Philharmonie de Paris - Page d'accueil Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Pascal Moraguès

clarinette solo

Pascal Moraguès est entré à l'Orchestre de Paris en 1981, comme Première Clarinette solo. Il était le benjamin de l'orchestre. C'est à l'époque également qu’avec ses deux frères, Pierre (cor) et Michel (flûte), il créa le quintette Moraguès, complété par David Walter (hautbois) et Patrick Vilaire (basson), que Sviatoslav Richter choisit pour enregistrer le Quintette pour piano et vents de Beethoven. 

Sa carrière de soliste a associé plusieurs fois Pascal Moraguès à l'Orchestre de Paris, notamment pour le Concerto pour clarinette de Mozart. Il a joué sous la direction de Daniel Barenboim, Pierre Boulez, Semyon Bychkov, Carlo Maria Giulini, Zubin Metha, Emmanuel Krivine, Frans Brüggen... Il se produit en musique de chambre aux côtés de Christian Zacharias, Elena Bashkirova, Oleg Maisenberg, Joseph Kalichstein, Schlomo Mintz, Joshua Bell...

Pascal Moraguès enseigne au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris depuis 1995 et à Osaka au Japon depuis 2004. Il donne, en outre, de nombreuses master-classes.

Pascal Moraguès © Studio Cabrelli

Son Interview

De quel autre instrument aimeriez-vous savoir jouer ?  

Depuis tout petit, le piano me fascine. Je pouvais passer des heures à improviser, à rechercher des harmonies. Parfois, je regrette de ne pas avoir suivi de cours, mais d’un autre côté, la clarinette me comble car il s’agit d’un instrument qui possède des possibilités expressives incroyables, notamment dans les couleurs, le legato et les prises de son. Alors tout va bien ! [rires] 

 

L’idole de votre jeunesse ?  

Elton John. J’aime tout particulièrement ses albums des années 1970, notamment Blue Moves de 1976. La chanson « Tonight » était ma préférée, avec l’introduction jouée par le London Symphony Orchestra. Pour moi, Elton John est un authentique poète. J’aimais (et j’aime toujours !) pianoter les mélodies de ses chansons au piano. Sa musique agit un peu comme une madeleine de Proust sur moi. 

 

Votre place à l’orchestre ? 

Cela fait bientôt quarante-cinq ans que j’appartiens à l’orchestre. Je ne suis pas le plus âgé, mais comme je suis entré à l’orchestre à 18 ans, j’en suis maintenant le doyen ! Pendant des années, j’étais considéré comme le plus jeune, mais le renouvellement des générations s’est opéré tout naturellement. Depuis quelques années, l’orchestre a accueilli de nombreux jeunes et brillants musiciens, modifiant en profondeur le visage du groupe. 

 

Des chefs d’orchestre qui vous ont impressionné ?  

Je pense tout d’abord à Leonard Bernstein. Il dirigeait le Sacre du Printemps de Stravinski que j’avais pourtant déjà joué des dizaines de fois avec d’excellents chefs. Son pouvoir sur l’orchestre était absolument fascinant : j’ai eu l’impression de jouer et d’entendre l’œuvre pour la première fois.  

J’ai également été beaucoup impressionné par Carlo Maria Giulini. J’ai notamment le souvenir durant les années 1980 d’avoir complètement laissé aller mon émotion dans une Quatrième Symphonie de Brahms tant il nous emportait dans son expression aussi profonde que pudique. Quand on reçoit un tel cadeau de la part d’un chef d’orchestre, cela décuple sa propre expression. L’émotion constitue notre raison d’être en tant que musicien. 

Bien entendu, beaucoup d’autres chefs m’ont profondément marqué, Daniel Barenboim qui m’a engagé à 18 ans et avec lequel j’ai découvert les exigences de ma position, le souci du détail, des phrasés, des respirations. Chacun connaît le génie de cet immense artiste !  

Semyon Bychkov pour sa générosité tant humaine que musicale. Pour sa passion communicative, son investissement total pour l’Orchestre de Paris… une leçon d’humanité et d’humilité. 

Je ne peux évidemment pas les citer tous mais chacun des directeurs musicaux qui se sont succédé à l’Orchestre de Paris ont contribué à leur manière à façonner le musicien que je suis devenu. 

 

Le compositeur qui écrit le mieux pour votre instrument ?  

Brahms. La clarinette est un instrument qui se prête idéalement à l’expression et aux couleurs du romantisme. Le compositeur allemand exploite admirablement toutes les possibilités de l’instrument. Il mène les phrases musicales de façon si naturelle ! Je pense bien sûr à ses symphonies, mais également à ses dernières œuvres de musique de chambre. Brahms est revenu sur sa décision d’arrêter de composer après avoir entendu le clarinettiste virtuose Richard Mühlfeld. Ses œuvres ultimes sont des chefs-d’œuvre absolus. Quelle chance pour nous, clarinettistes, d’avoir ces monuments à notre répertoire ! 

 

La musique de chambre ?  

Essentielle à ma vie de musicien, notamment avec le Quintette Moraguès (constitué de mes frères Michel à la flûte et Pierre au cor, David Walter au hautbois et Giorgio Mandolesi au basson), mais aussi avec les nombreuses rencontres musicales qui jalonnent mon chemin. Une carrière alimente l’autre, mon expérience de chambriste m’aide à jouer en orchestre et inversement. Avec mes frères, cela fait près de 45 ans que nous jouons ensemble, nous avons des automatismes, comme des évidences musicales pendant les concerts. Le fait d’être de la même famille facilite grandement le travail !  

 

La carrière de soliste ?  

Elle a toujours été ponctuelle. J’étais encore récemment en Corée pour interpréter le Concerto pour clarinette de Mozart et je suis retourné au Festival de Salzbourg pour plusieurs concerts aux côtés de la violoniste Isabelle Faust. Une carrière de soliste est très exigeante, même si un clarinettiste rivalisera difficilement avec un violoniste ou un pianiste en termes de répertoire et de concerts. J’aime conjuguer mon activité de soliste et de chambriste avec ma pratique de musicien d’orchestre. Il n’existe pas de frontière. La forme musicale, quelle qu’elle soit, reste vivante ! 

 

L’enseignement ? 

Je suis très investi dans la transmission. J’enseigne au Conservatoire de Paris (CNSMDP), à la Haute École de Musique de Lausanne, à l’École supérieure de musique Reina Sofia de Madrid ainsi qu’à l’IESM Pôle supérieur d’Aix-en-Provence. 

Avec l’expérience, j’ai acquis une certaine compréhension aussi bien musicale que technique de mon instrument. Il m’apparaît de plus en plus essentiel de partager au mieux avec les futures générations de clarinettistes tout ce que j’ai eu le privilège de recevoir. 

Je m’efforce d’établir avec chacun et chacune une relation de confiance afin de tenter de les guider au plus près de leurs objectifs. Mais leur succès leur appartient ! 

 

Un conseil que vous donneriez à un ou une jeune clarinettiste ?  

La diversification. Lorsque j’ai commencé, l’enseignement était très formaté : il fallait se consacrer à l’instrument, obtenir son prix puis jouer dans un orchestre. Mais il n’y avait par exemple pas de classe de jazz au CNSMDP ! Aujourd’hui, l’enseignement est beaucoup plus ouvert. Un jeune musicien cultive rapidement sa curiosité vers d’autres répertoires. L’offre est infiniment plus large, à la fois dans les différents établissements et en ligne. 

D’ailleurs, le plus souvent, les jeunes clarinettistes n’ont pas besoin de ce conseil, ils le font spontanément ! 

 

Jouer en dehors des salles de concerts traditionnelles ?  

Avec le Quintette Moraguès, nous nous produisons souvent dans la série des Concerts de poche. Il s’agit de concerts donnés dans des endroits isolés pour des publics qui n’ont pas l’habitude de venir écouter de la musique. J’ai le souvenir d’émotions très fortes : un enfant au premier rang nous regardant avec des yeux émerveillés ou des gens venant nous remercier après le concert. C’était leur premier concert live. Une découverte totale, et une grande spontanéité dans l’échange ! Notre métier de musicien prend alors tout son sens. 

 

Vous plaquez tout, où allez-vous ? 

En Toscane. L’Italie est un pays magnifique, aussi riche artistiquement qu’architecturalement. Il me faut juste apprendre l’italien ! [rires]