clarinette basse est un grand félin nocturne aux pattes de velours. Elle peut se dissimuler derrière les autres instruments avec sa sonorité veloutée, faire des alliages de sonorités très intéressants, observer les autres, mais elle est aussi capable de rugir et de transformer son timbre en quelque chose de plus cuivré et de plus agressif, pouvant ainsi attaquer et transpercer le mur sonore de l’orchestre. J’aime la façon dont des compositeurs comme Stravinski, Mahler, Strauss ou Ravel l’utilisent.  

 

Un concert éblouissant ? 

Il y en a eu tellement ! J’ai adoré L’Oiseau de Feu de Stravinski au Carnegie Hall de New York avec Klaus Mäkelä en mars 2024. Quelle intensité ! Jouer dans une salle aussi prestigieuse qui a notamment accueilli des artistes comme Benny Goodman, Charlie Parker, Miles Davis ou les Beatles, était juste incroyable ! À la Philharmonie de Paris, je me souviens également d’un concert crossover génial avec le Jazz at Lincoln Center Orchestra et l’OP avec Wynton Marsalis en 2023. C’était fou ! Carlos Henriquez à la basse, Sherman Irby au sax, Kenny Rampton… Que des monstres à la rythmique implacable. 

 

Pourquoi la clarinette basse ? 

J’ai eu la chance d’avoir un professeur de clarinette qui m’a laissé souffler très tôt dans une clarinette basse, tout en poursuivant l’apprentissage de la clarinette en si bémol au Conservatoire de Caen. Vers 14 ans, j’ai intégré un groupe de ska/reggae avec des copains en formation basse, batterie, clavier et clarinette basse. Par ailleurs, mon père me faisait découvrir beaucoup de disques de clarinette. À cette époque, j’ai découvert des musiciens comme Eric Dolphy, James Carter, Michel Portal, Louis Sclavis. Tous me paraissaient incroyablement cool !  

 

Le jazz ? 

J’adore en jouer à mon modeste niveau. Je m’amuse en ce moment à jouer les relevés de chorus de Charlie Parker à la clarinette basse, notamment Anthropology : quel génie ! Avec mon collègue Olivier Derbesse et Rémi Delangle, nous avons créé depuis quinze ans un trio de cors de basset, Les Flamants Noirs. À travers ce trio, nous nous amusons à dépoussiérer le répertoire et à l’amener vers les musiques des pays de l’Est (Serbie, Roumanie).  

 

Où peut-on vous trouver quand vous n’êtes pas sur scène ? 

À la piscine. Je fais de la natation à Paris le plus régulièrement possible pour le bien-être et la détente que me procure la fin de séance, mais également pour développer mon souffle. Jouer de la clarinette basse demande une bonne capacité respiratoire. Il faut pouvoir tenir des phrases longues car parfois, c’est physique ! Je pense à un solo magnifique dans la Sixième Symphonie de Mahler ou encore au grand solo dans Tristan et Isolde de Wagner où chaque centilitre d’air compte et permet de faire la différence si on a de l’endurance. Le plaisir de jouer s’en trouve également décuplé. 

 

Votre région de cœur ?  

La Normandie. J’aime me balader près de la mer, Caen est une ville très agréable, à taille humaine, et j’y retrouve tous mes copains. Je trouve un bel équilibre entre venir travailler à l’Orchestre à Paris en semaine et me ressourcer les week-ends en Normandie, où ma famille habite toujours. 

 

Le souvenir d’un couac embarrassant ? 

Quand j’en fais un à l’orchestre, ça peut être vécu comme un cauchemar pour moi mais en même temps, un bon canard, cela fait toujours rire les collègues. En voyant leurs visages hilares après un couac, je relativise très rapidement et je passe à autre chose !  

 

Le compositeur que vous auriez aimé rencontrer ? 

Mozart. Son Concerto reste le Graal absolu pour tous les clarinettistes. C’est une œuvre que je ne cesse jamais de redécouvrir et de retravailler. J’aurais adoré le rencontrer pour comprendre son génie et peut-être son grain de folie. Mozart souhaitait une clarinette possédant un ambitus extrême : il affectionnait les graves du cor de basset et le registre aigu et cristallin de la clarinette soprano. Grâce à lui, la clarinette est devenue un instrument très polyvalent et versatile. 

 

Une découverte pop récente ?  

En ce moment, j’écoute beaucoup Zaho de Sagazan. Je suis allé l’entendre à la Philharmonie. J’aime son univers ainsi que son timbre de voix velouté. Sur scène, elle possède une sincérité naturelle, qui me touche. 

 

Un compositeur à redécouvrir ? 

Sibelius. Avec Klaus Mäkelä et Jukka-Pekka Saraste, nous avons la chance de jouer avec des chefs finlandais qui ont été biberonnés à cette musique. La Symphonie no 5 que nous avons donnée sous la direction du second a été un grand moment de la saison. En s’inspirant de la nature, la musique de Sibelius nous transmet des émotions très pures et nous ouvre d’immenses horizons.  

 

Esa-Pekka Salonen ? 

Je suis extrêmement heureux de sa nomination en tant que chef principal mais également comme titulaire de la chaire Création et innovation à la Philharmonie. La venue de Salonen nous promet de belles découvertes, mais également de nouvelles expériences scéniques. Avec lui, nous avons déjà donné des spectacles chorégraphiés par Benjamin Millepied, ou la Symphonie no 2 de Mahler mise en scène par Romeo Castellucci. Salonen va certainement amener cette transversalité artistique et bousculer le rituel du concert classique. J’ai remarqué en outre que dans sa musique, Salonen affectionnait la clarinette basse. Je me réjouis beaucoup de jouer ses œuvres.  

 

La routine ? 

En quatre ans d’Orchestre de Paris, je ne l’ai encore jamais connue ! Nous avons la chance de changer de programme toutes les semaines, mais également de chef, et tous possèdent une telle envie de musique. Et quel bonheur que de jouer dans la salle de la Philharmonie, qui – pour connaître d’autres salles dans le monde –, possède l’une des meilleures acoustiques de la planète.  

 

Une expo récente ?  

L’exposition Kandinsky à la Philharmonie m’a beaucoup séduit. Il y a dans l’art du peintre russe quelque chose de très musical, qui rappelle l’œuvre de compositeurs comme Schönberg, Webern ou Scriabine. Ses tableaux éveillent un imaginaire sonore, grâce à leurs dynamiques de nuances et de couleurs.