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Les Clés du classique #60 – Petrouchka de Stravinski 

Publié le 28 avril 2026 — par Charlotte Landru-Chandès

Le ballet Petrouchka d’Igor Stravinski insuffle vie à trois pantins dans une foire de Saint-Pétersbourg. En 1911, la musique audacieuse et la prestation de Vaslav Nijinski et Tamara Karsavina, danseurs phares des Ballets russes, suscitent l’enthousiasme du public parisien.

La série Les Clés du classique vous fait découvrir les grandes œuvres du répertoire musical.

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Les extraits de Petrouchka sont interprétés par le City of Birmingham Symphony Orchestra sous la direction de Sir Simon Rattle. Concert enregistré le 27 novembre 1999.

Retrouvez le concert sur Philharmonie à la demande.


En 1910, Stravinski connaît un succès fulgurant à Paris grâce à son ballet L’Oiseau de feu, créé en collaboration avec Serge de Diaghilev, célèbre imprésario des Ballets russes. Peu de temps après, Stravinski compose un Konzertstück – ou pièce de concert – pour piano et orchestre mettant en scène « un pantin subitement déchaîné qui, par ses cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel, à son tour, lui réplique par des fanfares menaçantes ». Ce pantin s’appelle Petrouchka.

Galvanisé par le succès de L’Oiseau de feu, Serge de Diaghilev encourage Stravinski à transformer sa pièce concertante en ballet. Il y voit tout le potentiel de l’histoire. Stravinski accepte. Les deux hommes font appel à Michel Fokine pour la chorégraphie et Alexandre Benois pour les décors. Le soir de la générale, rien ne va. Benois est furieux parce que son portrait du Maure a été repeint par Léon Bakst. Quant aux danseurs, ils se plaignent de ne pas avoir assez de place pour danser à cause des portants qui encombrent la scène. Enfin, Stravinski et Pierre Monteux, le chef d’orchestre, ne sont pas d’accord sur les tempi. L'attente se prolonge et l'ambiance devient pesante du côté du public.

Misia Sert, amie et mécène de Stravinski, raconte dans ses mémoires : « L’impatience faisait tomber des lorgnettes, agiter des éventails, bruire des programmes. Tout à coup, la porte de ma loge s’ouvre en coup de vent. Pâle et couvert de sueur, Diaghilev se précipite sur moi : “Vite, as-tu quatre-mille francs ? [...] Le costumier se refuse à laisser les effets avant d’être payé. C’est affreux ! Il dit qu’on ne l’y prendra plus et repartira avec tout son matériel s’il n’est pas réglé immédiatement !” Avant qu’il ait achevé sa phrase, j’étais déjà sortie. [...] Dix minutes plus tard, le rideau se levait. Ouf ! La représentation se déroulait, somptueuse, impeccable, et personne ne s’était douté de rien… Ce genre d'aventures était le pain quotidien des Ballets russes. »

L’œuvre se découpe en quatre tableaux. L’intrigue prend place à Saint-Pétersbourg en 1830, pendant la fête de la semaine grasse, une fête traditionnelle qui symbolise la fin de l’hiver et le début du Carême. La foule se presse pour voir un magicien prestidigitateur donner vie à trois poupées : Petrouchka, un maure et une ballerine.

Après le spectacle, les trois pantins sont oubliés. Mais Petrouchka éprouve des sentiments et se lamente sur sa condition. Seul son amour pour la jolie ballerine le réconforte. Malheureusement, celle-ci ne l’aime pas en retour. Elle lui préfère le Maure. Chaque entrée de Petrouchka est ainsi accompagnée par un motif dissonant joué par deux clarinettes qui font écho à sa souffrance. Pour le personnage de la ballerine, Stravinski dresse un portrait ironique de la danseuse étoile du ballet classique. Dans le quatrième tableau, on retrouve l’esprit du folklore russe qui caractérisait déjà le premier tableau, aussi bien du côté de la musique que du décor. Plusieurs danses se succèdent : la Danse des Nourrices, Le Paysan et son ours dansant ou encore la Danse des cochers et des palefreniers. Dans ce quatrième tableau, Petrouchka attaque son rival, mais se fait tuer. La foule est épouvantée. L’œuvre se termine par l’apparition du fantôme de Petrouchka.

Petrouchka est créé le 13 juin 1911 au Théâtre du Châtelet à Paris. Dans les rôles titres, on retrouve deux danseurs phares des Ballets russes : Vaslav Nijinski et Tamara Karsavina. La musique est nouvelle, audacieuse, moderne pour l’époque. L’écriture est très dense et marquée par des ruptures, des changements soudains de rythme, de tempo, d’harmonie… Le public est conquis, c’est un succès. Loin du scandale du Sacre du printemps qui surviendra deux années plus tard…

En 1921, dix ans après la création du ballet, Stravinski adaptera Petrouchka pour piano seul à la demande d’Arthur Rubinstein. Il choisira trois épisodes de son ballet (Danse russe, Chez Petrouchka et La Semaine grasse) qu’il regroupera sous le titre Trois Mouvements de Petrouchka – trois pièces redoutables et brillantes.

Charlotte Landru-Chandès

Charlotte Landru-Chandès  collabore à France Musique, La Lettre du Musicien et Classica. Elle conçoit des podcasts pour l'Opéra national de Paris et la Philharmonie de Paris.

  • Un podcast de Charlotte Landru-Chandès
  • Réalisé par Taïssia Froidure
  • © Cité de la musique – Philharmonie de Paris