Vers la page Accessibilité Menu mobile Menu principal Aller au contenu principal Pied de page Plan du site Recherche

Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Fela et les pop-stars

Publié le 14 octobre 2022 — par François Bensignor

— Fela en concert au Shrine, 1977 - ©  Jean-Jacques Mandel / Gérard Bonnet

Alors que la pop s'impose sur la scène musicale des années 1960, Fela Kuti se tient à distance de ce mouvement. Creusant son sillon singulier, il attire l'attention de James Brown et d'autres.

 

Le premier album des Beatles est publié en Angleterre en 1963, alors que Fela y achève ses études de musique et s’apprête à rentrer au Nigeria. S’il ne s’intéresse pas à l’explosion de la pop anglaise, certaines stars vont bientôt s’intéresser à lui. C’est le cas de Ginger Baker. Considéré comme l’un des meilleurs batteurs de rock, sa légende est liée à celle de Cream, fameux « power trio » formé de 1966 à 1968 avec Eric Clapton à la guitare et Jack Bruce à la basse.

— « Crossroads » par Cream (Ginger Baker, Jack Bruce, Eric Clapton)

 

Fin 1971, Ginger Baker décide d’installer un studio d’enregistrement à Lagos. Il traverse le Sahara au volant de sa Range Rover, en compagnie du cinéaste Tony Palmer. Son film Ginger Baker in Africa témoigne de l’épopée. On y assiste à l’incroyable show de Fela sous la pluie dans un club de Calabar, ville de l’ex-Biafra au sud-est du Nigeria. Ginger Baker mettra deux ans à installer l’ARC Studio à Lagos, mais il se servira de son matériel 16 pistes pour enregistrer l’album Live! (1971) de Fela. Ginger Baker est à la batterie sur « Black Man’s Cry » et « Egbe Mi O (Carry Me I Want to Die) », un titre particulièrement représentatif des débuts de l’afrobeat.

— Fela en concert à Calabar, 1971

 

Le style déconcertant élaboré par Fela va fasciner jusqu’au « parrain de la soul » James Brown. Alors que la tournée africaine qu’il entreprend avec son nouveau groupe, The J.B.’s, passe par Lagos, les Américains ne manquent pas d’assister au show de Fela. Bootsy Collins, alors bassiste du groupe, raconte : « On est allé dans [son] club, où ils nous ont traités comme des rois. On leur a dit qu’ils étaient les mecs les plus funky qu’on ait jamais entendus de notre vie. Je veux dire : on était le groupe de James Brown, mais ils nous avaient complètement bluffés ! »

Tony Allen raconte même que David Matthews, l’arrangeur des J.B.’s s’était tranquillement installé à côté de lui pour noter ce qu’il jouait : « Il regardait les mouvements de mes jambes et de mes mains et il se mettait à écrire… Ils ont pris beaucoup de choses de Fela quand ils sont venus au Nigeria. C’est comme s’ils s’étaient influencés mutuellement tous les deux. » Sur la BO du film Black Caesar (1973) composée par James Brown, on peut en effet trouver quelques tournures afrobeat, même si le son du Soul Brother Number One demeure inimitable.

— « Blind Man Can See It » par James Brown et les J.B.’s

 

Avec Paul McCartney, la relation fut plus houleuse. En 1973, l’ex-Beatles vient à Lagos enregistrer dans le studio de son ami Ginger Baker, qui lui a chaudement recommandé de rencontrer Fela. C’est dans le club que Fela vient juste d’investir, le baptisant Shrine (le Temple), que Paul fait l’expérience de l’afrobeat. Cette musique « l’émeut aux larmes, des larmes de joie », confiera-t-il. Mais lorsque l’ex-Beatles veut faire jouer des musiciens d’Africa 70 sur son album, Fela intervient brutalement, l’accusant de vouloir voler la musique des Noirs. Vexé, McCartney évitera toute citation musicale africaine dans les parties enregistrées à Lagos pour Band on the Run, troisième album studio de Paul McCartney & Wings.


Fela Anikulapo Kuti - Rébellion Arfobeat, Alexandre Girard-Muscagorry, Mabinuori Kayode Idowu & Mathilde Thibault-Starzyk (dir.), Textuel | Musée de la musique-Philharmonie de Paris, Paris, 2022

Commander le catalogue

 

François Bensignor

Spécialisé dans les musiques du monde, journaliste, auteur de livres et de films documentaires, François Bensignor a notamment signé l’ouvrage biographique Fela Kuti, le génie de l’afrobeat. On peut lire sa chronique Musiques dans la revue Hommes & Migrations depuis 1993.