La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.
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Les extraits du Concerto en ré mineur sont interprétés par Simone Lamsma au violon, l'Orchestre national d’Île-de-France et Case Scaglione à la direction. Concert enregistré le 30 janvier 2020.
Retrouvez le concert sur Philharmonie à la demande.
Jean Sibelius naît le 8 décembre 1865 à Hämeenlinna, dans ce qu’on appelle à l’époque le grand-duché de Finlande, sous domination russe. Le compositeur se nomme alors Johan Julius Christian, un prénom qu’il remplacera plus tard par Jean, qui deviendra son nom d’artiste. Franciser son prénom est à l’époque une pratique courante. À l’âge de 5 ans, il reçoit ses premières leçons de piano. Mais l’instrument dont il tombe amoureux, c’est le violon. Quand son oncle lui en offre un pour son dixième anniversaire, c’est le coup de foudre. Il écrit alors sa première œuvre, intitulée Gouttes d’eau. Bientôt, il joue en compagnie de sa sœur Linda et de son frère Christian, respectivement pianiste et violoncelliste. Il nourrit l’ambition de devenir violoniste virtuose. Sa rencontre avec Ferruccio Busoni, une blessure à l’épaule et son échec à l’audition d’entrée à l’Orchestre philharmonique de Vienne le font renoncer à ce projet. Mais son amour pour le violon ne va pas pour autant dépérir. Il en sera peut-être même renforcé…
Des années plus tard, en 1903, Sibelius se lance dans l’écriture d’un concerto destiné à son instrument chéri, le violon. La composition de l’œuvre ne le laissera pas indemne. « Il y a une part de moi qui rêve encore d’être violoniste. Cela s’exprime parfois de façon sauvage et étrange… », raconte-t-il. Son épouse, Aino Sibelius, écrit de son côté : « Jean est littéralement en feu (et moi aussi !) et pour ce concerto il souffre d’un embarras de richesse. Sa tête est tellement pleine de thèmes qu’il en devient ivre. Il reste debout toute la nuit, joue merveilleusement et ne peut pas se détacher de ces splendides mélodies… »
Depuis quelque temps, Sibelius souffre de problèmes d’alcool et cela n’arrange rien à la préparation de la première audition. Le Concerto pour violon est créé dans la plus grande précipitation le 8 février 1904. Peu à l’aise, le soliste, Victor Nováček, ne peut lutter face à la virtuosité qu’exige la partition. Sibelius ne peut rester sur un tel échec. Il tient bien trop à son instrument et veut lui offrir une œuvre à son échelle. Déçu par l’accueil très froid du public, il révise son œuvre et en livre une autre version le 19 octobre 1905, à Berlin, créée par Karel Halíř et la Staatskapelle Berlin, sous la direction de Richard Strauss. Les critiques sont alors moins sévères, mais le public est néanmoins partagé. Le grand violoniste Joseph Joachim ne sera pas des plus tendres à l’encontre du concerto.
Cette fois, l’œuvre est grandiose. Elle frappe par son lyrisme post-romantique, ses couleurs élégiaques, mais aussi son souffle épique et son éclatante virtuosité. Le premier mouvement, en perpétuelle métamorphose, a des allures de ballade. L’ouverture est très calme, chantante, plaintive. Selon Erik Tawaststjerna, grand spécialiste de Sibelius, ce début hors du temps a « la saveur des désirs irréalisés ».
Le deuxième mouvement, noté Adagio, est lui aussi des plus mélodieux. Après une mystérieuse introduction aux bois, le soliste entre sur un chant poignant, accompagné par les bois et les cors, et ponctué par des pizzicati d’alto et de violoncelle.
Le troisième et dernier mouvement se présente comme une danse rythmée. Le critique Donald Tovey parle à son sujet d’une « polonaise pour ours polaires ». C’est le mouvement redouté par tous les solistes, extrêmement difficile. Le violon exécute tous types d’acrobaties sur un ostinato martelé par les cordes graves et les timbales.
S’il ne compose qu’un concerto pour violon, Sibelius dédiera néanmoins d’autres œuvres à son instrument de cœur : deux sérénades avec orchestre en 1912, plusieurs humoresques en 1917 et diverses pièces de musique de chambre.
Malgré l’échec de sa double création, le Concerto en ré mineur finira par s’imposer à partir des années 1930, entre autres grâce à l’enregistrement de Jascha Heifetz. Aujourd’hui, il est l’un des concertos pour violon les plus enregistrés.