Philharmonie de Paris - Page d'accueil Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Manon Gillardot

Violoncelle

Manon Gillardot commence le violoncelle à Orléans dans la classe de Raphaële Sémézis. Après un détour dans la classe d'Ophélie Gaillard à Aulnay-sous-Bois, puis de Michel Strauss à Boulogne-Billancourt, elle intègre le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris où elle y obtient sa Licence dans la classe de Michel Strauss, puis son Master dans celle de Jérôme Pernoo.

Passionnée par l'orchestre, elle se forme avec l'Orchestre Français des jeunes, le Gustav Mahler Jugendorchester, puis intègre la Karajan Akademie, académie du Philharmonique de Berlin, ce qui lui permit de jouer à leur côté pendant deux ans sous la baguette des plus grands chefs. 

En septembre 2016, Manon intègre l'Orchestre de Paris.

Manon Gillardot © Studio Cabrelli

Son Interview

Si vous deviez apprendre à jouer d’un autre instrument ? 

J’ai fait du piano, du trombone et de la guitare électrique mais le violoncelle restera mon seul et grand amour. Je suis parvenue à créer une véritable intimité avec lui. Et puis, j’aime son rôle à la fois de chant et de basse. Au sein de l’orchestre, nous sommes comblés ! 

 

Votre principal trait de caractère ? 

Je m’adapte facilement, parfois trop peut-être [rires]. 

 

Une passion en-dehors de l’orchestre ? 

La poterie. J’avais envie de faire quelque chose avec mes mains. J’ai commencé par un stage et depuis, je n’arrive pas à m’arrêter ! Je tourne essentiellement des choses pratiques comme des assiettes, des bols et des vases. La poterie se rapproche de la pratique musicale dans le sens où il faut être extrêmement patient et conserver une discipline.  

 

La chose que vous appréciez le plus dans votre métier ? 

La magie qui opère de facto quand tout le monde se met à jouer avec son instrument. Le son collectif d’un orchestre crée un mouvement d’ensemble irrésistible, comme une sorte d’animal géant qui emporterait tout sur son passage.  

 

La chose que vous appréciez le moins dans votre métier ?  

Les horaires de fin. L’idéal serait d’arrêter une répétition quand l’orchestre est prêt. Mais nous sommes trop nombreux et envisager des heures supplémentaires serait certainement source de cacophonie ! 

 

Votre dernier coup de cœur ? 

Le disque de Sabine Devieilhe avec le pianiste Alexandre Tharaud. Un album de chansons d’amour et de mélodies françaises. Poulenc me bouleverse : il y a dans sa musique une folie qui m’inspire.  

 

Le chant ? 

J’ai très envie de prendre des leçons de chant. Je chante depuis mon enfance ; je me rappelle que cela exaspérait déjà ma sœur [rires]. Avec le violoncelle, on passe par un objet extérieur alors qu’on est complètement à nu avec sa voix. Il y a dans cette exposition quelque chose qui me fascine et me fait peur. J’envisage le chant comme une prise de parole. Cet aspect théâtral est un nouveau continent que j’ai très envie d’explorer.  

 

Une exposition récente ? 

Tina Barney au Musée du Jeu de Paume. Une exposition incroyable où l’artiste photographie des scènes de son quotidien, des amis proches ou des scènes dérangeantes sur d’immenses formats. Ce sont des photos aux couleurs très vives que l’on prend de plein fouet tant elles sont brutes et sincères ; j’avais envie de rester des heures entières devant certaines d’entre elles. La photographie est un art très puissant. 

 

Le mot que vous préférez sur une partition ? 

Legato, soit la manière de lier les notes les unes aux autres. Contrairement aux vents, réussir une phrase d’un trait est souvent un défi pour les instruments à cordes ; nous devons couper notre archet tout en créant l’illusion d’une musique qui avance. 

 

Une ville où vous aimez aller en tournée ? 

Vienne, que j’ai longtemps considérée comme une ville froide. Désormais, j’adore chiner dans ses friperies et visiter ses musées ! 

 

Un cauchemar récurrent ?  

Les jours précédant la rentrée de septembre, je fais des rêves assez typiques. Je monte sur scène sans plus connaître la pièce que je dois interpréter, ou bien mon instrument se casse et ses morceaux se détachent les uns après les autres au fur et à mesure que je joue. Mais dès le premier concert de la saison, tous ces mauvais rêves s’envolent ! 

 

Le répertoire que l’orchestre ne joue pas assez ? 

La période classique (Mozart, Schubert ou Mendelssohn) mais également les œuvres pour orchestre de chambre. De façon étonnante, Prokofiev n’est pas si régulièrement joué, alors que j’adore sa musique espiègle et généreuse. Récemment, Alexandre Kantorow a donné l’un de ses concertos pour piano et c’était époustouflant ! 

 

Le public ? 

Chaque concert pour les moins de 28 ans relève de la folie ! Ils tapent dans leurs mains, expriment leurs émotions de façon décomplexée. Tous les publics sont formidables, mais celui-ci nous apporte une joie merveilleuse. On revient à la définition même d’un concert : on donne et on reçoit. 

 

Si l’on vous donnait une machine à remonter le temps ? 

J’aurais adoré avoir 30 ans dans les années 1970, pour connaître la liberté qu’ont connue les générations post-soixante-huitardes. Aujourd’hui, difficile d’éprouver une telle insouciance, avec toutes les prises de conscience nécessaires à notre époque.  

 

Un compositeur que vous avez appris à apprécier ? 

Tchaïkovski. J’avais tendance à associer ses pièces célèbres à des bijoux brillants un peu kitsch. Désormais, la sincérité de sa musique me plaît énormément. J’ai le souvenir d’un Concerto pour violon complètement fou avec Gil Shaham. Son interprétation prenait tous les risques : il se déplaçait sur scène, comme pour apporter du mouvement à la musique. J’adore ces artistes qui osent ! Notre devoir de musicien est de poser un regard plein de fraîcheur et de nouveauté sur les œuvres anciennes que nous jouons. Un peu comme un commissaire d’exposition : la façon de présenter les pièces de musée est essentielle pour faire vivre les tableaux des maîtres.