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Paul-Marie Kuzma

Violoncelle

Paul-Marie commence le violoncelle à l'âge de 6 ans au Conservatoire de Saint-Cloud sous le regard de Thérèse Pollet.

Il entre ensuite au Conservatoire Régional de Boulogne-Billancourt en 2008 dans la classe de Pascale Michaca puis intègre celle de Xavier Gagnepain qui éveillera en lui un amour profond pour la musique de chambre. 

Après une année de perfectionnement auprès de Cyrille Lacrouts il est admis à l'unanimité au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSMDP) dans la classe de Jérôme Pernoo où il se produit en solo et en formation de violoncelles dans plusieurs salles internationales (Salle Cortot, Radio France, The National Library Arts Centre of Beijing, etc.). 

En 2018, il devient lauréat du concours international "Tremplin" et participe à l'académie de l'Orchestre Philarmonique de Radio France à partir de 2019. Depuis quelques années, Paul-Marie joue régulièrement avec son partenaire pianiste Ionah Maiatsky avec qui il obtient la licence de musique de chambre en 2020 au CNSMDP, puis avec lequel il entame un master de musique de chambre sous les conseils de plusieurs maîtres dont Claire Désert, Itamar Golan, Jonas Vitaud, le quatuor Ébène ou encore François Salque. Il finit son cursus de violoncelle au Conservatoire avec les félicitations et intègre l’Orchestre de Paris en 2021.

Paul-Marie Kuzma © Studio Cabrelli

Son Interview

Votre rapport à l’instrument ?

Je l’envisage comme un prolongement de mon corps. Ce n’est ni un objet ni une personne à qui j’aurais donné un prénom, mais une extension qui me permet de chanter. La meilleure image est peut-être celle d’un haut-parleur qui prolonge ma voix.  
 

Votre pupitre à l’orchestre ? 

Dans notre métier, bien s’entendre avec ses collègues est très important. J’ai beaucoup de chance de pouvoir travailler avec des musiciens aussi exigeants. Il règne dans le pupitre de violoncelles une atmosphère de grands enfants.  
 

Votre œuvre d’île déserte ?  

La cantate Ich habe genug de Bach. Une œuvre mystique et transcendante qui a sur moi des effets quasi thérapeutiques. En musique, j’aime quand on entend une ligne, une voix. Bach nous ramène à l’essentiel.  
 

Vos projets en dehors de l’orchestre ?  

Il est très important de mener des projets indépendamment de l’orchestre. J’ai enregistré un disque, Ermitage, avec le pianiste Ionah Maiatsky. Par ailleurs, je souhaite passer des diplômes pour pouvoir enseigner. La vie de musicien possède de multiples facettes.  
 

Si vous n’étiez pas devenu musicien ? 

Je me serais sans doute dirigé vers des études médicales. Je participe régulièrement à des concerts dans les hôpitaux ou des établissements de soins. J’ai le souvenir d’avoir joué auprès de gens atteints de démence : après quelques minutes, ils écoutaient dans le calme. La musique amoindrit les souffrances, comme le suggère le livre de Claire Oppert, Le Pansement Schubert. Bien sûr, il faut avoir le cœur bien accroché et ne pas se perdre émotionnellement. Mais lorsqu’on joue devant des enfants atteints de troubles psychiatriques à la Pitié-Salpêtrière, on prend conscience de ce qu’on peut donner et recevoir. Être en contact avec ces souffrances permet également de relativiser ses tracas quotidiens. 

 
La musique de chambre ?  

En musique de chambre, l’accès à la musique est immédiat. Quand on joue à deux, on pousse la recherche et l’exigence jusqu’aux limites. J’aime également assister à des concerts de musique de chambre : à parfois deux mètres des musiciens, on assiste à un spectacle ultra-vivant, d’une grande intimité.  
 

Un chef d’orchestre qui vous impressionne ?  

Klaus Mäkelä. J’ai le souvenir d’avoir joué Le Sacre du printemps sous sa direction et de m’être retrouvé dans une espèce de transe. Je me rappelle aussi d’une Symphonie alpestre de Strauss avec l’orchestre, où je m’étais tout à coup senti comme un spectateur : lors d’un choral de cuivres, j’étais à deux doigts de m’arrêter tellement c’était saisissant ! Mäkelä est impressionnant de densité et d’énergie. Les œuvres écrites pour les Ballets russes lui vont comme un gant.  
 

Vous plaquez tout, où allez-vous ?  

Au Japon. J’y suis allé pour la première fois quand j’avais dix ans, et ma fascination ne s’est jamais démentie. J’éprouve pour ce pays un attachement viscéral : les paysages, les gens, la poésie qui se dégage des œuvres, l’atmosphère générale… Mon amour pour le Japon provient aussi du manga et des jeux vidéo. Je joue depuis l’enfance : les jeux vidéo sont un art total, où tous les sens sont en éveil, comme en synesthésie. La musique de jeu vidéo est par ailleurs un domaine passionnant où on retrouve des choses extrêmement variées, belles et ambitieuses. 
 

Un livre que vous ne cessez de relire ?  

Je viens de me lancer dans la série des Dune de Frank Herbert. J’ai déjà l’impression de me perdre dans un monde infini de sables et de déserts. Outre cet aspect onirique, Herbert travaille également sur des archétypes bibliques. Ce mélange de sacré et de rêve est particulièrement envoûtant.  
 

Un musicien non classique que vous avez envie de faire découvrir ?  

Le dj japonais Nujabes (1974-2010). Sa musique m’accompagne depuis de très nombreuses années. Il est le créateur de ce qu’on appelle le lo-fi hip-hop : un mélange de jazz, de hip-hop et de musique relaxante. On y retrouve une grande richesse harmonique ainsi qu’une science des nappes de l’improvisation. C’est une musique très organique que je peux écouter pendant des heures. Je recommande particulièrement le morceau Luv (sic) part 5.  

 
Le répertoire que l’orchestre ne joue pas assez ?  

La saison dernière, nous avons joué la Messe en si de Bach, ce dont je me réjouis. Mais il s’agit d’un défi pour l’orchestre : nous sommes rarement confrontés à l’esthétique baroque. Face à cette musique monumentale, il faudra trouver de la légèreté dans le phrasé, une certaine sobriété et laisser parler la richesse de cette œuvre incroyable. Un peu comme si on ne jouait pas de son instrument… 

 
Votre mot préféré sur une partition ? 

Sotto voce, à demi-voix. En musique de chambre, cette notion est infiniment précieuse : on prend le temps de chuchoter. Les gens tendent l’oreille pour nous écouter. Quand on est suspendu aux lèvres de quelqu’un, il y a une sorte d’intensité dans la douceur…